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Université : une priorité en licence pour les bacheliers les mieux préparés ?

Natacha Lefauconnier, Camille Stromboni  |  Publié le

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Lundi 28 septembre, l'aula magna de l'université de Bordeaux, d'une capacité de 1000 places, était pleine. Les premiers élèves décrocheurs permettent de réduire la pression dans les amphis.
L'Igaenr préconise différentes formes de sélection à l'entrée de l'université, pour répondre aux difficultés nées de l'augmentation des effectifs, particulièrement dans certaines filières en tension. // Université de Bordeaux // © Julia Zimmerlich

Face à l’afflux d’étudiants sur les bancs de l’université, en particulier dans certaines filières en tension, l’inspection générale propose de donner la priorité aux bacheliers les mieux préparés à la formation visée et de mettre en place des prérequis à l'entrée de la licence. Des propositions écartées par le ministère.

La réforme d'APB ne suffira pas. Dans un rapport rendu public le 22 avril 2016, l’Igaenr (Inspection générale de l’administration de l'Éducation nationale et de la Recherche) apporte ses recommandations pour mieux réguler l'entrée à l'université. Ces dernières années, la mise en place de "capacités d'accueil limitées" dans certaines filières, comme le droit, la psychologie, les Staps ou la Paces, face à un nombre d’étudiants qui ne cesse d’augmenter, a abouti à un tirage au sort pour départager les candidats.

Priorité aux bacheliers ayant suivi un parcours adapté au lycée

À court terme, pour supprimer ce système qui ne satisfait personne, l’Igaenr dessine plusieurs pistes, tenant compte du contexte budgétaire actuel. Outre les améliorations techniques du portail APB et le renforcement de l’orientation active, il s’agit tout d’abord de "privilégier l’accès des bacheliers qui auraient suivi un parcours spécifique au lycée", défendent les inspecteurs.

Pour les licences ne pouvant accueillir tous les vœux 1 des néobacheliers du secteur, priorité serait accordée aux élèves ayant construit un projet de poursuite d’études et donc "engagés dans un cursus spécifique au lycée" correspondant à la formation universitaire visée. Par exemple : un enseignement de spécialité, une section sportive… Ces derniers échapperaient ainsi au tirage au sort.

Une initiative dans la logique du "continuum bac–3/bac+3", défend l'inspection, qui soutient également l’élargissement du dispositif "meilleurs bacheliers" aux formations universitaires à capacité limitée. Une mesure déjà inscrite dans le projet de loi Égalité et Citoyenneté.

Mais l'Igaenr reconnaît que ces mesures seront insuffisantes pour mettre fin au tirage au sort : elles permettraient tout du moins d’en atténuer le "caractère inéquitable".

Sélection ou vérification des acquis ?

Pour une solution pérenne, c’est en effet le mode global d’affectation à l’université qui doit être revu plus en profondeur. Le rapport insiste sur la nécessité d’ouvrir la possibilité d’établir des prérequis à l’entrée de certaines licences. L’objectif : détourner les candidats des formations dans lesquelles leurs chances de réussite sont très faibles.

La loi devra alors autoriser la pratique de tests de niveau (en langues, en arts…) à l’entrée de certaines formations. Une manière aussi de légaliser les licences "sélectives" (double cursus ou autres voie spécifique), espèrent les inspecteurs.

Donner la priorité aux élèves ayant suivi un parcours spécifique revient à leur demander d’anticiper dès la seconde ce qu’ils voudront faire en licence ! (C.Bliot - Unef)

S'ils reconnaissent le caractère sensible de cette recommandation, ils se défendent de prôner toute sélection à l’entrée de l’université. Les auteurs insistent sur l’importance de l’acquisition préalable des connaissances pour réussir dans une formation universitaire donnée. Il s’agirait donc plutôt d’une "vérification" de capacité à suivre un enseignement que d’une "sélection". Et de citer le modèle de certaines universités qui pratiquent déjà des tests de langues pour accéder au double cursus en droit français-droit étranger.

L’Igaenr reprend par ailleurs la proposition de la Stranes de "soumettre les demandes d’inscription en licence des bacheliers professionnels et technologiques à l’avis d’un conseil d’orientation." Autrement dit, la fin de l’accès de droit à l’université des bacheliers non généraux. Une mesure qui serait "compensée" par l’augmentation de places en STS et en IUT, défendent les auteurs du rapport.

L'Unef dénonce un système discriminant

Des propositions que rejette en bloc l'Unef, bien que le syndicat étudiant ne soit pas favorable au tirage au sort. "Les bacheliers doivent tous être sur un pied d’égalité pour choisir leur orientation postbac, fait valoir Cassandre Bliot, responsable des questions universitaires. Donner la priorité aux élèves ayant suivi un parcours spécifique revient à leur demander d’anticiper dès la seconde ce qu’ils voudront faire en licence ! De plus, ce système de "priorité" dans le tirage au sort renforcerait la sélection sociale, car ceux qui peuvent s’offrir des cours de langues ou de peinture seraient favorisés." Quant aux prérequis, le syndicat étudiant ne veut pas en entendre parler.

Des solutions écartées par la rue Descartes

Au ministère de l'Enseignement supérieur, de telles mesures ne sont pas à l'ordre du jour. "Il ne faut pas ajouter d'autres critères à l'entrée de la licence, indique-t-on au cabinet de Thierry Mandon. Que ce soit une "priorité" ou des prérequis. Le seul prérequis nécessaire, c'est le bac. Les ministres ont toujours été très clairs : notre politique consiste à améliorer l'orientation en amont, en informant mieux les lycéens. Notamment avec l'expérimentation en cours dans cinq académies (Amiens, Dijon, Nancy-Metz, Nantes, Toulouse) d'un accompagnement renforcé. Mais on ne reviendra pas sur le libre choix des jeunes."

Une limitation du redoublement en licence
Les inspecteurs proposent également de subordonner le redoublement des étudiants en licence à la décision d’un jury. Ce dernier devra proposer aux recalés une solution alternative de poursuite d’études, à l’université ou dans une autre formation postbac. De quoi permettre d’offrir quelques places en plus aux nouveaux entrants, espèrent les inspecteurs.

Cela implique toutefois des modifications législatives et réglementaires, à commencer par une révision de l’article L. 612-3 du Code de l’éducation.
Aller plus loin
- Le rapport de l'Igaenr : L'affectation en première année de licence dans les formations à capacité d'accueil limitée - État des lieux et propositions (daté de janvier 2016, publié le 22 avril 2016)

Natacha Lefauconnier, Camille Stromboni  |  Publié le

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