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Cafer Özkul : "La question de l’immobilier est d’autant plus urgente que le nombre d’étudiants continue d’augmenter"

Delphine Dauvergne  |  Publié le

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Cafer Özkul, président de l'université de Rouen
Cafer Özkul aura passé neuf ans à la présidence de l'université de Rouen. // © Delphine Dauvergne

Cafer Özkul, président de l’université de Rouen achèvera son deuxième mandat en juin 2016. Chantiers encore en cours pour l’année du 50e anniversaire de l’établissement : le renouveau d’un campus à l’immobilier vétuste et le développement des projets d’excellence avec la Comue Normandie Université.

Comment se passe la mise en œuvre de la Comue Normandie Université ?

Cela a pris du temps : il fallait renforcer nos liens et faire preuve de diplomatie pour vaincre les peurs et les réticences. La fusion des deux régions facilite nos collaborations, avec les vacances scolaires qui deviennent communes. Les trois pôles universitaires – Caen, Le Havre et Rouen – étant éloignés (entre 80 km et 130 km), les mutualisations sont plus difficiles à développer que si nous étions situés dans la même ville. Les collectivités peuvent nous aider à faciliter les déplacements des enseignants et des étudiants.

Quels sont les projets de la Comue Normandie Université ?

Nous avions déjà beaucoup de laboratoires et d'écoles doctorales en commun, ainsi que des masters cohabilités. Nous souhaitons continuer sur cette lancée. Désormais, la Comue Normandie Université porte l'accréditation des écoles doctorales et non plus les universités, qui deviennent des opérateurs de la mise en place de la formation doctorale. Les doctorants recevront un diplôme délivré par la Comue. La fusion des trois universités n'est cependant pas envisagée, nous nous orientons vers une université fédérale.

Nous mettons en place au niveau de la Comue une structure de valorisation, "Normandie valorisation", qui doit développer le transfert des innovations issues des laboratoires vers l'économie.

La fusion des trois universités n'est cependant pas envisagée, nous nous orientons vers une université fédérale.

La Comue gère aussi aujourd'hui des projets PIA, coordonnés par l'université de Rouen : le labex Synorg (synthèse de la chimie organique), le projet européen Interreg, rassemblant neuf partenaires normands et britanniques du sud de l'Angleterre, et le projet Isite (initiative sciences innovation territoire économie), qui sera à nouveau déposé en mars 2016.

Un projet de rapprochement entre les Espé de Caen et Rouen est aussi à l'étude pour certains masters, ainsi que la création d'un IEP normand.

Comment se porte financièrement l'université de Rouen ?

La situation budgétaire est bonne, même si on ne peut pas dire qu'il n'y a pas de problème financier. Nous avons pris des mesures très tôt, en 2012, pour restituer le fonds de roulement à la hauteur de ce qui était demandé par la comptabilité publique.

Nous avons notamment gelé une partie des postes et établi des règles pour contrôler le coût des formations. Un seuil d'effectifs a notamment été établi pour les options. Cela ne nous empêche pas de créer de nouvelles formations, car l'objectif n'est pas de diminuer notre offre mais de mieux la maîtriser.

Cependant, nous n'avons pas les moyens nécessaires pour mener à bien tous nos projets pédagogiques, immobiliers et de recherche, sans oublier la question des ressources humaines pour accompagner ces projets.

Quelle est la situation actuelle de votre patrimoine immobilier ?

Une grande partie des bâtiments date des années 1960, ils ont fini leur cycle de vie et certains coûtent des millions d'euros à déconstruire car ils contiennent de l'amiante. L'université de Rouen n'a pas bénéficié du plan Campus, ce qui a amplifié nos besoins financiers pour les réhabilitations.

Afin de pouvoir continuer à accueillir le public, nous investissons dans des bâtiments qui seront déconstruits dans quelques années, c'est presque du gaspillage et c'est regrettable.

Dans le secteur des sciences humaines et sociales, beaucoup de bâtiments sont vétustes, nous sommes obligés d'investir pour tenir encore quelques années, dans l'attente du CPER suivant, en renouvelant les toitures ou en changeant le vitrage ou encore en améliorant l'accessibilité. Afin de pouvoir continuer à accueillir le public, nous investissons dans des bâtiments qui seront déconstruits dans quelques années, c'est presque du gaspillage et c'est regrettable.

Quels sont les moyens mis à votre disposition pour réaliser ces réhabilitations ?

Le CPER de Haute-Normandie 2015-2020 nous a contraints à ce paradoxe des travaux à court terme, avec une dotation du côté de l'État de 17 millions d'euros seulement pour l'ensemble des projets immobiliers universitaires. Notre projet prioritaire n'a pas été retenu, car il était chiffré à 35-40 millions d'euros. Il s'agissait de la construction d'une bibliothèque avec un concept d'e-learning, qui aurait remplacé deux bibliothèques vétustes.

Les fonds de roulement peuvent à la rigueur financer des projets de 3 à 7 millions d'euros, mais pas plus.

Les fonds de roulement peuvent à la rigueur financer des projets de 3 à 7 millions d'euros, mais pas plus. Nous ne souhaitons pas non plus signer de partenariat public-privé, car les exemples universitaires ont été des échecs. Si nous nouons des partenariats, cela se fera sur l'économie d'énergie ou le numérique.

Parmi les projets retenus pour le CPER actuel, il y a le regroupement des services pour les étudiants dans un seul bâtiment, construit selon les normes HQE, la création d'une maison des sciences du numérique et des projets de restructuration sur le site d'Evreux. La question de l'immobilier est d'autant plus urgente que le nombre d'étudiants accueillis continue d'augmenter. Nous atteignons déjà les effectifs étudiants des années 1999-2000.

Comment gérez-vous ces augmentations d'effectifs ? Opérez-vous une sélection ?

Depuis 2012, chaque année, nous avons entre 850 et 1.400 étudiants de plus qui s'inscrivent dans notre université. Nous ne faisons ni tirage au sort, ni sélection : nous anticipons.

Pour les quatre secteurs les plus demandés
(médecine, psychologie, sciences du langage, Staps), nous avons décidé de ne pas ouvrir de places pour la procédure complémentaire sur APB (Admission postbac), pour n'avoir que des étudiants motivés par ces secteurs dès la première session d'APB. Les jeunes ne doivent pas opérer un choix par défaut, après la fermeture de cette première session.

Vous arrivez bientôt à la fin de votre mandat, que va-t-il vous rester de votre expérience de président d'université ?

Il me restera d'abord le souvenir des nombreuses personnes, de divers métiers, de différents niveaux de responsabilité et de tous pays, que j'ai pu rencontrer grâce à cette fonction. C'est une source inépuisable d'enrichissement humain, intellectuel et culturel.

La présidence de l'université présente tellement de facettes que vous apprenez beaucoup, dans beaucoup de domaines, en dehors de votre discipline
. Cela vous ouvre l'esprit. Un président doit être visionnaire, dit-on : de ce point de vue, les neuf ans passés à la tête d'une grande université m'ont certainement permis d'acquérir une optique de large vision. C'est un professeur d'optique qui vous le précise, sans fausse modestie.

Delphine Dauvergne  |  Publié le

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