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À Shanghai, un institut franco-chinois pour passer du "made in" au "designed by"

Cécile Peltier  |  Publié le

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USAGE UNIQUE. Cafa Chine
Historiquement implantée à Pékin, où elle expose régulièrement le travail de ses étudiants, l'Académie centrale des beaux arts de Chine comptera une nouvelle implantation à Shanghai, grâce à l'IFC. // © Ma Zhiyu/XINHUA-REA

En Chine, un consortium français, composé de Kedge, de Paris-Sorbonne et de l'Ensad, a obtenu la gestion d'un nouvel institut sino-étranger dédié au management des arts et du design. Un projet emblématique de la nouvelle politique chinoise, axée sur le développement des activités créatives. Reportage.

Un plan d'eau, des hérons... Le lac Dishui, situé dans le district des affaires de Pudong, à Shanghai, conserve encore des accents bucoliques. Le lieu accueille l'imposant bâtiment du futur IFC (institut franco-chinois) en management des arts et du design, inauguré le 4 décembre 2016 en présence d'officiels chinois et français. La tranquillité du secteur devrait pourtant être de courte durée : la province de Shanghai a en effet décidé de faire du nouveau quartier des affaires un emblème du passage du "made in China" au "designed by China".

Après des années d'une croissance à deux chiffres, tirée par les industries manufacturières tournant aujourd'hui au ralenti, l'Empire du milieu mise désormais sur les services et l'économie de la connaissance. Le géant asiatique entend redevenir un acteur qui compte dans les champs de la création et de la culture.

lA CRÈME DES MANAGERS, LA CULTURE DE DEMAIN

Et comme elle l'a déjà fait dans d'autres domaines, pour y parvenir, elle fait appel aux savoir-faire étrangers. Neuvième IFC sur les quelque 70 instituts sino-étrangers que compte le pays, le nouvel institut du management des arts et de la culture, en est la parfaite illustration.

À l'image des joint-ventures, ces structures associent un consortium d'établissements d'enseignement supérieur français avec une université chinoise d'excellence, pour offrir des formations accréditées à la fois par l'État français et le ministère chinois de l'Éducation.

"C'est une première dans ce domaine, se félicite le Pr Yu Ding, doyen de l'institut de l'éducation et de l'administration des arts de Cafa (Académie centrale des beaux arts de Chine), partenaire chinois du projet. Nous avons besoin de personnes capables de parler anglais et français, sensibilisées aux différents contextes culturels. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui de la plupart de nos responsables d'institutions culturelles. Ce nouvel institut permettra de former la nouvelle génération de managers chinois de la culture et des arts créatifs."

Alors que les universités américaines ont la côte en matière de coopération, c'est donc un consortium français qui a remporté la mise. Cafa (4.700 étudiants), qui forme la crème des artistes du pays, cherchait un partenaire pour ce projet, lorsqu'elle a croisé en juin 2014 le chemin de Kedge business school.

Ce nouvel institut permettra de former la nouvelle génération de managers chinois de la culture et des arts créatifs.
(Y. Ding)

trois partenaires français pour l'iFc

Implantée en Chine depuis près de quinze ans d'abord à travers des activité de formation continue, puis initiale, l'école de commerce née de la fusion de BEM et d'Euromed, est, sur place, un acteur reconnu. Depuis 2010, elle gère, sous l'égide de l'université de Renmin, de Suzhou et au côté l'université Paul-Valéry Montpellier 3 et de Paris-Sorbonne, le premier IFC dans le domaine des sciences sociales.

En outre, elle est "la seule école de management hexagonale à posséder un centre de recherche sur le management des industries créatives et de la culture", insiste Anne Gombault, responsable du centre d'expertises industries créatives cultures de Kedge, et directrice pédagogique du nouvel IFC.

Pour l'école, en pleine internationalisation, ce partenariat avec une institution aussi prestigieuse que Cafa est une vitrine d'excellence pour continuer de développer ses activités pédagogiques et de recherche  sur place. La signature d'un accord de coopération, en présence de Manuel Valls et de son homologue chinois, début 2015, à Pékin, a ensuite permis d'inscrire le dossier dans la politique diplomatique et de gagner un temps précieux.

Restait à convaincre de grands établissements universitaires de la suivre dans l'aventure. L'université Paris-Sorbonne, déjà partenaire de l'IFC de Suzhou, et l'Ensad (École nationale supérieure des arts décoratifs), également motivées par l'idée de gagner en visibilité sur la scène mondiale, ont officiellement rejoint le navire en juin 2016. "Nous ne connaissions pas Kedge, mais Cafa, avec qui nous travaillons depuis des années. L'aval des autorités publiques nous ont mis en confiance", se souvient Mireille Delbèque, directrice adjointe des Arts Déco.

UN PROGRAMME SANCTIONNÉ PAR UN DOUBLE DIPLÔME

Il a fallu des centaines d'heures de travail pour concevoir la maquette de ce programme interdisciplinaire en cinq ans, entièrement délivré en anglais. La majorité des cours sera dispensé par Cafa (art, théorie de l'art appliqués et de design) et par Kedge (management et management des arts). Quant à l'Ensad, elle animera les cours de design et la Sorbonne apportera sa vision occidentale de l'histoire de l'art et de la muséologie.

Après deux premières années de propédeutique à Shanghai, les étudiants passeront leur troisième année sur les bancs de Kedge, à Bordeaux, avant de rentrer en Chine pour leur quatrième année et de repartir en France en cinquième année, à Kedge. Une poignée d'entre eux aura accès aux masters spécialisés en patrimoine et marché de l'art de Paris-Sorbonne ou au master en design de l'Ensad, où quelques places leur seront ouvertes.

Au programme également : un stage, un voyage d'études à Londres et des rencontres avec une cinquantaine d'institutions culturelles, dont le Musée d'Orsay, partenaire affilié du nouvel IFC.

 Le cursus sera sanctionné par un double diplôme : le Bachelor en quatre ans de Cafa (Benke), et un diplôme français de niveau master. Comme dans les autres IFC, la direction de l'établissement et le recrutement des étudiants dépendront du partenaire chinois.

23,5 millions d'euros, pris en charge par la chine

Le nouvel institut, dont les bâtiments ont été dessinés par des architectes français, devrait accueillir sa première promotion de 80 étudiants chinois à la rentrée 2017.Ils seront sélectionnés parmi la fine fleur des candidats au Gaokao, le concours d'entrée à l'université. "À l'avenir, nous en attendons plutôt une centaine par an, et pas que chinois", précise Thomas Froehlicher, directeur général de Kedge. 

Comme c'est le cas pour une création d'IFC, le gouvernement du district de Pudong a pris en charge les 23,5 millions d'euros nécessaires pour faire sortir de terre les 25.000 mètres carrés du l'institut, qui accueillera également une galerie d'art et une bibliothèque artistique.

UNE HOMOLOGATION TRÈS ATTENDUE

Le bâtiment a beau avoir été inauguré en grande pompe, cette ouverture reste pourtant suspendue au feu vert des autorités chinoises. Les partenaires qui ont établi un dossier de plus de 500 pages attendent avec impatience l'audit réalisé par le ministère de l'Enseignement supérieur chinois. Après une décennie d'ouverture, Pékin se montre de plus en plus sourcilleux avant d'apposer son précieux tampon. Avec une prime donnée aux établissements d'excellence et aux projet interdisciplinaires.

De cette homologation dépendra la capacité de l'institut à bénéficier d'un quota supplémentaire d'étudiants chinois recrutés sur concours. Mais aussi à déplafonner les droits de scolarité, qui devraient dépasser les 10.000 euros par an, contre quelques centaines dans une université chinoise classique. "Tout va bien, on est sur la dernière ligne droite, les bâtiments sont construits, c'est juste une question de jours", jure-t-on du côté français.

À condition que les auditeurs chinois ne tiennent pas rigueur aux partenaires français de ne pas avoir retrouvé le document attestant de la création de la Sorbonne au 13e siècle, comme le raconte pour l'anecdote le directeur de Kedge... Côté français, le dossier passe devant la CEFDG (Commission d'évaluation des formations et diplômes de gestion) début 2017. Mais là aussi, assure-t-on, l'heure est à la sérénité.

Deux autres IFC dans les cartons
Sur quelque 70 instituts sino-étrangers, huit sont sino-français. Leur nombre pourrait bientôt passer à 11. Outre le futur IFC management des arts et du design, deux nouveaux dossiers sont en attente d'homologation.

- L'université d'Angers soutenait le 15 décembre, devant la ministère de l'Enseignement supérieur chinois et au côté de l'université de Ningbo, son projet d'IFC dans le domaine du tourisme. "Ningbo, avec qui nous coopérons depuis 2007, nous a sollicités pour former un institut. Nous intervenons surtout sur les thématiques conceptuelles et méthodologiques, le volet civilisation chinoise étant assuré par notre partenaire", rappelle Philippe Violier, directeur de l'UFR Esthua, tourisme et culture.
Emblématique du changement de paradigme chinois, ce programme sanctionné par une licence française et une licence chinoise (Benke), vise à former les futurs cadres du tourisme national. Côté français, "le label d'institut franco-chinois, prestigieux" permettra surtout de renforcer "la visibilité internationale de l'université angevine", poursuit Philippe Violier.

- Autre projet, celui de l'Asia-Europe Business School (AEBS) montée par l'EM Lyon, en partenariat avec East China Normal University (ECNU). Le programme, prenant la forme d'un BBA, a accueilli en septembre 2016 sa première promotion de 50 étudiants chinois, recrutés sur le quota d'ECNU, faute d'une homologation par le gouvernement."D'autres écoles  européennes ou américaines ont été retoquées. Le gouvernement chinois pense avoir délivré trop d'autorisations aux Européens, et il se concentre désormais sur les meilleurs établissements ou sur des projets interdisciplinaires et très originaux ", analyse Tugrul Atamer, vice-président de l'EM Lyon en charge des questions internationales.
L'école de management a déposé une version remaniée de sa demande de BBA et une nouvelle pour un programme de MSc. Réponse au printemps.

Cécile Peltier  |  Publié le

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