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Enquête | Formations, Relations entreprises

MOOC, FabLabs, design thinking… L’imagination au pouvoir en formation continue

Dominique Perez  |  Publié le

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La D.School de Stanford // DR
La D.School de Stanford // DR

Moins chers, plus rapides, et plus collaboratifs : les programmes de formation continue doivent s’adapter à l’air du temps. L’innovation n’est plus une option, mais une quasi-obligation. Les grandes écoles et universités ont des atouts maîtres pour s’imposer dans ce nouveau défi.

La question revient comme une antienne. La formation continue dans l’enseignement supérieur deviendra-t-elle un jour un véritable marché ? Au vu de sa place dans le budget global des établissements, on pourrait en douter, même si le chiffre d’affaires progresse doucement d’une année à l’autre.

Selon certains experts, l’espoir de voir ce poste se développer est d’abord à chercher dans le potentiel créatif que porte l’enseignement supérieur, et qui pourrait à terme booster sa progression. La formation continue comme laboratoire de nouvelles pédagogies ? J’y crois vraiment, estime ainsi Gilles Gleyze, directeur du développement de Centrale Paris. C’est d’autant plus vrai que la formation continue est souvent en avance en matière de TICE (nouvelles technologies appliquées à l’enseignement).”

Des innovations tous azimuts


Illustration la plus récente et la plus “massive” : les MOOC, qui, dans leur objectif même d’ouverture à tous, se situent bien dans le concept de “formation tout au long de la vie” prôné actuellement par le gouvernement à travers la réforme de la formation professionnelle. Le lancement des premiers MOOC sur la plate-forme FUN rencontre un public qui prouve que le besoin est bien là.

Les entreprises pourront-elles en faire un outil pour la formation de leurs salariés ? Pour Pierre Berthou, directeur général de Futurskill (filiale de ManpowerGroup spécialisée dans les programmes de formation incluant les nouvelles technologies), l’enseignement supérieur a bien des cartes à jouer dans ce domaine, notamment pour faire bénéficier les entreprises des expertises pointues dont elles ont besoin : “Dans le domaine de l’informatique, par exemple, on s’aperçoit que très peu de formations pointues sont proposées en e-learning, souligne-t-il. Or, ces compétences sont présentes dans les écoles et universités. On pourrait imaginer la création de portails spécialisés, fondés sur le principe des MOOC, sur lesquels les SSII pourraient venir se ‘plugger’ pour former leurs collaborateurs. Avec une certification à la clef, qui serait valorisante pour les entreprises clientes et pour le collaborateur lui-même.”

Les entreprises veulent innover de manière plus rapide, moins coûteuse, tout en décloisonnant (D. Manceau)

Le savoir sort de ses murs


Les départements d’executive education des grandes écoles sont, pour la plupart, en train de repenser leurs programmes, non pas tant simplement pour suivre les tendances que pour répondre à une demande croissante d’innovation. Ainsi, l’ESCP Europe, qui va ouvrir au printemps un sixième campus, numérique celui-là, a voulu placer l’innovation au cœur de ses formations, avec une offre “phare” en 2014  : “Innover avec succès dans l’entreprise”, qui s’intéresse aux FabLabs et au design thinking. “Dans une économie ralentie, les entreprises doivent trouver des façons de stimuler la croissance, et cela passe par l’innovation, explique Delphine Manceau, directrice de la division corporate Europe de l’école. Mais elles veulent innover de manière plus rapide, moins coûteuse, tout en décloisonnant.”

L'ENSCI (Ecole nationale supérieure de création industrielle) // DR
Pour la première fois, l’établissement a monté une formation avec l’ENSCI (École nationale supérieure de création industrielle). Dans ce cadre, les stagiaires passent une journée dans le FabLab de l’ENSCI. Car, au-delà des possibilités de réaliser à moindre coût prototypes et petites séries, notamment grâce aux imprimantes 3D, cette expérience mise sur la créativité liée aux échanges.

C’est ainsi que Polytech et l’IUT d’Orléans ouvriront au printemps ou à l’été 2014 un FabLab très tourné vers les entreprises. “L’étude de marché préalable au projet a montré qu’avant même l’utilisation des équipements, ce sont les apports du réseau qui intéressent les entreprises, explique Vincent Marcé, chargé de mission études et prospective à Orléans technopole, porteur du projet. N’ayant pas toujours toutes les ressources en interne pour innover, elles seront contentes de croiser un designer, une autre entreprise, un étudiant, un passionné qui est à la pointe dans ce domaine.”
Un des points-clés du projet selon lui ? “Montrer qu’il est ouvert à tous sans restriction, ne pas faire peur.” Une façon, aussi, de décloisonner les lieux de savoir.

Ce sont les apports du réseau qui intéressent les entreprises (V. Marcé)

Développer la créativité en interne


Ouvrir des espaces de dialogue et de travail propres à l’innovation peut également se faire à l’intérieur d’une même entreprise. Ainsi, Audencia Nantes propose  des “ateliers de créativité” utilisant les outils du design thinking, enseignés en formation initiale au sein du master marketing design et création.

L’entreprise de travaux publics Charier (1.400 salariés, basée en Loire-Atlantique) a fait appel à l’école pour amener ses managers, encadrés par des designers, à produire de nouvelles idées pendant deux heures, à partir de thèmes définis, liés à l’actualité de l’entreprise, tels que “Comment retrouver le chemin de la performance économique ?” ou “Comment valoriser la performance sociale auprès de nos partenaires ?”
15 cadres par groupe de travail ont utilisé les outils du design thinking, réflexions partagées, post-it et dessins, pour faire émerger des idées réalisables, par exemple privilégier les achats locaux de l’entreprise.

“Nous organisons régulièrement des rencontres dans le but de remobiliser les salariés dans un contexte de crise, explique le DRH, Michel Merien. Ce type d’ateliers permet de relâcher la pression.” Au-delà des innovations technologiques, c’est bien au besoin de créativité que vont devoir répondre les établissements.

La formation continue, un marché mondial
Soucieuses de trouver les experts académiques les plus à même de répondre à leurs demandes, les grandes entreprises n’hésitent plus à lancer des appels d’offres au niveau mondial pour concevoir leurs programmes de formation continue.

C’est le cas, notamment, d’EDF dans le cadre de son université du management : créée en 2011, celle-ci forme les 12.000 managers et dirigeants de l’entreprise. Parmi les thématiques abordées : les fondamentaux du management d’équipe, la conduite du changement, le leadership ou encore les enjeux stratégiques.

Des programmes conçus en collaboration avec des experts universitaires français, mais aussi étrangers, comme l’explique David Jestaz, directeur de l’université du management EDF : “Sur ce marché de la formation des dirigeants, nous faisons appel à des compétences au niveau mondial. Certaines business schools françaises proposent des cours de management, de leadership ou de stratégie, et ont créé des départements d’executive education. C’est le cas notamment de l’EM Lyon et de HEC. Cinq ou six travaillent avec nous en France. Mais nous faisons appel aussi bien aux universités de Pékin et de Columbia qu’à l’Indian Institute of Management de Bengalore.

“Les écoles françaises s’améliorent, il y a de nouveaux acteurs, des fusions entre établissements, elles correspondent de mieux en mieux au marché. En revanche, l’université dans sa globalité ne répond pas à ces besoins”, avance David Jestaz, estimant que “le marché est difficile, il y a une forte concurrence et les universités ne sont pas positionnées sur le créneau de la formation des dirigeants”.
Formation continue : notre conférence EducPros
La prochaine conférence EducPros, organisée le 13 février 2014, s'intitule “Formation continue : nouvelles opportunités, nouveaux modèles, nouveaux outils, retour sur investissement”. Découvrir le programme.

Dominique Perez  |  Publié le

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