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Enquête | Gouvernance, Vie étudiante

Créer des communautés d'étudiants, mission impossible ?

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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Projets personnels d'étudiants de l'ENSAD, école membre de PSL.
Projets personnels d'étudiants de l'ENSAD, école membre de PSL.

Comment faire émerger un sentiment d'appartenance à une communauté d'universités auprès de plus de 100.000 étudiants issus d'établissements aux cultures très différentes, éclatés sur plusieurs sites ? Tel est le défi que se sont fixé PSL (Paris Sciences et Lettres) et Sorbonne Paris Cité en lançant des appels à projets portant sur des initiatives étudiantes. Retour sur les premiers pas d'un dispositif qui peine à trouver ses marques malgré l'importance des moyens employés.

Partant du constat que le rayonnement d'un établissement d'enseignement supérieur dépend aussi de la capacité de ses étudiants à s'y identifier, Sorbonne Paris Cité suivi de PSL ont lancé, en 2012, un appel à "initiatives étudiantes".

L'objectif ? "Faire des étudiants des acteurs de l'établissement en stimulant leur prise d'initiatives et en les encourageant à s'engager", répond sans hésiter Monique Canto-Sperber, présidente de PSL. Côté Sorbonne Paris Cité, Raphaelle Lirou, chargée de la mission vie universitaire, insiste, quant à elle, sur l'importance de faire connaître la communauté d'universités à des étudiants qui, dans le cadre de l'université unique, seront amenés, au cours de leurs études, à fréquenter différents établissements. "Il faut qu'ils comprennent le système dans lequel ils évoluent et qu'ils prennent conscience que la Sorbonne, Paris-Descartes ou encore Paris-Diderot forment une entité unique", martèle la jeune femme.

Des budgets conséquents

À PSL comme à Sorbonne Paris Cité, tout étudiant peut répondre à l'appel à initiatives à deux conditions : que des étudiants d'au moins deux établissements soient impliqués dans le projet et que celui-ci soit porté par une association étudiante. Pour faire émerger ces initiatives, les deux communautés d'universités ne lésinent pas sur les moyens : 167.000€ à Sorbonne Paris Cité, 90.000€ à PSL, répartis entre respectivement 27 et 29 projets sélectionnés.

En outre,"c'est un ballon d'essai", précise Monique Canto-Sperber, qui a très vite pris la décision de renouveler l'expérience tant elle a été “impressionnée par le professionnalisme et le niveau d'expertise des projets proposés". Le prochain appel se tiendra ainsi en octobre 2013 ; une quarantaine de dossiers devraient être déposés. Quant à savoir combien seront retenus, "tout dépend de leur qualité. Nous avons dans l'idée de financer tous ceux qui méritent de l'être", lâche la présidente qui dit ne pas se fixer de limites a priori.

Nous avons dans l'idée de financer tous les projets qui méritent de l'être, sans limite a priori
(M. Canto-Sperber)

Quel impact sur les étudiants ?

À Sorbonne Paris Cité, le discours se veut plus nuancé. "Même s'il est difficile de tirer un bilan précis des opérations qui ont été menées, en l'absence d'indicateurs d'évaluation fiables, on peut néanmoins dire que globalement le résultat est positif. On a assisté à davantage de mixité entre étudiants", affirme Raphaëlle Lirou.

Un avis que ne partage cependant pas Stéphane Cailmail, directeur de la communication étudiante de Paris-Descartes : "On en est encore à tenter de décloisonner les UFR", s'agace-t-il. "Les étudiants s'identifient davantage à ces derniers qu'à Descartes. De là à leur dire que désormais leur marque, c'est Sorbonne Paris Cité, il y a une marche que nous n'avons pas encore franchie. Pour preuve, malgré les opérations que nous avons menées, l'entité reste encore largement inconnue des étudiants au moins jusqu'au master."

Manque de suivi

Dans ces conditions, l'opération sera-t-elle renouvelée ? Raphaëlle Lirou reconnaît qu'à Sorbonne Paris Cité, "on se pose la question", tant les critères d'attribution, de suivi et la communication auprès des étudiants n'ont pas donné satisfaction.

"Certaines associations étudiantes sont expertes dans l'art de monter des dossiers pour obtenir des financements, ne laissant aucune chance à d'autres moins aguerries mais tout aussi créatives", déplore la chargée de mission. Juliette Crochu, responsable administrative du bureau de la vie étudiante à l'université Sorbonne-Nouvelle, dénonce, quant à elle, l'opacité qui entoure les appels à initiatives. "Il est très difficile d'avoir des informations de la part des associations lauréates", regrette la jeune femme. Même chose, du côté de PSL, où aucune des équipes retenues dans le cadre de l'appel à initiatives n'a répondu à EducPros.

 

Vue aérienne du Campus Est - Grenoble université de l'innovationÀ Grenoble, un service interuniversitaire qui fonctionne !
Loin de la capitale, la communauté des universités grenobloises encourage l'initiative étudiante, dans le cadre de l'opération "Étonnez-vous !". Chaque année depuis dix ans, une commission composée des représentants des différents établissements sélectionne entre 50 et 60 projets, sur les 80 qu'elle reçoit.
Les conditions pour être retenu ? Être porté par une association interuniversitaire et présenter un projet ouvert sur l'ensemble de la communauté étudiante, que ce soit dans le domaine de l'art, de la culture, de la citoyenneté ou de l'animation de campus. L'objectif de ce dispositif : "Donner des moyens aux étudiants pour qu'ils puissent mener à bien leurs projets tout en renforçant encore davantage un sentiment d'appartenance déjà très fort, à l'université grenobloise", précise Bernard Vignon, chef de projet culture et initiatives étudiantes à l'université de Grenoble.
Chaque projet retenu reçoit une subvention allant de 2.500 à 1.500€. Montant total de l'opération : entre 25.000 et 35.000€.

                                                                                         

Fédérer les enseignants
À Sorbonne Paris Cité, avant de s'occuper des étudiants, on s'est d'abord préoccupé des enseignants. Dès 2010, le PRES a lancé des appels à projets pédagogiques, "sur le modèle de ce qui se faisait déjà à Paris-Descartes", explique Hubert Javaux, chargé de mission aux pédagogies du numérique à Paris 5.
Pour concourir, les enseignants doivent proposer un projet qui présente un intérêt pédagogique en faveur d'une plus grande réussite des étudiants et qui soit porté par des équipes issues de deux structures différentes.
Pour le premier appel, une vingtaine de projets ont été présentés et une quinzaine retenus pour un budget total de 200.000€. Le prochain devrait avoir lieu en 2014, un fois que le bilan du précédent aura été établi.

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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