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Cours d’esprit critique : l'université Joseph-Fourier-Grenoble 1 apprend à penser autrement

Virginie Bertereau  |  Publié le

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Cours d'esprit critique (zététique) - université Joseph-Fourier Grenoble 1
Cours d'esprit critique (zététique) - université Joseph-Fourier Grenoble 1 // © Virginie Bertereau

L’université Joseph-Fourier-Grenoble 1 s’attache à former des têtes bien pleines, mais aussi bien faites. Pour preuve, l’établissement emploie un chargé de mission "esprit critique" dont le cours, transversal, accueille des étudiants conscients qu’il existe bel et bien un bénéfice du doute.

Lumière tamisée dans un amphithéâtre du département sciences et technologies de l’UJF (université Joseph-Fourier). L'enseignant accueille les étudiants en jean et tee-shirt noir marqué "My god can beat up your god". Il s’agit de Richard Monvoisin, docteur en didactique des sciences, chargé de mission "sciences, critique et société", membre du collectif de recherche CorteX.

Son cours de zététique et autodéfense intellectuelle est l'un des "plus vieux cours transversal de l’université", assure-t-il. Depuis 2005, sciences, sciences médicales, sciences humaines s’y entremêlent. "À l’origine, il s’agissait de faire une étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges. Nous voulons donner aux étudiants les clés pour séparer le bon grain de l’ivraie, et penser par eux-mêmes en toute connaissance de cause. Il n’y a rien de prescriptif", explique Richard Monvoisin.



Des débats pour combattre la pensée magique

Ce jour-là, le cours s’intitule "Élément de critique des médecines alternatives. Le cas de l’homéopathie". Pour illustrer son préambule sur la pensée magique, l'enseignant sort une balayette à toilettes. Son objectif : démontrer que, intuitivement, ce qui a été en contact avec une chose en garde une trace même après la fin du contact.

Après un passage sur la réflexologie, celui "qui a refusé un financement de Sanofi-Aventis pendant sa thèse pour ne pas avoir de fil à la patte" glisse lentement vers l’épineux sujet du jour : l’homéopathie. En point d’orgue : le débat final sur le remboursement des médicaments homéopathiques. "Le succès du cours vient en partie de ces débats, qui portent sur des sujets dont on parle à la maison"

Nous voulons donner aux étudiants les clés pour penser par eux-mêmes en toute connaissance de cause (R. Monvoisin)

Un cours en voie de généralisation

Le cours hebdomadaire de zététique est proposé (et non imposé) aux étudiants de L1 et/ou L2 en sciences et en géographie de l’UJF et de l’université voisine Pierre-Mendès-France. Au total, 170 élèves travaillent sur un dossier dans le cadre de l’unité d’enseignement mais l’amphi est ouvert aux curieux de passage.

Un effectif qui paraît maigre au regard des 15.500 étudiants de la seule université Joseph-Fourier… "Mais l’UE va être ouverte aux filières sciences humaines en décembre 2013 et peut-être à l’Institut d’études politiques de Grenoble en janvier 2014", confie Richard Monvoisin. Ainsi, il ne manquera plus que les filières lettres et droit. "Je rêve que le cours devienne transversal à toutes les filières et universités confondues, ajoute-t-il. Mais, pour savoir s’il a vraiment du succès, il faudrait savoir combien d’étudiants gardent cet esprit critique. Une étude est en cours."

Objectif : donner du sens

Pour Patrick Lévy, le président de l’UJF mais aussi le codirecteur de thèse de Richard Monvoisin, "c’est une mission de l’université vis-à-vis de la société de poser la question du sens de ce que l’on fait". Et de mentionner, dans la même lignée, l’implication de l’établissement dans le montage d’actions culturelles. Aujourd’hui, le collectif de recherche transdisciplinaire CorteX compte six membres : quatre à Grenoble, un à Montpellier et un Marseille. L’idée est de former d’autres enseignants pour créer d’autres cours d'"esprit critique".

Virginie Bertereau  |  Publié le

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