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Enquête | Insertion pro, Politique

Enquête "insertion professionnelle" 2014 : les universités résistent à la crise

Camille Stromboni  |  Publié le

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Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – oct2013 Centre Tolbiac ©Camille Stromboni
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – oct2013 Centre Tolbiac ©Camille Stromboni

9 diplômés de master sur 10 sont en emploi, avec un salaire net médian de 1.900 euros par mois. Un résultat stable, d'après l'enquête annuelle du ministère publiée le 18 décembre 2013, et ce, malgré la crise. Si des biais méthodologiques persistent, l'insertion professionnelle semble aujourd'hui véritablement ancrée dans les préoccupations des universités. A condition d'en avoir les moyens.

90% des diplômés 2010 de l'université sont en emploi, 30 mois après un master : c'est ce que montre l'enquête annuelle du ministère de l'Enseignement supérieur sur l'insertion professionnelle, publiée mercredi 18 décembre 2013. "Ce taux a bien résisté à la crise et est resté stable, ne perdant qu'un point par rapport aux enquêtes précédentes", s'est réjouie Geneviève Fioraso.

C'est le premier enseignement de cette quatrième édition. "Cette stabilité est d'autant plus importante que les jeunes sont toujours les plus impactés par le contexte économique, sur le marché du travail", décrit Loïc Gojard, président de Resosup (Réseau des observatoires de l'enseignement supérieur). L'ensemble des grands domaines d'études universitaires sont en outre concernés, note le responsable, avec des évolutions toujours inférieures à 1 point.

Le taux d'insertion s'élève à 92% après la filière de droit, économie, gestion et à 91% pour les sciences, technologies, santé, tandis qu'il se situe légèrement en deçà de la moyenne pour les arts, lettres, langues (86%) ainsi que pour les sciences humaines et sociales (88 %).

Les limites propres à l'enquête

Outre les limites méthodologiques relevées lors des enquêtes précédentes, notamment à propos du lien entre les études et l'emploi obtenu, non mesuré par l'enquête, Loïc Gojard tient à rappeler que ces chiffres ne concernent que 39% des diplômés de masters, soit environ 40.000 personnes (voir aussi le billet de Pierre Dubois).

Anne Aubert, vice-présidente à l'université de La Rochelle sur les questions d'insertion et présidente de la Courroie, pointe également la question de la durée étudiée. "Je reste toujours sur ma faim avec ces enquêtes, explique-t-elle. Heureusement que nos diplômés sont en emploi à 30 mois du diplôme ! Ce que nous devrions pouvoir étudier, ce sont les parcours jusqu'au premier emploi. Car si les chiffres restent stables ici autour des 90 %, je pense en revanche que nos diplômés ont tout de même souvent un peu plus de mal qu'avant à trouver un poste", reconnait la responsable. 

La réflexion avec le ministère sur la possibilité de mener des enquêtes à plus brève échéance du diplôme est en cours, indique le président de Resosup. La loi sur l'ESR votée à l'été 2013 prévoit en effet la publication de chiffres sur l'insertion professionnelle à un an et deux ans du diplôme.

Nouveauté 2014 : le ministère publie cette année un salaire mensuel net médian des diplômés [en emploi à temps plein] par filière et établissement, qui varie entre 1.430€ en archéologie-ethnologie à 2.170€ en génie civil, pour une moyenne (des salaires médians) de 1.900€.

Heureusement que nos diplômés sont en emploi à 30 mois du diplôme ! (A.Aubert)

de la difficulté de classer

"Cette année sont également mises en avant les données contextuelles, par région, avec le taux de chômage local et le salaire médian, selon l'établissement visé. C'est une très bonne chose car il faut rappeler que le bassin d'emploi régional est crucial dans l'insertion professionnelle. D'où l'impossibilité de classer les établissements les uns par rapport aux autres, même filière par filière. Cela n'est pas pertinent, quand on sait en outre qu'au moins 55% des diplômés de masters – et 70% après un DUT – s'insèrent dans leur région", estime Loïc Gojard.

Autre nuance apportée par la vice-présidente Anne Aubert : "Cela est moins prégnant à Paris mais de manière globale, une partie de diplômés peuvent aussi avoir du mal à s'insérer parce qu'il ne veulent pas quitter leur ville", relève-t-elle.

Le bassin d'emploi régional étant crucial dans l'insertion professionnelle, il est impossible de classer les établissements les uns par rapport aux autres, même filière par filière (L.Gojard)

un changement de mentalité

Si les données sont stables sur le papier, les mentalités ont fortement évolué ces dernières années, notamment depuis la loi sur l'autonomie de 2007. Celle-ci a inscrit l'insertion professionnelle dans les missions de l'université. "Les BAIP (Bureaux d'aide à l'insertion professionnelle) nous ont offert un levier important pour organiser et rendre plus lisible ce qui était fait pour l'insertion professionnelle des diplômés. Les fondations ont également renforcé le lien avec les entreprises. Leur vision sur l'université a d'ailleurs changé : nous arrivons beaucoup mieux à faire valoir les compétences de nos étudiants auprès des entreprises", estime Anne Aubert.

Quid de la loi ESR ? Le ministère a mis en avant sa politique de simplification des diplômes pour une meilleure lisibilité auprès des entreprises, ainsi que le développement des stages et de l'apprentissage, ou encore le renforcement de la formation tout au long de la vie comme moyens d'améliorer l'insertion professionnelle.

"C'est en filigrane de la loi ESR. Mais nous n'avions pas forcément besoin de mesures législatives particulières. Nous avons surtout besoin de moyens supplémentaires, humains, dans nos services. Toutes les universités sont en difficulté et nous sommes tous à regarder dans les fonds de tiroir. Animer des réseaux d'anciens, aider à la rédaction des CV et lettres de motivations, simuler des entretiens... Tout cela prend du temps et de l'énergie, d'autant que les étudiants sont de plus en plus demandeurs. Ils ont, eux, très bien intégré cette mission de l'université !"

Le salaire mensuel net médian des diplômés [en emploi à temps plein] par filière

Salaire net médian des emplois à temps plein Taux d'insertion Part en emplois stables Part d'emplois cadres et professions intermédiaires
ARCHEOLOGIE, ETHNOLOGIE, PREHISTOIRE 1.430€ 84 % 33 % 70 %
ARTS 1.500€ 81 % 55 % 76 %
FRANCAIS, LANGUE ETRANGERE 1.500€ 94 % 44 % 74 %
HISTOIRE 1.500€ 82 % 53 % 72 %
LANGUES ET LITTERATURES FRANCAISES 1.510€ 89 % 67 % 66 %
SOCIOLOGIE, DEMOGRAPHIE 1.590€ 88 % 59 % 75 %
SCIENCES DU LANGAGE - LINGUISTIQUE 1.600€ 88 % 57 % 81 %
LITTERATURE GENERALE ET COMPAREE 1.600€ 97 % 55 % 77 %
S.T.A.P.S. 1.620€ 92 % 76 % 80 %
Ensemble Lettres-Langues-Arts 1.630€ 86 % 64 % 74 %
LANGUES ET LITTERATURES ETRANGERES 1.630€ 84 % 63 % 71 %
SCIENCES DE L'EDUCATION 1.640€ 86 % 61 % 84 %
PLURI SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES 1.640€ 90 % 54 % 80 %
PSYCHOLOGIE 1.650€ 91 % 59 % 93 %
PLURI LETTRES - SCIENCES DU LANGAGE - ARTS 1.670€ 84 % 75 % 77 %
GEOGRAPHIE 1.680€ 87 % 52 % 87 %
PLURI LETTRES - LANGUES - SC HUMAINES 1.700€ 82 % 57 % 74 %
Ensemble Sciences Humaines et Sociales 1.700€ 88 % 60 % 85 %
PLURI SC DE LA VIE, DE LA SANTE, DE LA TERRE ET DE L'UNIVERS 1.700€ 87 % 72 % 93 %
LANGUES ETRANGERES APPLIQUEES 1.710€ 88 % 74 % 71 %
PLURI LANGUES 1.760€ 83 % 78 % 79 %
SCIENCES DE L'UNIVERS 1.770€ 85 % 62 % 91 %
SCIENCES DE LA VIE 1.780€ 87 % 62 % 92 %
AMENAGEMENT 1.800€ 88 % 54 % 88 %
ADMINISTRATION ECONOMIQUE ET SOCIALE (A.E.S.) 1.840€ 89 % 73 % 82 %
SCIENCES DE L'INFORMATION ET LA COMMUNICATION 1.840€ 89 % 70 % 84 %
FORMATION GENERALE AUX METIERS DE L'INGENIEUR 1.880€ 94 % 80 % 99 %
SCIENCES POLITIQUES 1.900€ 85 % 59 % 89 %
PHILOSOPHIE, EPISTEMOLOGIE 1.900€ 88 % 77 % 89 %
SCIENCES JURIDIQUES 1.920€ 92 % 76 % 86 %
PLURI SCIENCES 1.930€ 94 % 79 % 92 %
CHIMIE 1.950€ 87 % 71 % 97 %
Ensemble Sciences-Technologies-Santé 1.990€ 91 % 78 % 94 %
Ensemble Droit-Economie-Gestion 2.000€ 92 % 81 % 86 %
SCIENCES ECONOMIQUES 2.000€ 91 % 76 % 87 %
PLURI SCIENCES ECONOMIQUES ET GESTION 2.000€ 93 % 80 % 83 %
MEDECINE 2.000€ 88 % 67 % 95 %
PHYSIQUE 2.020€ 90 % 86 % 100 %
GENIE DES PROCEDES 2.020€ 90 % 69 % 99 %
SCIENCES ET TECHNOLOGIE INDUSTRIELLES 2.050€ 93 % 84 % 96 %
SCIENCES DE GESTION 2.060€ 93 % 85 % 86 %
PHARMACIE 2.100€ 92 % 73 % 96 %
MECANIQUE, GENIE MECANIQUE 2.100€ 94 % 93 % 100 %
ELECTRONIQUE, GENIE ELECTRIQUE 2.100€ 94 % 92 % 99 %
INFORMATIQUE 2.110€ 97 % 93 % 98 %
MATHEMATIQUES APPLIQUEES ET SCIENCES SOCIALES 2.140€ 96 % 82 % 95 %
MATHEMATIQUES 2.170€ 95 % 91 % 98 %
GENIE CIVIL 2.170€ 94 % 89 % 96 %
MOYENNE 1.900€ 90 % 74 % 87 %
PLURI DROIT - SCIENCES POLITIQUES ns 92 % 48 % 76 %
LANGUES ET LITTERATURES ANCIENNES ns ns ns ns
CULTURES ET LANGUES REGIONALES ns ns ns ns
SCIENCES RELIGIEUSES ns ns ns ns
MATHEMATIQUE ET INFORMATIQUE ns 90 % 79 % 93 %
PHYSIQUE ET CHIMIE ns ns ns ns
PLURI SCIENCES FONDAMENTALES ET APPLICATIONS ns 88 % 79 % 89 %
Lire aussi
- Le billet de Pierre Dubois : Ne lisez pas l’enquête Masters 2010
- L'intégralité des résultats de l'enquête sur les diplômés 2010 de l'université sur le site du ministère de l'Enseignement supérieur
- Le communiqué du ministère (pdf)

- L'article sur letudiant.fr : Enquête 2014 : comment s'insèrent les diplômés après l'université ?

Camille Stromboni  |  Publié le

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