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Portrait d'université Lyon 1 : comment les TICE ont révolutionné la pédagogie

Lyon 1 : le numérique au service de la pédagogie

Sophie Blitman  |  Publié le , mis à jour le

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Université Lyon 1 – le Quai 43, batiment du service Icap © S.Blitman - mai 2013 Université Lyon 1 – le Quai 43, batiment du service Icap © S.Blitman - mai 2013

À l'université Lyon 1 Claude Bernard, pédagogie et numérique sont étroitement liés, au sein d'une seule et même entité qui accompagne les enseignants désireux de renouveler leur manière d'enseigner grâce, notamment, aux TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation). Explications avec l'équipe de ce service Icap (Innovation, conception et accompagnement pour la pédagogie).

Profiter des avancées techniques pour faire évoluer la pédagogie : un objectif affiché par de nombreux établissements, mais Lyon 1 a poussé la logique jusqu'au bout puisque les traditionnels services SUP (service universitaire de pédagogie) et TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation) sont regroupés au sein d'une seule entité, baptisée Icap pour "Innovation, conception et accompagnement pour la pédagogie".
Si le service existe sous ce nom depuis 2006, son principe remonte à la fin des années 1990, quand une équipe a été formée pour aider les enseignants à mettre leurs cours en ligne. À partir de 2003, la création de la plate-forme Spiral (Serveur pédagogique interactif de ressources d'apprentissage de Lyon 1) facilite la diffusion des contenus.

Aujourd'hui, Icap continue de développer les infrastructures informatiques tout en proposant aux enseignants un accompagnement pédagogique (pas nécessairement lié aux TICE) ainsi que la conception de ressources numériques en fonction de leurs besoins. Rassemblant 35 personnes dirigées par Emmanuel Bettler, enseignant-chercheur en biochimie et bio-informatique, le service a un budget de 650.000 € en 2013. "Nous recevons de l'université une dotation de 400.000 € qui couvre les salaires, tandis que la région Rhône-Alpes finance l'achat de matériel, notamment le renouvellement des serveurs", détaille la directrice administrative Catherine Cordet.

À cela s'ajoutent des ressources propres, d'environ 150.000 à 200.000 €, qui financent le fonctionnement du service : elles sont issues de l'hébergement et de la maintenance des serveurs d'autres utilisateurs de Spiral (l'École nationale de voile et des sports nautiques, des sapeurs-pompiers, la Fédération française de judo…), ainsi que de diverses prestations (réalisation de clips vidéo, de sites Internet, d'animations 3D…) facturées à des clients extérieurs ou aux départements de l'université qui font appel à Icap.

Université Lyon 1 – Christophe Batier, directeur technique du service Icap © S.Blitman - mai 2013

70 projets par an

Pour définir les projets pédagogiques sur lesquels va travailler l'équipe, les enseignants de Lyon 1 sont invités à répondre à un appel à projets annuel. Les dossiers sont examinés et sélectionnés par le CEVU (conseil des études et de la vie universitaire), qui répartit également 900 heures de décharge entre les enseignants porteurs des projets, une manière de valoriser, sinon de compenser totalement, leur investissement.

Environ 70 dossiers sont retenus chaque année, de plus ou moins grande ampleur : au-delà de la réalisation de vidéos, infographies ou animations flash, par exemple pour un TP virtuel sur oscilloscope, Icap crée aussi des ressources en trois dimensions, notamment pour l'enseignement de l'anatomie ou la biomécanique appliquée aux STAPS.

La pédagogie d'abord

"Chaque projet doit avoir une réelle valeur ajoutée pédagogique. Il ne s'agit pas de concevoir le site Internet de tel master qui souhaite avoir une vitrine pour recruter davantage, prévient Nora Van Reeth, chargée de projet multimédia pour le secteur des sciences. Il faut aussi trouver le support adéquat, qui n'est pas nécessairement le plus beau, mais le plus pertinent", insiste-t-elle. Et de se souvenir que "quand on a commencé à faire des animations en 3D, c'était assez tape-à-l'œil et tout le monde en voulait. Mais on ne passe pas deux mois à développer ce type de projet quand une animation en 2D suffit d'un point de vue pédagogique…"

Telle une petite entreprise, le service Icap attribue en effet des jours de prestation aux différents projets. Deux ans après le dépôt du dossier, les enseignants doivent en outre présenter un bilan auprès du CEVU pour justifier du soutien dont ils ont bénéficié. "Si certains enseignants savent précisément ce qu'ils souhaitent, d'autres ont une connaissance limitée des technologies. C'est à nous d'être force de proposition", explique Frédéric Urien, jeune infographiste 3D, ravi du dialogue ainsi instauré avec les enseignants-chercheurs : "Nous avons un contact privilégié avec eux car il est primordial, pour réaliser une animation, qu'on comprenne vraiment, par exemple, le comportement électrique du cœur ou la tectonique des plaques. Du coup, à chaque fois, on a un cours particulier !"

80% des enseignants de l'université mettent en ligne les polycopiés de leurs cours

Ressources et connexions par milliers

Au total, "80% des enseignants de l'université mettent en ligne les polycopiés de leurs cours sur Spiral. Parmi eux, il existe un noyau dur de 300 enseignants [sur un total de 2.600 à Lyon 1, NDLR] qui se rendent plus d'une fois par semaine sur la plate-forme", estime Christophe Batier. Le directeur technique d'Icap est plutôt satisfait des 15.000 étudiants sur 35.000 qui se connectent chaque jour pour consulter l'un des quelque 760.000 fichiers déposés.

Outre les quelque 13.000 questionnaires (quiz d'entraînement ou d'évaluation), Spiral rassemblait, en janvier 2013, 5.200 blogs et 4.300 forums totalisant environ 125.000 messages. En tête des modules les plus consultés, celui du tutorat de la PACES Lyon Est, coordonné par l'association des étudiants de médecine qui comptait déjà, en janvier 2013, plus de 190.000 visites.

La preuve par l'exemple

Néanmoins, l'utilisation des TICE ne fait bien sûr pas l'unanimité à l'université. "Certains collègues ont peur de retrouver leurs cours sur Internet, alors qu'ils les considèrent comme leur propriété intellectuelle. D'autres craignent que la plate-forme ne serve à échanger des documents téléchargés illégalement, observe le directeur d'Icap Emmanuel Bettler. Plus fondamentalement, ils perçoivent aussi parfois les projets développés avec Icap comme une remise en cause de leur manière d'enseigner."

Pour contrer ces réticences, le maître de conférences en biochimie a pris le parti de "montrer par l'exemple l'intérêt d'utiliser des ressources numériques". Lui-même a expérimenté au printemps 2013 le dispositif de la classe inversée : en L1, il a invité ses étudiants à regarder chez eux des vidéos de cours et à poser sur un forum leurs questions, auxquelles il répondait ensuite lors des séances en présentiel. Celles-ci permettant aussi d'approfondir les points délicats. "L'élève se retrouve au centre du dispositif, tandis que l'enseignant-chercheur a un rôle périphérique", explique Emmanuel Bettler, qui y voit un moyen de susciter la motivation des étudiants.

De son côté, il apprécie les échanges qui ont remplacé le monologue du traditionnel cours magistral : "J'ai eu plus de questions en cinq amphis qu'en dix ans de carrière ! Et alors que d'habitude les effectifs fondent au fil des cours, ils étaient plus de 60 jusqu'au dernier cours, sourit-il. Ça me donne envie de tester de nouvelles choses."

Reste à évaluer l'impact de ces outils sur la réussite des étudiants. Si les premiers retours, obtenus par le biais de questionnaires diffusés sur Spiral, sont plutôt positifs, Emmanuel Bettler entend mener une évaluation plus poussée, sur plusieurs années. C'est aussi ce que "nous allons faire pour le projet d'anatomie 3D, confirme Frédéric Urien. Les enseignants nous disent que cela aide les étudiants à se construire des représentations mentales, mais nous souhaitons avoir des résultats tangibles." L'évaluation : tel est le prochain défi du service Icap.

Université Lyon 1 – Le service Icap réalise notamment un projet d'anatomie en 3D © S.Blitman - mai 2013

Sophie Blitman  |  Publié le , mis à jour le

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