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Idex : des milliards qui coûtent cher

Camille Stromboni  |  Publié le

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Palais universitaire de Strasbourg © Catherine Schröder
Palais universitaire de Strasbourg © Catherine Schröder

Le Premier ministre Manuel Valls a ouvert la nouvelle compétition des Initiatives d'excellence le 29 septembre 2014. Les huit lauréats de la "saison 1" avaient obtenu chacun les intérêts d’un capital de 700 millions à 950 millions d’euros. Quel premier bilan tirent-ils, plus de deux ans après ? Si de nombreux projets innovants ont pu être lancés, la question du coût des Idex pour les universités reste problématique.

Les Idex entament une deuxième vie en 2014, avec un nouveau round de sélection pour les universités, afin d’obtenir les millions d’euros de cet appel à projets. Procédure élitiste, contournant la communauté universitaire, ou encore menant à des structures non démocratiques… Les opposants n’avaient pas manqué d’arguments lors du lancement de la compétition des Initiatives d’excellence, sous le ministère de Valérie Pécresse, en 2011. Qu'en est-il près de trois ans plus tard ?

Des projets tous azimuts

Les huit regroupements qui ont obtenu des Idex au premier tour – Bordeaux, Strasbourg, PSL (Paris Sciences et Lettres), Sorbonne Universités, Sorbonne Paris Cité, Saclay, Aix-Marseille et Toulouse – ont reçu progressivement les intérêts d'un capital allant de 700 millions à 950 millions d’euros. Lyon et Hésam (Paris 1, Cnam, EHESS, etc.) ont de leur côté bénéficié d'un soutien financier particulier, forme de "semi-Idex".

Évidemment ravis de cette manne financière supplémentaire, en cette période de difficultés budgétaires  – environ 25 millions à 30 millions d’euros sonnants et trébuchants par an (Labex compris) –, les présidents des universités concernées constatent que les projets de recherche ont été les plus rapides à mettre en route. Le plus souvent, via des appels à projets, avec l'interdisciplinarité comme priorité.

Contrats doctoraux, postdoc, bourses de mobilité pour doctorants, invitations de chercheurs internationaux, chaires d’attractivité… La palette de mesures financées est large.

L’Idex a également été un vecteur pour la politique de site des lauréats. À Bordeaux, l’Initiative d’excellence était consubstantielle à la fusion de trois des quatre universités. À Aix-Marseille, le président Berland reconnaît que "c’est finalement là que se fait beaucoup la politique de site".

La Formation moins présente

Côté formation, les Idex ont pour l’instant moins porté leurs fruits. "Nous avons plus de mal quand il s’agit de mettre en place des formations, reconnaît l’enseignant-chercheur parisien. C’est le cœur de métier des établissements, cela peut provoquer des inquiétudes chez les enseignants-chercheurs, mais surtout une formation s’inscrit dans la durée, alors que l’Idex peut avoir une fin."

"Il faut attendre souvent près d’un an pour qu’un programme pédagogique soit lancé, confirme Manuel Tunon de Lara, à la tête de l'université de Bordeaux. Chez nous, ces projets vont ainsi prendre forme surtout à compter des rentrées 2014 et 2015."

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Résultat : ce sont les plateformes d’innovations pédagogiques et numériques qui semblent les plus abouties en la matière. Sapiens à Sorbonne Paris Cité, l’Institut de développement et d’innovation pédagogiques à Strasbourg (Idip), ou encore le Centre Michel-Serres à Hésam…

une première année de mise en route

Au-delà de ces nombreuses initiatives, les porteurs des Idex ne nient pas les difficultés rencontrées. "Attention, la mise en route est longue, constate Yvon Berland, président de l'université d'Aix-Marseille. La première année sert surtout à lancer les divers appels à projets. On perd un an où l’on ne consomme pas forcément tous les financements."

Le volet administratif, avec l’ANR (Agence nationale de la recherche) et le CGI (Commissariat général à l'investissement), a pu aussi ralentir l’arrivée des moyens, estime de son côté Jean-Yves Mérindol, à la tête de Sorbonne Paris Cité, qui juge les procédures parfois "inutiles et fatigantes".

"C’est normal, nous avons essuyé les plâtres, relate-t-il. D’autant que les questions institutionnelles et politiques autour des regroupements universitaires nous ont fortement occupés cette année."

La mise en route est longue. La première année sert surtout à lancer les divers appels à projets
(Yvon Berland – Aix-Marseille)

un décalage avec le manque de moyens des universitÉs

Mais la principale critique envers les Idex reste le décalage entre cette manne et les difficultés financières des universités. "Seuls les périmètres d’excellence reçoivent les intérêts de l’emprunt. Les universités abondent également sur ces projets, car elles s’y sont engagées, rappelle Marc Neveu, cosecrétaire général du Snesup (Syndicat national de l'enseignement supérieur). Résultat : il y a un assèchement pour tout le reste de l’université. Et des situations budgétaires extrêmement tendues, chez des universités qui ont pourtant obtenu ces fonds."

"C’est une difficulté majeure, mais je n’ai pas de solution, reconnaît Manuel Tunon de Lara. Le contraste est fort entre les moyens importants pour des initiatives innovantes et les fortes carences budgétaires que subissent nos propres établissements… Il s’agit de deux systèmes étanches :  d’un côté nous finançons ces projets ambitieux, de l’autre nous gelons des postes."

Et de nuancer tout de même : "L’Idex nous tire néanmoins vers le haut, et peut faire un effet levier. Cela permet aussi d’attirer des moyens sur le reste de la communauté."

D’un côté nous finançons ces projets ambitieux, de l’autre nous gelons des postes. L’Idex nous tire néanmoins vers le haut, et peut faire un effet levier.
(Manuel Tunon de Lara – Bordeaux)

Frais d'environnement : l'Idex peut aussi... coûter

Un décalage d’autant plus fortement ressenti que les frais d’environnement sont jugés très insuffisants par les porteurs. C'est-à-dire la part que l'université peut prélever sur les sommes obtenues avec l'Idex, afin de financer les coûts en interne qu'engendre tout projet de recherche (gestion administrative, locaux, électricité, etc.). Ces derniers étaient fixés initialement à 4% de l'enveloppe des projets Idex, avant d'être portés à 8%. Mais cela ne suffit pas.

"Il faut pouvoir se payer l’Idex, explique Manuel Tunon de Lara. Sachant que la recherche est le domaine qui consomme le plus en termes d’infrastructures, de fluides, de maintenance... C’est du fonctionnement en plus que nos établissements doivent payer, et cela n’a pas été prévu par l’Idex." "Plus il y a d’activité, plus cela coûte cher à l’université", confirme Yvon Berland.

"Tant que les autorités n’auront pas compris cela, l’Idex marchera sur la tête, résume Alain Beretz, président de l'université de Strasbourg. Et il ne s’agit pas de renflouer les universités avec l’argent de l’Idex, comme peuvent le craindre certains, le financement de ces frais existe dans tous les appels internationaux." "Dans certains appels européens, ils peuvent atteindre 50%", insiste Denis Pelletier, administrateur provisoire d'Hésam.

Prochaine étape clé pour les lauréats :  une nouvelle session d'évaluation aura lieu au printemps 2016, clôturant ainsi cette période probatoire. Il leur reste donc un peu moins de deux ans pour faire leurs preuves, s'ils veulent décrocher la pérennisation des "millions de l'excellence".

Interdisciplinarité, antennes à l'étranger : des initiatives financées avec les Idex

  • Des programmes de recherche visant l'interdisciplinarité : "Émergence et Innovation" à Aix-Marseille, "Convergence" à Sorbonne Universités avec un peu plus de 4 millions d’euros partagés jusqu’ici, ou encore "Synergie" et "Next" pour Noyaux d’excellence thématique à Hésam.
  • "Étoiles montantes" à Aix-Marseille sert à soutenir de jeunes chercheurs prometteurs.
  • Sorbonne Paris Cité a développé son réseau d’antennes à l’étranger, à Singapour, Buenos Aires ou encore Sao Paolo. "Nos projets en Afrique et en Chine sont en réflexion", décrit le président de la Comue (communauté d'universités et établissements), Jean-Yves Mérindol.
  • Des formations sont de leur côté renforcées par les financements Idex avec le label "Académie d’excellence" à Marseille ; un collège des licences à Sorbonne Universités aide notamment à la systématisation du fonctionnement majeure/mineure. Plusieurs collèges doctoraux ont également été mis en place. Le CPES (cycle pluridisciplinaire d’études supérieures) à PSL, mélange de classe prépa et de licence universitaire, se prépare lui pour une troisième rentrée.
L'appel à projets Idex/Isites
L'appel à projets Idex/Isites a été mis en ligne sur le site de l'ANR le 29 septembre 2014, après le discours du Premier ministre Manuel Valls. Cette nouvelle vague des Initiatives d'excellence est dotée d'un capital de 3,1 milliards d’euros, dont les groupements d'établissements lauréats toucheront les intérêts.

Nouveauté pour cette saison 2 : outre les Idex, des Isites (Initiatives Science Innovation Territoires Economie) seront destinés aux candidats qui n’auraient pas la masse critique suffisante pour prétendre à l’Idex (la "puissance scientifique de tout premier plan") mais tout de même des "atouts scientifiques thématiques, reconnus et distinctifs" [lire notre article : Saison 2 des Idex : la course aux millions relancée pour les universités].

Côté calendrier, la phase de présélection des candidats s'achèvera en avril 2015, la remise des dossiers de sélection interviendra d'ici septembre 2015 puis la sélection en janvier 2016.

Camille Stromboni  |  Publié le

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