Newsletter

Le pôle Léonard-de-Vinci en quête d'une solution viable

Jean-Claude Lewandowski
Publié le
Envoyer cet article à un ami
L'ESILV (Ecole supérieure d'ingénieurs Léonard de Vinci)
L'ESILV (Ecole supérieure d'ingénieurs Léonard de Vinci)

Fin juin 2013, le conseil général des Hauts-de-Seine décidait de réduire, voire de supprimer sa subvention au pôle Léonard-de-Vinci et tentait de trouver une solution définitive pour le site. Quitte à le vendre au plus offrant. Depuis, les parties prenantes, à commencer par l'association qui regroupe les trois écoles "historiques" du pôle, s'activent pour éviter la fermeture. Dauphine, de son côté, envisage de monter un "pôle d'excellence" avec l'université de Nanterre.

C'est une période cruciale que traverse le pôle universitaire Léonard-de-Vinci, à la Défense. Fin juin 2013, Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine, qui a repris en direct la gestion du bâtiment depuis janvier, a en effet tapé du poing sur la table : il entend réduire drastiquement – sinon supprimer – la subvention versée aux trois écoles "historiques" du pôle (5,5 millions d'euros cette année, 7 millions en 2012). Et surtout, il n'envisage plus que "deux options" pour celle qu'on a surnommée la "fac Pasqua" : soit "favoriser l'émergence d'un pôle d'enseignement en cédant les locaux, par exemple pour un euro symbolique", soit "vendre le bâtiment" au plus offrant. Et d'annoncer le lancement d'une étude de potentiel du site, qui envisagera "toutes les possibilités".

Depuis, l'association Léonard-de-Vinci, qui regroupe les trois écoles privées – école d'ingénieurs (ESILV), de management (EMLV) et du multimédia (IIM) – se démène pour trouver une solution viable. "Notre objectif est de parvenir à l'autonomie financière, sans aucune subvention, en 2017-2018", indique Pascal Brouaye, son président. Comment ? D'abord, en augmentant les effectifs d'environ 10% par an – ce qui, mécaniquement, fera grimper les ressources issues des frais de scolarité. De 2.450 étudiants l'an dernier, le nombre d'inscrits dans les trois écoles est déjà passé à 2.650 à cette rentrée, grâce à une forte hausse des entrées en première année – en particulier à l'ESILV et à l'IIM. Signe que les incertitudes concernant l'avenir du site n'ont pas entamé la confiance des étudiants. L'effectif total devrait ainsi continuer à croître, pour atteindre environ 3.700 étudiants à l'horizon 2017.

Notre objectif est de parvenir à l'autonomie financière, sans aucune subvention, en 2017-2018 (P. Brouaye)

Vers un "nouveau modèle" d'enseignement supérieur

Seconde piste, une hausse ("raisonnable", précise Pascal Brouaye) des frais de scolarité – de l'ordre de 3% par an. Ils tournent aujourd'hui entre 6.000 et 7.000€ par an, selon les filières. Cette solution comporte pourtant ses limites : traditionnellement, le pôle accorde de nombreuses réductions, qui peuvent aller jusqu'à 60%, aux boursiers et aux élèves originaires du département. Ces avantages, dont bénéficient près de 40% des inscrits, seraient simplement "rabotés", passant par exemple de 30 à 20% pour les étudiants des Hauts-de-Seine.

À plus long terme, l'association mise sur un "nouveau modèle" d'enseignement, qui accorderait une large place à la "transversalité" entre les trois écoles, aux TIC et à la formation à distance. Avec, par exemple, une année de "tronc commun" pour les trois institutions. Déjà, tous les élèves de première année ont suivi ensemble le même séminaire d'intégration. La formation continue pourrait aussi apporter quelques ressources supplémentaires. L'association espère ainsi signer avec le département un bail emphytéotique, qui exempterait celui-ci de toute charge de fonctionnement et d'entretien. "De façon générale, nous devrons faire mieux avec moins, reconnaît Pascal Brouaye. Il existe d'énormes gisements de productivité, notamment au niveau des systèmes d'information. C'est une trajectoire assez délicate, mais qui est possible." Pas question, en revanche, selon lui, d'envisager des suppressions de personnels.

Dauphine et l'université de Nanterre intéressées

Pour l'heure, Patrick Devedjian ne ferme pas la porte à ces différentes solutions. L'association n'a cependant aucune assurance sur l'avenir. On imagine mal, pourtant, que des milliers d'étudiants soient brutalement laissés sur le carreau. Un rapport remis au conseil général il y a quelques moins préconise d'ailleurs "un délai de trois à cinq ans" afin de permettre l'achèvement des cursus déjà entamés.

Mais l'association n'est pas seule concernée. Car environ la moitié des locaux sont aujourd'hui loués à trois institutions : la business school Skema, l'université de Nanterre et l'université Paris-Dauphine. Les deux dernières ont même accru leur présence récemment ; elles proposent de faire cause commune autour d'un pôle d'enseignement consacré à la finance et au droit des affaires. Mais, dans ce cas, l'État aura forcément son mot à dire… En outre, Dauphine prépare pour 2015 une importante restructuration de ses bâtiments parisiens, qui va nécessiter le recours à des locaux provisoires.

D'autres acteurs pourraient également entrer en lice. Certains tournent ainsi leurs regards vers l'ESSEC, déjà présente à la Défense (l'école de Cergy dispense ses formations executive au CNIT). La CCI de Paris-Île-de-France serait donc elle aussi concernée. L'association, en revanche, dément fermement tout lien ou contact avec le groupe américain Laureate, pourtant évoqué par certains. Pascal Brouaye a d'ailleurs dirigé l'ECE, propriété de Laureate, mais a quitté ce groupe à l'été 2012 pour cause de "désaccord stratégique". Bref, les rumeurs se multiplient, et c'est une partie très complexe qui se joue actuellement. Seule certitude : l'heure des décisions approche pour le pôle Léonard-de-Vinci.


Jean-Claude Lewandowski | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires

Les annuaires du sup

Newsletters gratuites

Soyez informés de l'actualité de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Abonnez-vous gratuitement

Je m'abonne