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Frais de scolarité : les écoles de commerce toujours plus haut

Martin Rhodes
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L'EM Lyon, l'ESCP Europe, l'EM Normandie et Néoma font partie des écoles dont les frais de scolarité ont le plus augmenté entre 2013 et 2015.
L'EM Lyon, l'ESCP Europe, l'EM Normandie et Néoma font partie des écoles dont les frais de scolarité ont le plus augmenté entre 2013 et 2015. // ©  PHILIPPE SCHULLER-EM LYON/ESCP Europe/Alexis Chézière- EM Normandie/Niko-NEOMA

Les écoles de commerce après prépa ont franchi la moyenne des 10.000 euros par an à la rentrée 2015. Un seuil limite ? Plutôt un palier : entre la réforme de la taxe d'apprentisage, la baisse des subventions des CCI d'un côté, et les besoins en recherche de l'autre, la hausse des tarifs semble inéluctable.

Le prix annuel moyen des écoles de commerce post-prépa est passé de 9.907 euros à la rentrée 2014 à 10.252 euros à la rentrée 2015, passant ainsi le seuil symbolique des 10.000 euros. L'augmentation moyenne sur cette même période est de 346 euros.
Certaines écoles ont toutefois connu une hausse de l'ordre de 10%. C'est le cas d'HEC (+ 1.300 euros), de l'ESCP Europe (+ 1.167 euros) et de l'ISC (+ 950 euros). HEC détient ainsi un double record : la plus forte augmentation de l'année et les frais de scolarité les plus élevés, soit 13.500 euros (ex-æquo avec l'Essec).

le seuil  des 10.000 euros atteint dans quatre ans pour les écoles postbac

La majoration moyenne du prix annuel des écoles postbac s'élève, elle, à 379 euros. Les hausses beaucoup plus importantes sont rares. Notons toutefois : + 640 euros pour l'EM Normandie, + 600 euros pour l'Ipag et + 480 euros pour EBS.

Une seule école postbac a, pour le moment, franchi les 10.000 euros par an. Il s'agit de l'ESCE. "Nous ne sommes pas plus chers que nos concurrents. Nous affichons un montant tout compris, tandis que d'autres font payer les cursus à l'étranger, les années de césure ou encore les rattrapages", se défend Jérôme Caby, directeur de l'ESCE. L'école ne perçoit plus du tout de taxe d'apprentissage depuis la rentrée 2015, soit près d'un million d'euros par an de recette en moins. Quasiment l'intégralité des ressources de l'ESCE provient des frais de scolarité.

Si ceux-ci continuent d'augmenter comme ils l'ont fait entre 2014 et 2015, le coût moyen des écoles postbac atteindra lui aussi ce seuil symbolique de 10.000 euros dans quatre ans seulement. Les cinq années d'études avoisineront alors les 50.000 euros.

Une prévision réaliste au regard de la baisse, voire de la disparition, des aides de l'État (taxe d'apprentissage, dotations des Chambres de commerce et d'industrie), et de l'évolution durable des tarifs. "En vingt ans, les frais de scolarité ont été multipliés par deux et demi, écrit l'Institut Montaigne dans un rapport publié en 2014. En 1994, les trois années passées dans une business school coûtaient, au total, entre 100.000 et 110.000 francs – soit 15.000 à 16.000 euros."

Les écoles de commerce : un investissement

Jérôme Caby avoue ne pas pouvoir, dans l'immédiat, augmenter le prix de l'ESCE de manière trop importante. Mais il ne voit pas non plus comment le modèle économique des écoles pourrait changer. "Je sais d'expérience que le fundraising, les dons des anciens et des entreprises, demande beaucoup de temps et offre peu de résultats pour les écoles qui ne figurent pas parmi les cinq meilleures", confie-t-il.

Selon lui, seul un changement d'état d'esprit pourrait arrêter la polémique sur le montant des frais de scolarité. "Un étudiant inscrit à l'université coûte en moyenne un peu plus de 11.000 euros à l'État. L'ESCE est moins chère", rappelle Jérôme Caby, avant de poursuivre : "En France, contrairement aux pays anglo-saxons, on ne voit pas l'enseignement comme un investissement. On pense que c'est à l'État de payer."


Qu'on arrête de montrer du doigt le prix des écoles de management : elles ne coûtent rien à la collectivité et ne produisent pas de chômeurs. (B. Belletante)

Un avis notamment partagé par Bernard Belletante. "Qu'on arrête de montrer du doigt le prix des écoles de management : elles ne coûtent rien à la collectivité et ne produisent pas de chômeurs. Est-ce mal ?" questionne le directeur général de l'EM Lyon, école qui a connu une hausse de ses frais annuels de 1.967 euros entre 2013 et 2015.

Selon lui, les 10.000 euros ne constituent pas une ligne rouge. "Les étudiants comparent le tarif de leur cursus avec le salaire à un an et trois ans après leur sortie et constatent que le jeu en vaut la chandelle", assure-t-il. "Le prix des business schools françaises équivaut environ à un an de salaire d'un jeune diplômé. Il peut encore augmenter, jusqu'à représenter 18 mois de salaire. C'est pour moi le seuil d'acceptabilité des étudiants", ajoute-t-il.

Le montant moyen d'une école de commerce s'élevant à 35.387 euros, et le salaire de sortie à 33.737 euros, Bernard Belletante fixe donc la limite à environ 52.400 euros. Certains établissements en cinq ans sont très proches de ce montant, comme l'ESCE (51.150 euros), l'Iéseg (45.990 euros) et l'Essca (45.950 euros).

Une augmentation inéluctable

Jusqu'où les écoles peuvent-elles aller ? Loïck Roche, directeur de Grenoble école de management et président du Chapitre des écoles de management de la CGE (Conférence des grandes écoles), a répondu à cette question sur son blog en septembre 2015. Il fixe un plafond par école : 120.000 euros (voire plus) pour trois années à HEC ; entre 60.000 et 70.000 euros pour l'Essec et l'ESCP ; 50.000 euros pour l'EM Lyon et l'Edhec ; 40.000 euros pour les établissements qui suivent directement dans les classements. Les autres seraient à un montant maximum ou trop onéreux.

"120.000 euros ? Je ne sais pas si HEC atteindra un jour ce montant-là", s'amuse Bernard Ramanantsoa. L'ancien directeur d'HEC est, lui aussi, convaincu que les écoles françaises, deux à trois fois moins chères que leurs concurrentes anglaises et espagnoles, vont devoir augmenter leur prix en l'absence de business plan alternatif. "Les marges dégagées par la formation continue se dégradent en raison de la concurrence du numérique et le fundraising ne va pas faire des miracles. Ce dernier va seulement mettre du beurre dans les épinards des meilleures écoles", affirme-t-il.

Les business schools n'ont pas d'autre choix que d'accroître leur prix. Reste à savoir si les cursus meilleur marché, comme ceux des IAE (instituts d'administration des entreprises), ne détourneront pas une partie de leur public. "Les étudiants suivront. Le critère n'est pas le nombre de candidats par rapport au nombre d'admis, mais l'excellent taux d'emploi", soutient, confiant, Bernard Ramanantsoa. "La vraie question est celle de la vitesse à laquelle les écoles augmentent leur tarif. Une hausse trop rapide peut véritablement amener les étudiants à les bouder", conclut-il.


Les 37 écoles, des frais de scolarité les plus élevés aux moins élevés
Programmes (groupe) Statut Labels internationaux Frais de scolarité annuels moyens (€)*   Concours principal
De 13.500 € à 10.000 €
ESSEC, Cergy-Pontoise Pr E, A 13 500 € BCE
HEC, Jouy-en-Josas Co E, A, a 13 500 € BCE
EM Lyon Pr E, A, a 13 167 € BCE
ESCP Europe, Paris Co E, A 13 000 € BCE
EDHEC, Lille, Nice, Paris Pr E, A 12 907 € BCE
Kedge, Bordeaux, Marseille Pr E, A, a 11 400 € Écricome
Grenoble École de Management Co E, A, a 11 191 € BCE
Neoma, Reims, Rouen Pr E, A 10 880 € Écricome
ISC, Paris Pr / 10 780 € BCE
Audencia, Nantes Pr E, A, a 10 633 € BCE
INSEEC, Bordeaux, Paris, Chambéry Pr / 10 617 € BCE
Skema, Lille, Nice, Paris Pr E, A 10 413 € BCE
ESCE, Paris, Lyon Pr e 10 230 € Sesame
Montpellier Business School Pr A, e 10 040 € BCE
De 10.000  € à 9.100 €
Toulouse Business School Co E, A 10 000 € BCE
ISG, Paris Pr / 9 913 € BCE
ESC La Rochelle Pr A, e 9 450 € BCE
IESEG, Lille, Paris Pr E, A 9 198 € Accès
ESSCA, Angers, Paris Pr A, e 9 190 € Accès
EBS, Paris Pr / 9 160 € Link
ICD, Paris, Toulouse Pr / 9 100 € TEAM
ICN, Nancy Pr E 9 100 € Écricome
Moins de 9.000 €
PSB, Paris School of Business (ex-ESG MS) Pr a 8 998 € Link
ESC Rennes Pr E, A 8 967 € BCE
EM Normandie, Le Havre, Caen Pr A, e 8 870 € Sesame
ESC Pau Co e 8 800 € BCE
EDC, Paris Pr / 8 600 € Link
ESC Dijon Pr A, e 8 500 € BCE
ISTEC, Paris Pr / 8 450 € TEAM
IPAG, Paris, Nice Pr / 8 400 € Sesame
ESC Clermont Pr A 8 250 € BCE
IDRAC, Lyon Pr / 8 242 € TEAM
Novancia, Paris Co / 7 970 € Atout+3
ESC Troyes Pr / 7 900 € BCE
ESDES, Lyon Pr / 7 820 € Accès
EM Strasbourg Pu A, e 7 500 € BCE
Télécom EM, Évry Pu A, a 5 650 € BCE

Fond bleu : écoles accessibles dès le bac.
Fond blanc : écoles accessibles à partir de bac + 2.
Labels internationaux : E (Equis), A (AACSB), e (EPAS), a (AMBA-MBM)

Concours : BCE (banque commune d'épreuves)
Statut : Co : consulaire ; Pr : privé ; Pu : public.
/ : école non accréditée.
Brest BS n'a pas souhaité participer à notre palmarès cette année.
* Hors formule d'apprentissage (pas de frais de scolarité).

Sélection par l'argent : un risque qui guette
"Les coûts de scolarité élevés des business schools dissuadent, dès l'inscription en classe préparatoire, une partie des étudiants les moins favorisés", peut-on lire dans un rapport publié en 2014 par l'Institut Montaigne.

Les directeurs des différents établissements s'entendent pour dire que les bourses, l'alternance, et notamment les prêts sans garanties et sans intérêts suffisent à préserver des inégalités d'accès. Ils assurent qu'il est par ailleurs simple d'obtenir et de rembourser un prêt pour un jeune manager, quel que soit son milieu social. "Il y a toutefois de l'autocensure de la part de certains étudiants modestes qui se disent que les écoles sont faites pour les riches. Ce n'est pas vrai !", s'insurge Bernard Belletante, directeur général de l'EM Lyon.

Cassandre Bliot, responsable à l'Unef des questions liées à l'enseignement supérieur (Union nationale des étudiants de France), fait un tout autre constat : "Les bourses attribuées sur critères sociaux sont insuffisantes. Par conséquent, plus les frais de scolarité des écoles augmentent et plus les classes populaires en sont exclues".
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Aurelie.

Je suis étudiante dans une école de commerce parisienne et qui dit école de commerce dit aussi frais de scolarité (parfois astronomiques !). J'ai décidé de souscrire à un prêt étudiant et je trouve qu'en tant qu'étudiant nous ne sommes pas toujours bien informés en sortant des classes prépas ou des universités. J'ai dû prendre les devants en effectuant des comparaisons de banques sur des sites comme http://www.jecomparelesbanques.com/ sur le comparateur du gouvernement ou sur http://www.panorabanques.com pour trouver la banque la plus "avantageuse" au vu de mon profil étudiant. Ces comparaisons demandent trop de temps et sont trop personnelles. Il faut songer à simplifier ça et surtout en 1er lieu à réduire les frais de scolarités des écoles

Pierre Crepatte.

On se demande bien ce qui pourrait limiter les prix d'inscription des écoles de commerce privé. La concurrence ? A côté des écoles d'ingénieur et des IUT, à minima, un autre mode de tri. Et à côté de cela l'université qui fait ce qu'elle peut avec les quelques moyens qu'elle a. Mais l'enseignement numérique est là pour la sauver en diminuant le présentiel étudiant.

Coquet.

Je vous remercie pour l'information qui confirme ce que je craignais sur le montant et la durée des mensualités (plus de 7000€ par an à la sortie de l'école et 6 ans de remboursement) pour des frais de scolarité de 40000€ et un salaire de débutant de 40000€ sans compter les impôts qu'il faudra payer sur ces 7000€ brut pendant 6 ans . Je comprends mieux que beaucoup d'etudiants tentent l'accès aux IAE. qui deviennent largement compétitives même si les salaires de début sont inférieurs de 20%à ceux des meilleures écoles de management . Cela devrait donner à réfléchir à ceux qui souhaitent augmenter plus que de raison les tarifs de ces "business schools"

Thomas.

"salaire de débutant de 40000€": à part quelque filières très sélectives (type expert-comptable), les diplomés MOYENS d'ESC moyennes, en sont bien loin...Caclulez alors le retour sur investissement...

Coquet.

Thomas , Mon exemple concernait EMLyon puisque son DG ne semble pas être de mon avis . Un étudiant de DESC pourrait en faire un cas concret à partir des tableaux de L'Etudiant.fr et calculer la durée de remboursement des emprunts et le salaire net après déductions des annuités d'emprunts et les impôts dus sur les revenus des étudiants de chacune des écolesde commerce et pourquoi pas des étudiants d'IAE qui n'ont pas à emprunter beaucoup pour financer leurs études .

Thomas.

@ Coquet: l'EMLYON est une très bonne école de commerce, ce qui explique ce chiffre de 40 000 euros de salaire de départ. Mais je le répète pour nos lecteurs: ce chiffre alléchant n'est pas du tout ce que la majorité des étudiants peut espérer, comme salaire de départ. Votre comparaisoin avec les IAE devient alors très pertinente.

CHB.

Comment sont choisies les écoles participant à l'enquête? L'absence de Kedge (Bordeaux-Marseille, beaucoup d'étudiant·e·s et frais élevés) m'amène à poser la question.

EducPros.

Bonjour CHB, "Kedge Bordeaux - Marseille" est bien présent dans le tableau. Bonne journée.

Coquet.

Les écoles de management ne sont elles pas financées par des collectivités (CCI ou l'Etat ) ? Ne perçoivent elles pas la taxe d'apprentissage et les déductions fiscales des dons (des impôts donc !). Ne trouvez vous pas qu'il est un peu exagéré de dire qu'elles ne coûtent rien à la collectivité ? Augmenter les droits de scolarité comme l'envisagent certains n'est il pas contre productif ? Combien de temps faudra t'il à un diplômé pour rembourser un prêt de plus de 50.000€,

EducPros.

Bonjour Coquet, le sujet est quelque peu complexe et peut même faire l'objet d'un article à part entière. La nature des écoles étant divisibles en trois catégories (privé, insulaire et public), cela en devient très compliqué. Concernant votre dernière question, vous pouvez retrouver les salaires moyens à la sortie d'une Business School sur cet article : http://www.letudiant.fr/etudes/ecole-de-commerce/quand-les-etudiants-s-endettent-pour-se-payer-une-business-school.html. Bonne journée.