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Enquête | International, Innovation

Israël. Le Technion, l'arme secrète de la "Nation start-up"

Léa Avisar  |  Publié le

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Le Technion (Israël) // DR
Le Technion (Israël) // DR // © Institut Technion

L'Institut technologique de Haïfa, qui a formé la plupart des ingénieurs du pays, s’est forgé une réputation internationale en matière d’innovation et d’entrepreneuriat. Retour sur le succès de ce MIT israélien.

Perché sur le mont Carmel, le campus du Technion n'offre pas seulement une vue imprenable sur la baie de Haïfa. Disséminés sur une colline boisée, ses bâtiments surplombent aussi le parc industriel et scientifique Matam, où les géants des télécoms et de l'informatique – tels que Yahoo, Google, IBM ou Intel – ont installé des centres de recherche. Un écosystème propice à l'innovation. Bienvenue au Technion, le MIT d'Israël, dont la réputation dépasse largement les frontières du pays.

Fondé en 1912, l'Institut technologique israélien, présidé par Peretz Lavie, se présente comme la plus ancienne université de l'Etat hébreu. Mais depuis deux décennies, son nom est inextricablement lié au succès de la “Silicon Wadi” – la “Silicon Valley” israélienne, qui affiche 4.900 jeunes pousses au compteur, et s'est forgé une réputation de “Nation start-up”, avec un ratio d'une entreprise innovante pour 2.000 habitants. Un record mondial. Parmi les inventions nées sur le campus de Haïfa figurent notamment la clé USB, un médicament contre la maladie de Parkinson commercialisé sous le nom d'Azilect, l'irrigation goutte-à-goutte ou encore le système de défense anti-missile "Iron Dome". 

Des prix Nobel et des ingenieurs

Fort de quelque 14.000 étudiants répartis dans quelque 18 facultés – de l'informatique à la médecine en passant par les nanotechnologies ou le génie électrique et civil – le Technion a en effet pour particularité “d'offrir un enseignement qui combine la recherche fondamentale et les sciences appliquées”, souligne Boaz Golany, vice-président des ressources extérieures et du développement international de l'université. Tout en s'appuyant sur le dynamisme local en matière d'entrepreneuriat.

D'un côté, le Technion, dont les frais de scolarité sont relativement peu élevés pour le pays (moins de 3.000 dollars par an pour un citoyen israélien), joue sur l'excellence académique. Son corps enseignant compte par exemple trois lauréats du prix Nobel de chimie : Avram Hershko, Aaron Ciechanover et Dan Shechtman. De l'autre, l'Institut, qui a formé la plupart des ingénieurs du pays, privilégie une approche pluridisciplinaire où business et innovation font bon ménage. De sorte que plus de 70% de ses anciens alumni sont des fondateurs ou des dirigeants de start-up du secteur high-tech.

Le président du Technion, Peretz Lavie, et l'un des Nobel de chimie qui enseigne à l'Institut, Dan Shechtman // DR

Les étudiants du Technion, qui ont fait plusieurs années de service militaire obligatoire avant d'être intégrés, affichent, il est vrai, un niveau de motivation très élevé. C'est tout particulièrement le cas des étudiants passés par les rangs des unités technologiques de l'armée, qui sert d'incubateur au high-tech israélien et favorise l'innovation. “Le paradigme de la mère juive a changé, avance pour sa part Dan Shechtman. Hier, le mot d'ordre était : termine tes études de médecine. Aujourd'hui, c'est : deviens entrepreneur !”

Le Nobel de chimie a senti le vent venir en introduisant, voilà 28 ans, un cours “d'entrepreneuriat technologique” sur le campus de Haïfa. Dispensé chaque hiver par un panel de créateurs d'entreprise, ce module, qui fait aussi intervenir des juristes ou des acteurs du capital risque, est l'un des plus prisés de l'institution. Il illustre aussi la puissance du “réseautage” du Technion, très réputé pour ses programmes de tutorat.

Le paradigme de la mère juive a changé. Hier le mot d'ordre était : termine tes études de médecine. Aujourd'hui, c'est : deviens entrepreneur !

Autre point fort de l'institut israélien : le transfert de technologie. Doté d'un budget recherche et développement de 160 millions de dollars, le transfert devrait générer cette année près de 30 millions de dollars en revenus de licences. “Nous possédons environ 50 sociétés dans notre portfolio, auxquelles s'ajoutent 30 entreprises dont nous avons licencié la technologie”, précise Benny Soffer, en charge de T3, la structure de valorisation commerciale du Technion. Sachant que les royalties sont partagées à hauteur de 50-50 entre l'institut et le chercheur. Un “modèle de business” synonyme de cercle vertueux...

Le Technion s'exporte
Preuve de son aura internationale, le Technion, dont le budget de fonctionnement est financé à 70% par les pouvoirs publics israéliens, commence à exporter son modèle. En novembre 2013, le milliardaire de Hong Kong, Li Ka-Shing, a ainsi signé un chèque de 130 millions de dollars à l'ordre du Technion, qui servira à créer un équivalent chinois du campus de Haïfa, avec l'université de Shantou, dans la province du Guangdong au sud de la Chine. Selon les termes de l'accord, un programme pour les premiers cycles de l'Institut de technologie Technion Guangdong va démarrer à la rentrée 2014 en ingénierie civile et environnementale et en sciences de l'informatique. Cet institut – dont les cours auront lieu en anglais – se joindra à l'université de Shantou pour conduire des recherches dans les sciences de la vie centrées sur le big data.

L'institut a par ailleurs noué un partenariat avec l'université de Cornell pour la construction d'un campus futuriste à New York. Officialisé fin 2011, ce nouveau centre, qui verra le jour à Roosevelt Island, sera dédié aux sciences appliquées et d'ingénierie. L'occasion pour le Technion de réaliser un “transfert de technologie”, dans le cadre d'un projet également très bien pourvu puisque Cornell Tech vient de recevoir une dotation de 133 millions de dollars, destinée à soutenir le “Joan and Irwin Jacobs Technion-Cornell Innovation Institute”.

Léa Avisar  |  Publié le

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