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Université : la réussite en licence ne progresse pas

Camille Stromboni
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L'université de Savoie - site de Chambéry
L'université de Savoie a vu sa valeur ajoutée concernant la réussite en licence fortement progresser, atteignant 11,3 points (+4,2) d'après l'indicateur ministériel publié en juillet 2015. // ©  Virginie Bertereau

27 % des étudiants inscrits en première année de licence obtiennent leur diplôme trois ans plus tard. La réussite à l'université est stable, d'après la note ministérielle publiée à l'été 2015. En revanche, les résultats de chaque établissement évoluent parfois fortement, d'après cet indicateur contesté.

Seul un gros quart des étudiants en première année à l’université seront diplômés d’une licence trois ans plus tard. Près de 40 %, en y ajoutant ceux qui auront besoin de quatre ans pour l'obtenir. L’indicateur ministériel sur la réussite en licence à l’université, publié fin juillet 2015, révèle des résultats très stables par rapport à l'année précédente.

Les difficultés se cristallisent toujours autour de la première année de licence. Parmi les étudiants primo-entrants en L1 en 2009-2010, seuls 40 % sont inscrits l’année suivante en L2 (ou dans une formation universitaire de niveau équivalent), plus d'un quart redouble, et un tiers ne se réinscrit pas à la fac.

La série du bac, un critère clé

"La faiblesse des taux de réussite tient notamment au nombre élevé d’étudiants qui abandonnent leur formation en licence avant d’avoir atteint la troisième année, souligne l'auteur de la note ministérielle. 60 % des bacheliers professionnels, 50 % des bacheliers technologiques et 20 % des bacheliers généraux ne se réinscrivent pas à l’université à l’issue de la première année en L1. Mais ces abandons ne sont pas obligatoirement synonymes d’échec. Une partie des étudiants concernés se réoriente vers des filières non universitaires : STS, écoles d’ingénieurs, de management, de santé, d’arts."

Parmi les critères déterminants dans la réussite figure en effet la filière de bac. Si un peu moins de la moitié des bacheliers généraux obtient sa licence en trois ou quatre ans, cela concerne seulement 15 % des bacheliers technologiques et 5 % des bacheliers professionnels.

Enfin, arrivés en L3, ils sont huit sur dix à sortir diplômés de cette troisième année. Une réussite plus marquée en Staps (82,7 % des étudiants inscrits en L3 l’obtiennent en un an) ou en sciences économiques (80,6 % des étudiants inscrits en L3 l’obtiennent en un an) qu’en sciences fondamentales et applications (70,8 %).

La réussite fac par fac : des progressions fulgurantes

Outre ces moyennes, la note ministérielle délivre un ensemble de chiffres pour chacune des universités. Avec en la matière de fortes évolutions, à la hausse ou à la baisse. Dans le peloton de tête concernant la réussite en licence en trois ans [voir le classement ci-dessous], figurent toujours les universités d'Angers, de La Rochelle, d'Auvergne ou encore Lyon 2. Chambéry progresse également fortement et atteint la troisième place. En bas du tableau, l'UPMC (université Pierre-et-Marie-Curie) et Paris 8 ferment, une fois encore, la marche.

Avec toujours quelques bonds fulgurants : Lille 1 gagne plus de 10 points, tandis que Toulon en perd 16. L'université de Corse, qui augmentait l'an dernier de près de 13 points, en perd cette fois-ci... 9. Des mouvements dont il est difficile de tirer une analyse approfondie, soulignent un certain nombre d'universitaires, qui rappellent les nombreuses limites méthodologiques de cet indicateur.

Réussite en licence : le classement des universités 2015

EducPros a réalisé ce tableau à partir de la valeur ajoutée de chaque université dans la réussite en licence en trois ans de ses étudiants (cohorte entrée en L1 en 2009-2010), calculée d'après la méthode 3 (voir encadré). L'évolution moyenne de la valeur ajoutée de chaque établissement s'élève, comme l'an dernier, à 3 points.

Rang 2015 Université Valeur ajoutée dans la réussite en licence (en 3 ans) (points) Progression de la valeur ajoutée entre 2014 et 2015 (points)
1 Angers 13,3 -1,9
2 La Rochelle 12,2 -2,5
3 Savoie 11,3 +4,2
4 Auvergne 11 -7,7
5 Lyon 2 10,5 -2,9
6 Evry 10 +2,7
7 Pau 10 +0,5
8 Bretagne-Sud 9,7 -0,1
9 Perpignan 9,1 +0,5
10 CUFR Champollion (Albi) 8,5 -3,5
11 Marne-la-Vallée 7,7 +5
12 Versailles 6,7 -4,5
13 UPEC 6 +3,5
14 Paris 1 5,4 +4,8
15 Saint-Etienne 5,2 -2,8
16 Poitiers 4,9 +2,5
17 Cergy-Pontoise 4,8 =
18 Toulouse 1 4,7 -3,1
19 Brest (UBO) 4,2 -1,1
20 Paris 10 4 +0,3
21 Rennes 1 4 +5,9
22 Paris 3 3,4 +5,2
23 Rennes 2 3,4 +2,5
24 Grenoble 1 (UJF) 3,3 +0,6
25 Grenoble 3 – Stendhal 3,3 +6,5
26 Littoral-Côte-d'Opale 3,2 -3,3
27 Corse 2,9 -8,9
28 Franche-Comté 2,9 -3,1
29 Paris 13 2,9 +5,2
30 Artois 2,7 -1,7
31 Mulhouse 2,5 +0,1
32 Nîmes 2,3 +2
33 Bourgogne 2,2 +1,4
34 Limoges 1,6 -4,8
35 Tours 1,6 +0,9
36 Clermont-Ferrand 2 1,5 +3,5
37 Orléans 1,4 -2,3
38 Lille 2 1,3 +4,3
39 Montpellier 3 0,9 -2
40 Reims 0,2 +1,2
41 Grenoble 2 (UPMF) 0,1 -0,8
42 Paris 4 0,1 -3,2
43 Le Mans -0,1 -3,5
44 Paris-Sud -0,1 +3,9
45 Valenciennes -0,1 -1,6
46 Paris 2 -0,3 +1,9
47 Amiens -0,4 +1,4
48 Avignon -1,3 +0,6
49 Nantes -1,4 -1,6
50 Paris 5 -1,5 +0,6
51 Toulouse 3 -1,8 -0,6
52 Bordeaux -1,9 -
53 Paris 7 -2,5 -1,3
54 Lille 1 -2,6 +10,4
55 Lorraine -2,7 -1,8
56 Lyon 1 -3,1 -0,6
57 Antilles-Guyane -3,2 +5,2
58 Bordeaux 3 – Montaigne -3,7 +1,1
59 Lyon 3 -4 -0,9
60 Montpellier -4,7 -
61 Caen -4,9 -1,6
62 Aix-Marseille -5,1 +0,1
63 Toulouse 2 -5,1 +0,4
64 Rouen -5,5 +0,5
65 Strasbourg -6,5 +0,8
66 Nouvelle-Calédonie -6,9 +9,9
67 Nice -8,1 -10,6
68 Le Havre -8,7 -5,5
69 Lille 3 -9,5 -0,7
70 La Réunion -11 +0,1
71 Paris 8 -11,3 -0,1
72 UPMC -12,2 -2,2
73 Polynésie française -13 -0,5
74 Toulon -15,3 -16,3
La valeur ajoutée dans la réussite en licence
Ce tableau indique la valeur ajoutée de chaque université dans la réussite en licence en trois ans, via la "méthode 3". En prenant pour base les étudiants qui sont restés trois années dans le même établissement (ou qui ont quitté le système universitaire la troisième année), le taux de réussite correspond au rapport entre le nombre d'étudiants ayant réussi en L3 - en 2012 ou 2013 - et le nombre d'étudiants qui étaient inscrits en L1 en 2009-2010.

Est ensuite calculé un "taux simulé" par université, afin de corriger les "effets de structure" liés au profil des étudiants et aux domaines de formation. "Il s’agit du taux que l’on observerait pour un établissement si la réussite des différentes catégories d’étudiants entrant en licence était identique à celle obtenue au niveau national pour les mêmes catégories d’étudiants."

Ces catégories sont définies en fonction du sexe, de la catégorie sociale des parents, de la série du baccalauréat, de l’âge d’obtention du baccalauréat, de l’ancienneté d’obtention du baccalauréat et du groupe disciplinaire de la licence.

L’écart entre ce taux de réussite simulé et le taux observé définit la valeur ajoutée de l’établissement.

Les limites méthodologiques

Les indicateurs de la réussite en licence "n’offrent qu’une vision partielle de la réussite dans l’enseignement supérieur", assume l'auteur de la note ministérielle annuelle. Soulignant notamment deux limites :
- “seules les réorientations au sein de l’université sont prises en compte. En revanche, les bifurcations vers des filières autres qu’universitaires (formation paramédicale ou sociale, école d’ingénieurs par exemple) ne sont pas prises en compte ;
- les indicateurs sont calculés sur la base des inscriptions administratives, et non d’une présence effective de l’étudiant.”

Concernant la valeur ajoutée des établissements, si cette dernière "permet de situer une université par rapport à la moyenne nationale une fois les effets de structures pris en compte", elle possède elle aussi ses biais, souligne l'auteur. "Certaines caractéristiques ne sont pas prises en compte dans ces simulations (mention au bac par exemple) et des spécificités par établissement (modalités de notation) ne sont pas observables ou mesurables. Aussi, si les indicateurs de valeur ajoutée complètent l'analyse, ils n'ont pas de caractère absolu.”

Camille Stromboni | Publié le

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Nes.

Je suis étudiante en licence, et pour vous dire... Ce n'est pas uniquement un problème d'indicateurs, il y a des quotas de réussite. Dans ma filière, je sais que c'est bouché et par conséquent, peu d'individus peuvent sortir avec leur diplômes (pas assez d'offres). De plus, il ne faut pas oublier les subventions, plus une fac "veut appliquer le plan du gouvernement" plus elle a des aides. L'autre problème c'est qu'on évalue une performance et non une compétence. On a une seule et unique chance de réussir (session de rattrapages, n'y croyons pas trop). La mise en place du contrôle continu me direz-vous ? Tous les profs ne le font pas et si c'est le cas chacun à ses modalités (pensez que tout doit être organisé par l'administration et le prof et qu'il se peut qu'en fait vous ayez travaillé pour rien!). Je pense que le problème est que l'étudiant doit aller à l'information. Ce n'est pas le cas aux USA où les étudiants sont presque comme pris par la main. Certes on est autonome à ce niveau là et puis la fac n'est pas aussi chère que là-bas... Mais bon... Je pense que si l'information était plus claire, on n'aurait pas autant de soucis d'orientation. Le système français garde quelques avantages, mais il serait temos de s'aligner aux autres facs du monde, afin d'atténuer cette "fuite des cerveaux"

Yves Epelboin.

Le taux d'échec est élevé. Je suis d'accord avec le commentaire précédent mais toute amélioration nécessiterait la mise en place d'un tutorat individuel et d'un suivi précis à travers une série d'indicateurs personnels : les fameux "learning analytics". Rien ne changera sinon. D'autre part ces critères ont une valeur très relative : comme vous le remarquez dans l'article est considéré en échec un étudiant qui ne termine pas sa licence parce qu'il intègre une ... école. Ne cherchez pas ailleurs les scores de certaines universités et mettez un bémol sur les soi-disantes réussites. On aime bien les indicateurs au Ministère, ça fait scientifique et on aboutit souvent à pas grand chose !

Sirius.

La réussite en licence ne progresse pas et ne peut pas progresser, compte tenu de ce qu'est devenu le bac et de la non sélection à l'entrée à l'université. La vraie question est de savoir si le gouvernement va continuer la politique consistant à demander aux universitaires de "s'adapter au public", de "gérer la transition bac-3, bac+3", c'est à dire de "secondariser" la licence en abaissant le niveau de celle-ci, comme celui du bac. C'est aussi le plus sûr moyen de dégrader l'image de l'université et de renforcer les grandes écoles.

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