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Portrait d'université : Stendhal-Grenoble 3, les langues sur le devant de la scène

Portrait d'université : Stendhal-Grenoble 3, une autre vision des langues

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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Université Grenoble 3 Stendhal © Université Stendhal
Université Grenoble 3 Stendhal © Université Stendhal

S'imposer comme un établissement de référence dans l'enseignement des langues : tel est l'objectif revendiqué par l'université Stendhal de Grenoble qui multiplie les initiatives pour enseigner à ses 12.000 étudiants une vingtaine de langues étrangères autrement.

Monica Masperi. directrice du Lansad"Quand on voit le niveau en langue des étudiants, repenser les modalités d'enseignement est une urgence", relève la présidente de l'université Stendhal-Grenoble 3, Lise Dumasy. C'est ce à quoi s'emploie justement l'établissement grenoblois depuis de nombreuses années. Avec une reconnaissance récente : son projet Innova-langues a été retenu en 2012 dans le cadre des Idefi (initiatives d'excellence en formations innovantes).

L'objectif ? Changer les pratiques pédagogiques afin de permettre au plus grand nombre d'étudiants d'atteindre un niveau B2 certifié du CECRL (Cadre européen commun de référence pour les langues). "On réfléchit à de nouveaux référentiels d'enseignement et à des protocoles d'individualisation de la formation qui sortent de la norme et qui rompent avec les pratiques et habitudes", explique Monica Masperi, directrice du département Lansad (Langues pour spécialistes d'autres disciplines), porteur du projet qui a obtenu une dotation de 4 millions d'euros dans le cadre du grand emprunt.

D'ailleurs, ce qui a particulièrement plu au jury Idefi, c'est le côté imaginatif du projet concernant notamment l'apprentissage linguistique par le chant, la danse ou le théâtre", s'amuse la jeune femme.

Le théâtre pour apprendre les langues étrangères

Filippo Fonio. Professeur d'Italien Cette volonté d'enseigner les langues autrement irrigue en effet l'ensemble de la stratégie de l'université. Le théâtre, qu'une centaine d'étudiants ont choisi en option, participe de cette démarche.

Filippo Fonio, professeur d'italien, à la tête des ateliers théâtre en italien, est catégorique. Selon lui, la pratique théâtrale permet d'aller beaucoup plus loin dans l'apprentissage d'une langue : à l'écrit, lors du travail sur le texte, et surtout à l'oral. "C'est d'autant plus important qu'en France la didactique de la langue repose essentiellement sur l'écrit, l'oral n'étant absolument pas valorisé", soutient l'enseignant. À l'en croire, les résultats sont spectaculaires : "Des étudiants de L1 qui ne connaissaient pas un mot d'italien en début d'année sont en mesure, huit mois plus tard, de jouer la comédie dans la langue de Dante."

Côté enseignants, le théâtre offre davantage d'outils d'évaluation sommative. "Dans les cours classiques, le professeur évalue et donc travaille la richesse lexicale, les concordances de temps, la syntaxe, mais beaucoup de choses lui échappent, relève Filippo Fonio. Avec le théâtre on va beaucoup plus loin. On prend par exemple en compte la paralinguistique, notamment les intonations, les expressions…" L'étudiant mieux évalué sera ainsi plus à même de progresser.

Forte de son succès, cette option devrait être amenée à évoluer, sous réserve d'un accord du CEVU (conseil des études et de la vie universitaire), pour devenir un cours à part entière "de langue à orientation théâtrale", susceptible de valider un niveau de compétence.

Des débutants en italien sont en mesure, huit mois plus tard, de jouer la comédie dans la langue de Dante (F. Fonio)

Groupes de niveau

Stendhal n'a pas non plus attendu le CECRL pour mettre en place des groupes de niveau. "Ici, on les pratique depuis longtemps. Nous sommes même les seuls à les avoir généralisés à l'ensemble du cursus", souligne Lise Dumasy. En cause : l'hétérogénéité des étudiants. "On accueille des bacheliers de toutes les séries, y compris pro ou techno, qui ont, pour certains, un niveau très faible en langue, indique Lynne Franjié, vice-présidente du CEVU. Dans ce contexte, l'idée de regrouper les étudiants, non plus selon le cycle, ce qui se fait habituellement, mais par niveau, s'est imposée comme une évidence."

Le principe est simple : en début d'année chaque étudiant passe un test. Il est ensuite affecté à un groupe et se voit proposer des cours de soutien, du tutorat ou des séances d'approfondissement, en fonction de son profil. Les groupes de niveau sont remaniés tout au long des études à l'université, jusqu'à l'obtention de la certification B2. L'avantage ? "Répondre au plus prêt aux besoins de chacun… et garantir ainsi à tous une plus grande réussite", s'enthousiasme la directrice du Lansad, Monica Masperi.

Université Stendhal, Saint-Martin d'Hères

Formations personnalisées

C'est aussi avec une offre multiple que l'université Stendhal tente de s'adapter au mieux à ses publics. L'éventail des modalités de formation est large : apprentissage en autonomie totale ou tutorée, cours à distance pour les étudiants de master en stage ou en présentiel enrichi (avec complément en ligne pour le soutien)… "On va jusqu'à proposer des cours totalement à la carte", précise Monica Masperi. À l'image de la formation "commandée" par la Fédération française de ski qui souhaite développer les compétences linguistiques de ses sportifs de haut niveau, ou de celle dispensée à des étudiants de l'IEP en partance pour un stage en Suède et pour qui "il a fallu élaborer un programme spécifique d’histoire pour qu'ils aient quelques bases", relate l'enseignante.

Mais à vouloir proposer un enseignement "le plus personnalisé possible", l'université prend le risque de perdre en lisibilité. "L'offre de formation, trop foisonnante et trop dispersée, n'est pas organisée de façon optimale", lit-on dans le rapport AERES de décembre 2010.

Liens étroits avec la recherche

Si ces initiatives et innovations sont possibles, c'est en grande partie grâce au Lansad, qui occupe à Stendhal une place centrale. "Nous avons développé un service langues pour les non-spécialistes, distinct de l'UFR, et nous lui avons affecté une équipe pédagogique. Donner de la visibilité à ce pôle nous semblait essentiel", expose Lise Dumasy.

Autre facteur d'innovation : la grande proximité entre les chercheurs du Lidilem (Laboratoire de linguistique et didactique des langues étrangères et maternelles) et le Lansad. De nombreux enseignants-chercheurs du laboratoire trouvent dans le Lansad un terrain de réflexion pour leurs recherches. En retour, le département contribue à la mise en œuvre des résultats de leurs travaux. "Ce va-et-vient permanent enrichit l'enseignement", se félicite Monica Masperi, d'autant que chaque dispositif de formation s'accompagne d'un bilan qui peut donner lieu, en retour, à une publication. De quoi faire évoluer la réputation selon laquelle les étudiants français maîtrisent mal les langues étrangères ?

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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