En ce momentSélection à l'entrée de l'université : comment ça se passe chez nos voisins européens ?
On en parleÀ l’université de Strasbourg, un bad buzz autour d'une "procédure presse" qui en dit long
Enquête | Gouvernance
Portrait d'université. Lille 1, un campus connecté

Recherche : la ville intelligente en gestation à Lille 1

Mathieu Oui  |  Publié le

2

Université Lille 1- vue du campus © Mathieu Oui - décembre 2013
Université Lille 1- vue du campus © Mathieu Oui - décembre 2013

Piloté par le chercheur Isam Shahrour, spécialiste en génie civil, le projet SunRise vise à associer ville intelligente connectée et développement durable. Avec le campus de la cité scientifique comme laboratoire grandeur nature.

La ville du futur, intelligente, durable et connectée, s'invente à Lille 1. Sous la conduite du professeur Isam Shahrour, ancien élève de l'École des ponts et directeur du LGCgE (Laboratoire génie civil et géo-environnement), une équipe de chercheurs s'est mise en place pour réfléchir à la ville intelligente au service du développement durable. Avec notamment le projet SunRise, il s'agit de voir comment les outils numériques peuvent aider à de meilleures gestion et organisation urbaines.

Un thème concurrentiel

Au niveau mondial, ce thème de recherche sur la ville intelligente (“Smart City”) est très concurrentiel car générateur potentiel d'un énorme marché. Mais la plupart des laboratoires internationaux butent sur l'application du projet. Car mettre en pratique ces recherches en grandeur nature est compliqué : les réseaux urbains sont généralement vétustes et peu accessibles, souvent gérés par une multitude d'acteurs, ce qui implique des démarches administratives et des demandes d'autorisations incessantes.

Pour SunRise, le choix s'est porté sur la cité scientifique de Lille, véritable ville dans celle de Villeneuve-d'Ascq : soit 23.000 usagers, 140 bâtiments et 70 kilomètres de réseaux en tout genre (eau, gaz, électricité...). Pour les chercheurs, l'avantage d'avoir comme seul interlocuteur l'université pour accéder aux réseaux est loin d'être négligeable.

L'usage intelligent des TIC peut permettre d'aller plus vite en matière de développement durable (I. Shahrour)

Vers un usage durable des ressources

“La ville est responsable de 80 % des gaz à effet de serre, rappelle Isam Shahrour. L'approche du Grenelle de l'environnement a beaucoup mis l'accent sur la rénovation du bâti pour économiser l'énergie, mais cette solution coûte cher. En attendant les investissements pour améliorer le bâti, l'usage intelligent des TIC (technologies de l'information et de la communication) peut permettre d'aller plus vite.”

Le discours du professeur Shahrour est rodé, et les exemples de mauvaise gestion nombreux, qu'il s'agisse d'amphithéâtres chauffés quand ils sont vides ou de façades de bâtiments réglées sur le même thermostat, alors que leur exposition est différente. Or, aujourd'hui, “la technologie permet de programmer le chauffage dans un amphi en fonction de l'heure de début du cours ou du nombre d'étudiants”. De même, la mise en place de capteurs sur les réseaux doit permettre d'affiner et de réguler un usage plus économique des ressources. L'occasion pour Lille 1, déjà engagée en matière de développement durable, de s'affirmer davantage comme un campus responsable.

Un projet pluridisciplinaire à ambition internationale

C'est au total une vingtaine de chercheurs, doctorants et postdoctorants, majoritairement internationaux, qui sont aujourd'hui dédiés au projet SunRise, organisé en différentes briques, l'une consacrée à l'eau, les autres à l'électricité, aux réseaux d'assainissement, au chauffage, à l'acoustique...

Très ambitieux, le projet pluridisciplinaire réunit de nombreux partenaires publics et privés (opérateurs de réseaux, collectivités, start-up...) et mise sur la durée. Mais les états de service du professeur Shahrour, ancien vice-président à la recherche et l'innovation de l'université de 2007 à 2012, ont facilité sa mise en place.

Et l'ouverture en 2012 d'une chaire de recherche internationale en réseaux urbains intelligents dédiée à l'eau, avec le recrutement de l'Américain Ilan Juran, spécialiste des ressources en eau, a élargi l'audience internationale.

Un enjeu économique de taille

En novembre 2013, l'équipe d'Isam Shahrour a remporté le projet européen Smart Water 4 Europe. Les 16 kilomètres de conduites d'eau de la cité scientifique vont ainsi être équipés de 77 points de mesure relevables à distance pour identifier la consommation heure par heure, pour chaque bâtiment. Applications potentielles : détection de fuites d'eau ou d'éventuelles pollutions, alerte en cas de surconsommation pouvant aller jusqu'à la coupure d'eau, etc.

L'enjeu économique des recherches sur les “Smart Cities” est colossal. Selon une enquête du ministère britannique du Commerce, c'est un marché évalué à plus de 400 milliards de dollars d'ici à 2020. Et si le campus de Lille 1 préfigurait la ville intelligente de demain ?

Mathieu Oui  |  Publié le

« article précédent article suivant »

2

2 commentaires
afficher plus de résultats
Laissez un commentaire :