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Enquête | Vie étudiante

Les groupes étudiants d'extrême droite font leur retour sur les campus

Paul Conge  |  Publié le

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Les organisations étudiantes d'extrême droite souhaitent avoir des élus dans les conseils des universités.
En trois ans, une nouvelle génération d'organisations étudiantes a pris pied sur les campus. Ils se déclarent "souverainistes", "identitaires", "patriotes". // © Fred Marvaud/REA

Collectif Marianne, Assas Patriote, Action française étudiante… Sous de nouvelles appellations, des formations "identitaires et patriotes" réapparaissent sur les campus. Avec, pour certaines, l'objectif d'avoir des représentants dans les conseils centraux des universités. Une ambition d'institutionnalisation qui diffère de celle de leurs aînés.

Et de trois. Après en avoir happé un à l'université Panthéon-Assas, un second à Paris-Sorbonne, le Collectif Marianne vient d'obtenir son troisième élu étudiant. Romain Thomann, 20 ans, a pris sa carte le 8 février 2017. À l'université de Haute-Alsace où il est inscrit en DUT réseaux en télécom, il sera le relais de cette organisation étudiante "patriote", affiliée au Front national. Comme les deux autres, le jeune frontiste a adhéré au collectif seulement après avoir été élu sous une autre étiquette. UNI pour le premier, Ageps pour le second, liste indépendante pour lui.

Trois élus, une petite prouesse pour le jeune Collectif Marianne : fondé en 2014, il recense en tout et pour tout 500 adhérents et sept antennes régionales. L'offensive de cet organe estampillé FN ne fait pourtant que débuter. "Nous deviendrons un syndicat étudiant à la rentrée prochaine, pour aller à l'assaut des forteresses imprenables de la République", sourit Daniel Auguste, 20 ans, étudiant en master de droit public à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Il a repris, en septembre 2016, les rênes du collectif, qui voulait jusqu'alors rester un simple think tank étudiant. "Le but n'était pas de faire du militantisme, ni d'être un syndicat, mais d'effectuer un travail de fond sur l'enseignement supérieur et la recherche", rappelle son fondateur, David Masson-Weyl, étudiant à Sciences po. Dès la rentrée prochaine, le Collectif Marianne entend défier l'Unef et la Fage, en tête de la majorité des scrutins.

Des organisations en quête de respectabilité

Et il n'est pas seul. Union des étudiants patriotes, Action française étudiante... En trois ans, une nouvelle génération d'organisations étudiantes a pris pied sur les campus. Ils se déclarent "souverainistes", "identitaires", "patriotes". En quête de respectabilité, ils ont des discours plus policés que leurs prédécesseurs. Leurs buts communs ? Fédérer les étudiants proches de leurs idées, siéger aux conseils centraux, animer la vie de l'université.

"Le terreau est relativement favorable au développement des extrêmes droites à l'université, observe Stéphane François, spécialiste des droites radicales, et enseignant à l'Ipag (Institut de préparation à l'administration générale) de Valenciennes. Parmi mes étudiants, il y a des primo-votants qui choisissent le FN et ne le cachent plus, à l'inverse de ce qui se faisait autrefois."

Jean-Yves Camus, qui dirige l'Observatoire des radicalités politiques, le confirme : "Dans les années 1990, les syndicats d'extrême droite avaient des représentants aux conseils d'UFR, ce n'est pas nouveau. Mais le FN ne passait pas au syndicalisme, car il ne souhaitait pas affronter le problème de la représentativité."

Traditionnellement à gauche, le milieu étudiant leur est souvent hostile. "On marche sur des œufs. C'est difficile, le militantisme universitaire, quand on est FN. On aimerait pouvoir parler de démocratie étudiante sans se faire traiter de nazis", plaide Daniel Auguste. Fin novembre 2016, Florian Philippot, numéro 2 du parti, est ainsi conspué et refoulé de Sciences po. Il était invité par la section du FN de la rue Saint-Guillaume, créée en mars 2016, qui revendique une quinzaine de membres.

Dans les années 1990, les syndicats d'extrême droite avaient des représentants aux conseils d'UFR. Mais le FN ne passait pas au syndicalisme.
(J.-Y. Camus)

UEP, CM : quand lES ÉLUS "PATRIOTES" interviennent à l'université

Depuis février 2014, une autre mouvance identitaire ad hoc tente de s'institutionnaliser sur les campus de Lyon et de Paris. L'UEP (Union des étudiants patriotes), née d'une volonté de "rassembler les étudiants patriotes, y compris identitaires et souverainistes", s'est déclinée en cinq organisations qui cumulent onze élus. Parmi elles, Assas Patriote en a obtenu deux aux conseils d'UFR, et un autre à la CFVU (Commission formation et vie universitaire).

Paris-Sud Patriote, elle, s'attelle à animer la vie étudiante, en organisant des débats sur "l'immigration et la laïcité dans l'enseignement supérieur". Aux conférences de l'UEP sont invités des théoriciens comme Alain de Benoist ou Jean-Yves Le Gallou. But de cette institutionnalisation ? Appliquer leur programme, résolument anti-soixante-huitard, axé sur la tradition et la sécurité. Sollicitée, l'UEP n'a jamais retourné nos appels.

Pour sa part, le Collectif Marianne promet de décliner à l'université la "préférence nationale""Nos élus doivent d'abord servir les nationaux avant les autres. Les bourses seront revalorisées, et attribuées bien sûr en priorité aux étudiants nationaux, même chose pour les logements étudiants", résume Daniel Auguste. Sur la question de la laïcité, ils prônent zéro "accommodement" avec les religions.

L'Action française, tentative de rÉsurgence

À Assas, l'Action française tente de renaître de ses cendres. En octobre 2013, le groupuscule royaliste y a ouvert une section étudiante. À part leur implication dans des bousculades, ainsi que l'édition d'une revue tirée à 25.000 exemplaires qui promettait la "mort aux gauchismes", l'Action française étudiante (AFE) reste discrète.

Elle revendique tout de même aujourd'hui quelque 100 militants à Paris, 18 antennes régionales et se rend visible dans les facultés. Avec, à la clé, des tensions. En octobre 2016, des agitateurs de l'AFE viennent perturber une réunion de l'Union des étudiants communistes.

"Il est dans nos projets de nous implanter durablement dans les facs afin de participer au débat universitaire et de diffuser nos idées, à Paris comme dans le reste de la France", indique le porte-parole de l'AFE, Amaury. À l'en croire, il y a une "hausse continue" des adhésions et un "regain d'intérêt pour l'Action française, que ce soit à Assas, la Sorbonne ou Paris-Descartes par exemple", des établissements où le mouvement a bien l'intention de présenter des candidats. L'analyse de Jean-Yves Camus va dans le même sens : "Au sein de l'Action française étudiante, il y a bien un petit renouveau dans la visibilité et dans le nombre de militants."

LE GUD et Génération identitaire restent à la marge

Résidence universitaire Pavot-Couffon, à Angers, fin décembre 2016. En K-way jaune et noir, les militants de Génération identitaire, un mouvement jeune et "anti-islamisation", glissent leurs tracts islamophobes dans les boîtes aux lettres du rez-de-chaussée. Ils déposeront les mêmes dans les amphithéâtres de Lyon, Toulouse ou Valence.

"Notre public-cible se trouve dans les lycées et dans les facultés, souligne Romain, 23 ans, étudiant en assurances, et porte-parole du mouvement à Lyon. Nos militants, eux, viennent de tous les horizons : UFR de sciences, de lettres, d'histoire-géo... ou de formations plus professionnelles."

À la fois proche du collectif Marianne ("Ils défendent des idées sur lesquelles on a un grand fond commun") et éloigné ("Ils sont un organe du FN avec un objectif politicien"), Génération identitaire se défend de toute visée électorale, y préférant "l'action et la métapolitique".

En 2014, le groupuscule a toutefois bien eu un siège au Crous de Lille 2, occupé par une de leurs militantes, élue sur une liste du MET (Mouvement des étudiants). "Avant, les jeunes d'extrême droite se plaçaient sur les listes UNI, maintenant, ils créent leur propre structure en employant le terme de patriote pour attirer du monde", constate Stéphane François.

Relique des années 1970, le GUD (Groupe union défense) continue aussi de vivoter. En Bretagne, ainsi qu'à Lyon, le groupe au logo floqué d'un emblématique rat noir tente de se relever. Réputé pour ses rixes à la sortie des amphis, le syndicat  s'est retrouvé en panne de militants. En mars 2012, il rate sa résurrection à Assas, ne récoltant alors que 98 voix aux élections des conseils centraux, soit 3,4 % des suffrages.

Le service de sécurité de l'université est aujourd'hui formel : "Le GUD n'est plus domicilié à Assas". Pourtant, à en croire Anassia Alexandre, présidente du syndicat Unef à Panthéon-Assas, "le GUD a envie de se remettre sur les rails. Ils ont même essayé de recruter des L1 et des L2 dans mon amphi." Sans se représenter aux élections pour l'heure. Pour cela, il peut compter sur ses remplaçants.

Paul Conge  |  Publié le

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