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Les CUPGE, ces petites prépas universitaires qui montent

Géraldine Dauvergne  |  Publié le

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Le CUPGE de l'université de Lorraine
Le CUPGE de l'université de Lorraine // © ULorraine

L'offre de cycles universitaires préparatoires aux grandes écoles est chaque année plus fournie sur le site Admission-postbac. Alternative aux traditionnelles prépas des lycées, ces cursus veulent attirer de nouveaux étudiants vers l'université. Zoom sur ces formations encore méconnues mais en plein essor, alors que les élèves de terminale finalisent leurs choix d'orientation.

CUPGE. Ce sigle figure en bonne place aux côtés des licences, BTS, DUT et autres écoles de commerce, sur le site Admission-postbac. "Beaucoup d'étudiants de terminale découvrent les CUPGE [cycles universitaires préparatoires aux grandes écoles] sur ce site, note Anne Mauffrey, responsable du cycle universitaire agro-véto d'Aix-Marseille. Leurs parents me contactent par mail pour en savoir plus." À ce jour, APB recense une trentaine de ces mystérieux CUPGE qui rassemblent environ un millier d'étudiants. Plusieurs coexistent parfois au sein d'une même université.

L'effet APB

La dénomination est nouvelle, la formule ancienne. Il y a trente ans déjà, les facultés de sciences avaient mis en place des parcours renforcés de premier cycle, les CPEI (cycles préparatoires aux écoles d'ingénieurs), afin de faciliter l'entrée en école d'ingénieurs des étudiants issus de leurs rangs via les concours d'admission parallèle.

Certains CPEI ont disparu, beaucoup se sont opportunément transformés en CUPGE, nom générique créé et imposé par le ministère de l'Enseignement supérieur pour recenser toute prépa universitaire sur le site APB. Une nouvelle génération de ces formations sélectives et ambitieuses a vu le jour à partir de 2009, à l'initiative d'universitaires qui souhaitaient endiguer l'hémorragie d'étudiants dans les filières scientifiques.

"Notre objectif est d'attirer des étudiants qui ne seraient pas venus à l'université sans formation sélective et de bon niveau, explique sans ambages Stéphane Attal, responsable du cycle préparatoire de Lyon 1. Nous obtenons de bons résultats aux grands concours d'écoles d'ingénieurs, poursuit-il. Et cela commence à se savoir : les candidatures à l'entrée du CUPGE décollent depuis deux ans. Nos étudiants pourraient prétendre aux classes préparatoires, mais ils choisissent de venir faire des mathématiques à l'université. Les conditions d'études y sont plus sereines."

des petites promotions

En CUPGE comme dans les prépas traditionnelles, la taille de la promotion est limitée : de 12 à 30 élèves par groupe. "Nous assurons un suivi personnalisé des étudiants", assure Nader Yeganefar, responsable du cycle maths-physique d'Aix-Marseille. Le rythme est accéléré, les cours, spécifiques ou mutualisés avec ceux d'autres licences.

La formation s'étend d'ordinaire sur deux ans (L1 et L2), parfois sur les trois années de la licence : c'est le cas du CUPGE agro-véto et de la licence MPCI (mathématiques, physique, chimie et informatique) d'Aix-Marseille. "Les écoles les plus prestigieuses, dont les Écoles centrales ou ParisTech, recrutent des étudiants d'université qui ont validé un L3", rappelle Marc Georgelin, responsable de la licence MPCI d'Aix-Marseille.

Le CUPGE est un excellent produit d'appel pour l'université.
(D. Schmitt)

Priorité : le cursus universitaire

Le CUPGE ne "prépare" pas aux concours comme le font les classes préparatoires traditionnelles. L'étudiant y est armé pour passer le cap d'une sélection sur dossier et d'éventuelles épreuves écrites ou orales. Mais la validation des diplômes universitaires reste la priorité. Sans elle, ni poursuite d'études, ni candidature à l'entrée dans les grandes écoles. Le cycle universitaire préparatoire aux grandes écoles est toujours adossé à un ou plusieurs parcours de licence traditionnels, en sciences ou sciences humaines. Ainsi, le parcours sciences-langues de l'université Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand, est à cheval sur trois licences : mathématiques, physique et LEA. "L'intégration en école d'ingénieurs n'est qu'un objectif parmi d'autres", explique Jérôme Lemoine, responsable du parcours sciences-langues.

Autre argument du CUPGE : la souplesse des réorientations. "À chaque fin de semestre, les passerelles existent dans les deux sens", souligne Didier Schmitt, responsable du cycle maths-physique de l'université de Lorraine. Sur ses dix étudiants de l'an dernier, Didier Schmitt en a vu partir trois en école d'ingénieurs, et en a gardé sept sur les bancs de l'université. "Notre démarche porte ses fruits : nous allons ramener un peu d'effectifs dans nos masters. Le CUPGE est un excellent produit d'appel pour l'université."

Travaux pratiques d'holographie au CUPGE de l'université de Reims

Scientifiques, mais pas seulement

D'autres cycles prépatoires ont choisi de nouer des partenariats avec une ou plusieurs grandes écoles, souvent elles-mêmes composantes de l'université, au point, parfois, de se constituer en véritable prépa intégrée. C'est le cas du CUPGE-ENSIBS, installé à Lorient, dans les locaux mêmes de la grande école. "Les étudiants du cycle préparatoire sont déjà élèves de l'école et, s'ils réussissent à valider leur cursus, ils y entrent de droit, explique Farida Saïd, la responsable du CUPGE. Mais ils peuvent aussi poursuivre en L3 à l'université, ou postuler à d'autres écoles."

Même philosophie pour Prep'Isima, le parcours de la licence d'informatique de l'université Clermont 2. "La totalité de la promotion sortie en 2014 est entrée à l'Isima", explique Vincent Barra, directeur de l'école d'ingénieurs, qui est elle-même intégrée à l'université.

Nos étudiants pourraient prétendre aux classes préparatoires, mais ils choisissent de venir faire des mathématiques à l'université. (S. Attal)

Le CUPGE scientifique est le modèle le plus répandu aujourd'hui. Mais l'université de Haute-Alsace a décliné la formule en une version littéraire, à la rentrée 2014. Le "cycle préparatoire littéraire", en partenariat avec deux lycées de Mulhouse, permet de préparer une double licence, littéraire et linguistique, et de présenter les concours des écoles de commerce, de journalisme ou de la fonction publique.

L'université de Rouen a développé pour sa part, dès 2010, un cycle universitaire d'un an préparatoire aux concours des IEP, en partenariat avec deux lycées des environs. Sur les premières promotions, 50% à 70% des étudiants ont intégré un IEP de province. Les autres peuvent poursuivre en L2.

Concurrence avec les prépas classiques

Les principales concurrentes des jeunes CUPGE restent les vieilles classes préparatoires, qui elles aussi sélectionnent leurs candidats via APB. Les responsables des CUPGE reçoivent aujourd'hui entre 150 et 1.800 candidatures via APB, parfois accompagnées de lettres de motivation. "APB confère une bonne visibilité à nos cursus, si on les compare avec d'autres parcours renforcés de licence qui ne sont pas recensés sur le site", estime Anne Bidois, à l'université de Rouen.

Malgré cette vitrine, ces cycles universitaires restent très mal connus et suscitent parfois de la méfiance. "APB n'attire pas forcément les élèves les plus motivés, regrette Nader Yeganefar, à Aix-Marseille. Nous devons étudier et choisir un très grand nombre de dossiers, qui ne seront pas tous des premiers vœux ; il y a une forte déperdition."

Enfin, la mise en œuvre des CUPGE coûte cher, en ces temps de rigueur budgétaire. Aux 300 heures de la licence de mathématiques, par exemple, il faut ajouter au moins 50 heures de cours supplémentaires, assurés par petits groupes. Un luxe ! Mais pour les responsables de ces programmes exigeants, l'attractivité de l'université est à ce prix.

Géraldine Dauvergne  |  Publié le

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