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Philippe Augé (Montpellier 1) : "La fusion se fera à deux… mais avec une possibilité d’ouverture à tout moment"

De notre correspondant à Montpellier, Guillaume Mollaret
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Président de l’université Montpellier 1 depuis avril 2009 et du PRES Montpellier Sud de France depuis janvier 2012, Philippe Augé fait le point sur la politique du site et les contraintes budgétaires.


Philippe Auge- Président université de MontpellierComment définiriez-vous votre université ?

Montpellier 1 est l’université historique du site, avec un patrimoine éclaté sur onze sites. Nous sommes une université qui fonctionne essentiellement sur le modèle d’une école professionnelle pour les formations droit et santé. Nous développons par ailleurs une recherche ambitieuse et forte avec une participation à dix labex [laboratoires d’excellence], dont deux pour lesquels elle assure le portage ou encore la participation au pôle Chimie Balard, qui vient de créer une chaire avec Total.

Quelles sont les conséquences de l’échec de Montpellier à l’Idex ?

Les conséquences sont difficiles à analyser pour le moment. Plusieurs sites qui ont décroché l’Idex [initiative d’excellence] n’ont encore rien vu venir en termes de financement ; d’autres, Toulouse notamment, semblent connaître des difficultés de gouvernance depuis. Au-delà du manque à gagner financier – car dans le contexte financier actuel, je ne sais pas si l’État pourra tenir ses engagements sur ces «financements sur projets» alors que les financements récurrents des établissements ne sont pas tous couverts –, c’est surtout le manque à gagner en termes de notoriété et de reconnaissance que je retiens. Car les Idex, ce sont avant tous des labels pour les sites qui les ont obtenues. Là aussi, difficile de dire comment cela sera exploité.

Où en est le projet d'université unique ?

La fusion se fera à deux, Montpellier 3 ayant, comme vous le savez, à ce jour refusé d’intégrer le processus. On part à deux, on créé à deux. On ne va plus tergiverser. Aujourd’hui, la fusion c’est Montpellier 1 et Montpellier 2, point barre… Mais avec une possibilité d’ouverture à tout moment. Il faut respecter les décisions de chacun. Aujourd’hui, on travaille en complémentarité, y compris avec les établissements privés, car la concurrence, elle est à Marseille et Toulouse, pas à Montpellier.

L’échec à l’Idex crée un manque à gagner en termes de notoriété et de reconnaissance

Que manque-t-il aux universités françaises pour faire concurrence aux universités étrangères ?

Il faut être très clair. Malgré les annonces faites, on ne joue pas dans la même cour que les universités anglo-saxonnes. Nous n’avons pas les mêmes moyens, pas les mêmes contraintes, pas les mêmes ressources. Nous devons accueillir dans nos universités tous les bacheliers qui souhaitent poursuivre leurs études supérieures. Or, dans les universités du monde anglo-saxon, le principe est celui de la sélection ou du choix des étudiants par l’université.

Nous dispensons une formation gratuite qui conduit à des diplômes nationaux. Ce n’est pas le fait de payer entre 181 et 250 € pour une licence ou un master qui permet de dire que l’enseignement supérieur est payant. Je ne dis pas que je suis favorable à une hausse des droits d’inscription. Je suis très attaché au libre accès à l’enseignement supérieur. Mais le constat est là : les ressources propres des établissements sont, par nature, limitées. Dans la même logique, l’ouverture de diplômes répond à une mission de service public et non pas à une logique de rentabilité.

Toujours côté ressources, l’idée d’un financement des universités en France par des dons ou des contributions des anciens étudiants n’est pas entrée dans les mœurs et, dans le contexte financier que nous connaissons, cela n’est pas demain la veille que la tendance s’infléchira. Dans beaucoup d’universités anglo-saxonnes, et même dans les grandes écoles françaises, l’ancien étudiant, une fois diplômé et inséré dans le marché du travail, se sent redevable, à vie, de la structure qui l’a formé. Cela passe par des dons, la constitution de réseaux, des parrainages ou des stages pour les étudiants des générations suivantes… J’ai coutume de dire qu’en France, les études sont gratuites et les étudiants n’ont que des droits vis-à-vis de l’institution. Dans beaucoup de pays étrangers, les études sont payantes et les diplômés n’ont ensuite que des obligations envers ceux qui les ont formés.


De notre correspondant à Montpellier, Guillaume Mollaret | Publié le

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