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Aux Mines d'Alès, la pédagogie au service de l'entrepreneuriat

Jean-Claude Lewandowski  |  Publié le

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Challenge créativité aux Mines d'Alès - février 2014 © Mines Alès
Challenge créativité aux Mines d'Alès - février 2014 © Mines Alès

L'école d'ingénieurs des Mines d'Alès met en place une démarche originale en matière de sensibilisation et de formation à l'entrepreneuriat. Celle-ci irrigue aujourd'hui l'ensemble de l'enseignement, dès le début du cursus, et pour tous les élèves.

Former les élèves à l'innovation et l'entrepreneuriat : cet objectif figure désormais en bonne place à l'agenda de la plupart des écoles d'ingénieurs. Avec un investissement cependant plus ou moins important. L'École des mines d'Alès, elle, en a fait l'une de ses marques de fabrique. Au point que le thème y est présent tout au long de la scolarité, sous des formes variées.

Dès la première année du cursus, les élèves de l'EMA sont ainsi plongés dans le grand bain de l'innovation avec un dispositif en trois étapes. D'abord, un "séminaire" de sensibilisation, pendant deux jours, en février, avec des conférences et un premier atelier en équipe, autour de thèmes proposés par une petite dizaine d'entreprises : imaginer des applications mobiles inédites pour Sopra, concevoir de nouvelles fonctions pour les blocs d'éclairage de sécurité utilisés dans les immeubles chez Legrand...
Vient ensuite le "challenge créativité" : durant cinq semaines, à temps plein, les élèves planchent, par petits groupes de cinq, sur une problématique propre à une entreprise. Une soutenance permet de présenter la méthode de créativité utilisée, le meilleur résultat étant primé par l'entreprise.
Troisième temps : une mission de terrain, de cinq semaines là encore, mais avec un groupe d'élèves restreint.

"Le développement économique fait partie de nos missions, souligne Bruno Goubet, le directeur. La formation à l'innovation est donc une de nos priorités. La grande originalité de cet exercice, c'est qu'il concerne tous les élèves. C'est une démarche transversale, qui associe marketing et technologie, design, management... Cela passe en outre par une phase de "désordre organisé", qui déstabilise nos étudiants quand ils arrivent à l'école."

De fait, les élèves se sentent parfois un peu perdus. "Au départ, on ne sait pas trop où on va, mais c'est une expérience passionnante", note l'un d'eux. "Nous sommes partis dans une foule de directions différentes", raconte un autre.

C'est une démarche transversale, qui associe marketing et technologie, design, management... (B. Goubet)

Un vivier d'idées pour les entreprises

Les entreprises, en tout cas, apprécient. Plusieurs sont devenues des fidèles de la démarche. Certaines, comme Décathlon, viennent à l'EMA puiser des idées de futurs produits, et imposent de strictes clauses de confidentialité.

"Pour nous, ce sont d'abord des journées de partage avec les élèves", indique Céline Fontanet, responsable technique méthodes chez Areva, qui déploie, dans le cadre du challenge, une série d'outils de créativité utilisés en interne : démarche Efica, propre à l'entreprise, et tutoiement de rigueur, pâte à modeler, post-it, et même friandises ("Parce que ça détend"). En prime, une visite au musée du nucléaire, à Marcoule.
"Nos produits de demain ne sont pas directement issus des idées des élèves, précise de son côté Éric Bessaudou, animateur innovation-créativité chez Legrand, autre "abonné" du challenge. Mais ils nous apportent leur regard extérieur, leur enthousiasme... Et leur travail nourrit notre réflexion en interne. Il en sort toujours quelque chose d'utile."

À la rentrée 2014, le dispositif des Mines d'Alès sera étendu à l'année complète, sous le nom de Projet entrepreneuriat innovation. Ce PEI comportera trois modules : séminaire et challenge créativité dès le début de l'année, puis projet en entreprise (sur trois semaines), et enfin période d'approfondissement projet (neuf semaines, à l'école, avec un double tutorat école-entreprise pour travailler notamment au lancement d'un produit innovant), le tout débouchant sur un grand oral en juin.

Challenge créativité aux Mines d'Alès - février 2014 © Mines Ales

Des retombées pour la formation continue

La même logique tournée vers l'innovation et l'initiative irrigue l'ensemble du cursus, avec en particulier des missions en entreprise. "Nous enseignons de moins en moins de façon traditionnelle, explique Jean-Michel Degeorge, responsable du département management et entrepreneuriat. Mais il ne s'agit pas seulement de pédagogie par l'action : en appui de la pratique, nos élèves suivent régulièrement des cours théoriques sur l'entrepreneuriat ou la créativité." Quant aux porteurs de projets, une quinzaine sont détectés chaque année. Ils sont accompagnés, et peuvent effectuer leur projet de fin d'études au sein de l'incubateur.

La démarche s'inscrit en outre dans une perspective de renforcement des liens avec les entreprises. "Cela nous permet à la fois d'échanger avec les responsables de l'école, d'apporter notre expertise aux enseignants, de promouvoir nos métiers auprès des jeunes et de renforcer notre marque employeur, énumère Jean-Marie Javelon, directeur des relations enseignement chez Legrand. Ce type d'opération vaut n'importe quel forum." Sans oublier les échanges entre les firmes présentes sur leur processus d'innovation.

Ce n'est pas tout. L'école capitalise également sur son expertise en proposant la formation Cap'Idé. Pendant 18 mois, des entreprises (surtout des PME) sont accompagnées par trois étudiants sur un projet d'innovation. Au programme : diagnostic, travail sur la stratégie, la propriété intellectuelle ou le management de projet, apports de la recherche... En trois ans, une quarantaine d'entreprises ont bénéficié de cet appui, pour un coût modique (3.200 €), grâce au financement de l'État, de l'Europe et de la Région.

Quel est l'impact de cette mobilisation autour de l'innovation ? Difficile de l'évaluer avec précision. "L'objectif n'est pas de pousser les élèves à créer à tout prix. Plus que le nombre de lancements de start-up, c'est l'évolution de l'esprit d'entreprise qui compte. Et de ce point de vue, les choses sont en train de changer à l'école", insiste Jean-Michel Degeorge. "Nous sommes plus utiles à l'économie française en envoyant nos diplômés dans des firmes existantes, où leur présence peut produire un effet de levier énorme et contribuer à créer de nombreux emplois", confirme Bruno Goubet. Il n'empêche : chaque année, à l'EMA, une petite dizaine d'étudiants se lancent dans l'aventure de la création d'entreprise.

Jean-Claude Lewandowski  |  Publié le

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