En ce momentLe classement 2018 des grandes écoles de commerce
On en parleEntrée à l'université : le Conseil supérieur de l'éducation se prononce contre le projet de loi
Enquête | Innovation

Palmarès des grandes écoles de commerce : l'innovation pédagogique en action

Cécile Peltier  |  Publié le

4

EM Lyon
Les travaux en groupe sont devenus la base de la pédagogie dans les écoles de commerce. // © Romain Étienne/item pour l'Etudiant

Pour attirer de nouveaux étudiants et se démarquer, les business schools françaises rivalisent d'imagination dans la conception de leurs cursus. Avec l'idée d'offrir des parcours quasi sur-mesure, en prise directe avec les évolutions de l'entreprise. Le point à l'occasion de la publication du palmarès 2018 des grandes écoles de commerce de l'Etudiant.

Dans un monde où les métiers changent énormément, les entreprises ont de plus en plus besoin de managers dotés d'une vision globale", assure Alice Dufour, directrice de la business school du groupe ESC Troyes. Autrement dit, les managers ne peuvent plus s'en tenir à la maîtrise des fondamentaux du management et de la gestion. Les grandes écoles de commerce n'ont de cesse d'adapter leurs cursus à ces évolutions.

Dorénavant, à côté des matières classiques comme la comptabilité, la finance, le marketing... la scolarité comprend aussi des enseignements d'histoire, d'histoire de l'art ou de géopolitique et des activités favorisant le développement des compétences comportementales, les fameuses "soft skills". À l'ESCE, outre les nombreuses conférences, les étudiants ont droit à plusieurs heures de théâtre ou de chant par semaine. "C'est ce socle qui permet de se forger une culture générale et un esprit critique", estime le directeur, Jean Audouard. Dans ce monde digitalisé, les managers ne peuvent plus non plus ignorer les bases du codage, les enjeux du big data ou de l'intelligence artificielle, qui font l'objet de cours ou d'ateliers.

Consulter l'édition 2018 du palmarès des grandes écoles de commerce de l'Etudiant

Désormais, l'heure est à l'hybridation des compétences. Les écoles qui proposent depuis des années des doubles diplômes, manager-ingénieur, manager-juriste ou manager-designer, favorisent de plus en plus les rencontres entre les profils tout au long du cursus. ICN en a fait l'une de ses spécialités dans le cadre de l'Alliance Artem. Depuis six mois, ses étudiants partagent le même campus que leurs camarades des Mines de Nancy et de l'Ensad. Habitués à plancher ensemble sur des projets dans le cadre des ateliers Artem, ils gagneront encore en proximité.

Place à la pédagogie inversée

Pour capter l'attention des étudiants, biberonnés aux réseaux sociaux, les écoles ont aussi fait évoluer leur pédagogie. Exit l'amphi et le PowerPoint un peu soporifiques, bienvenue dans le règne de l'interactivité. Dans la "classe inversée", les élèves préparent le cours en amont grâce à des textes ou des supports disponibles sur des plates-formes en ligne, en interaction avec l'enseignant, détaille la directrice du programme grande école de TBS (Toulouse Business School), Isabelle Assassi, qui vient de s'équiper d'une sorte de "Facebook éducatif". L'heure de cours est consacrée au débat et à l'approfondissement de certaines notions, tandis que de nouveaux outils permettent au professeur d'organiser des quiz, des mini-sondages auprès des étudiants et d'individualiser son enseignement.

Les étudiants sont aussi de plus en plus souvent invités à coproduire des pans du cours, comme dans le cadre de l'Imagination week de l'Essec, ou de proposer des innovations pédagogiques. Plus ludique, mais aussi plus engageant, le cours est conçu comme une expérience, permettant une mise en pratique directe. Après les business games et les challenges, la tendance est aujourd'hui aux cours délocalisés en entreprise ainsi qu'à la réalité augmentée immersive, comme à Neoma. Grâce à une application mobile insérée dans un casque de réalité virtuelle, les élèves pourront visiter et analyser de manière active le fonctionnement d'un drive du groupe Leclerc. La logistique est une matière pas évidente à enseigner que cette immersion devrait rendre tout de suite plus parlante...

À GEM (Grenoble École de management), le nouveau "shop connecté" – un magasin de vêtements de ski reconstitué – permet aux étudiants de vivre l'expérience client de demain. En entrant, ils sont scannés par un logiciel de reconnaissance faciale qui définit leurs profils morphologiques. En fonction de ces informations, ainsi que de paramètres tels que la chaleur ou le son, le logiciel sera capable d'anticiper leurs comportements d'acheteurs, tandis qu'ils pourront, grâce à un casque 3D, tester leurs blousons ou leurs combinaisons dans les conditions réelles d'une piste de ski. "Une petite heure, complémentaire d'un cours classique, suffisante pour tout comprendre aux systèmes d'information, aux comportements d'achat et à ce qui les influence", estime Jean-François Fiorina, directeur adjoint de GEM. Tout en ayant "une réflexion sur l'éthique".

Le shop connecté, c'est une petite heure, complémentaire d'un cours classique, suffisante pour tout comprendre aux systèmes d'information, aux comportements d'achat et à ce qui les influence.
(J.-F. Fiorina)

L'international, pour le brassage culturel

Sur les campus, l'hybridation n'est pas qu'académique, elle est aussi culturelle. En quête de relais de croissance et d'ouverture, les business schools accueillent de plus en plus d'étudiants étrangers : ils représentent plus d'un élève sur deux à l'ESCP Europe, où se côtoient pas moins de 30 nationalités et 38 % des effectifs à Skema, qui réunit 48 nationalités différentes. Séminaire d'intégration comme BSB (Burgundy School of Business), où alternent cours d'improvisation, krav maga ou tests de personnalité, et, partout, de nombreux travaux de groupe... Les occasions de se mélanger ne manquent pas.

Au fur et à mesure que les établissements ont investi dans la recherche pour satisfaire aux standards internationaux, le pourcentage d'enseignants-chercheurs étrangers a également progressé. À l'Iéseg, 71 % des professeurs ont obtenu leur PhD à l'étranger, ils sont 58 % à HEC et 53 % à RSB (Rennes School of Business), conçue dès l'origine dans une perspective internationale. Dès la première année, presque tous les cours sont dispensés dans la langue de Shakespeare. 

Les business schools hexagonales, qui se présentent de plus en plus comme des institutions globales, ont aussi ouvert des campus à l'étranger. De TBS (Toulouse, Barcelone), à l'Essec (Cergy, Singapour et Rabat) en passant par l'ESCP Europe (Paris, Berlin, Londres, Madrid et Turin), les étudiants circulent d'un campus à l'autre, tout en s'initiant à la culture et aux enjeux économiques de la zone.

Pour accompagner les étudiants dans leurs déplacements, les écoles ont investi des millions d'euros dans des plates-formes et des outils de visioconférence. À Skema, la rentrée se déroule simultanément sur les six campus – Lille, Paris, Sophia-Antipolis, Raleigh (États-Unis), Suzhou (Chine) et Belo Horizonte (Brésil) – et, tout au long de l'année, des centaines d'étudiants peuvent suivre le même cours ou participer au même groupe de travail en même temps.

L'entrepreneuriat pour stimuler la créativité

Autre évolution notoire des cursus : la place dédiée à l'entrepreneuriat. Entré dans les écoles au tournant des années 2000, son enseignement est aujourd'hui pensé pour stimuler la créativité de tous les étudiants à travers des boot camps, hackathons et autres concours de pitchs...

Les start-up les plus prometteuses sont couvées au sein d'incubateurs "maison". Mais l'heure est à l'expansion. À l'instar de l'Edhec ou de HEC qui ont intégré la Station F, les business schools élargissent leur réseau, en tissant des partenariats avec des maxi-incubateurs, en France ou à l'étranger. Objectif : suivre leurs élèves et leurs diplômés qui souhaitent entreprendre là où ils le veulent. Les business schools n'ont décidément pas d'autre choix que de s'adapter.

Les frais de scolarité continuent de grimper
Professeurs stars, bâtiments ultramodernes, équipements numériques haut de gamme... Se moderniser et s'internationaliser coûte très cher et, face à la chute de leurs ressources publiques (taxe d'apprentissage, dotations des chambres de commerce et d'industrie), la plupart des écoles n'ont guère eu d'autre choix que de revoir leurs tarifs à la hausse.

En 2017-2018, une année dans l'une des 38 écoles masterisées du classement de l'Etudiant coûtera en moyenne 10.500 euros (entre 6.350 et 14.800 euros). C'est 3 % de plus qu'il y a un an, et 6,5 % de plus qu'il y a deux ans.

Les écoles de commerce postbac pratiquent des frais de scolarité un peu plus doux (9.255 euros en moyenne par an) que les écoles postprépa, mais, au final, sur la durée – cinq années au lieu de trois –, la facture est plus élevée.

Cécile Peltier  |  Publié le

4

4 commentaires
afficher plus de résultats
Laissez un commentaire :