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Éric Boutin : "Être petit nous permet d'être plus réactif"

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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Éric Boutin, président de l'université de Toulon.
Éric Boutin, président de l'université de Toulon. // © Université de Toulon

À la tête de l'université de Toulon depuis avril 2015, Éric Boutin veut faire de la petite taille de son université une force. Son credo : ancrage territorial et interdisciplinarité.

Vous dirigez l'université de Toulon depuis avril 2015, quelles ont été vos priorités depuis votre arrivée ?

Mes premiers mois à la fonction de président ont été consacrés pour l'essentiel à la préparation du budget. À Toulon comme dans de nombreuses universités, la situation budgétaire est très tendue. En atteste le gel de la campagne de recrutement auquel nous avons été contraints en 2016.

Cette décision n'a pas été facile à prendre, mais elle m'a semblé nécessaire pour ne pas hypothéquer l'équilibre financier du prochain budget (2017). Au final, le fait de ne pas pouvoir embaucher nous a obligés à nous poser les bonnes questions et à réfléchir à une meilleure organisation. Ainsi, les personnes parties en retraite cette année ont pu finalement être remplacées par redéploiement. Cette question financière m'a pris beaucoup de temps alors même que l'essentiel de ma mission n'est pas là.

L'université de Toulon se situe entre deux mastodontes : Aix-Marseille et Nice. Vous avez décidé de vous associer à l'université d'Aix-Marseille, comment se passe cette association  ?

La perspective d'un rapprochement avec une université beaucoup plus grosse que la nôtre, en l'occurrence Aix-Marseille, a été très anxiogène pour les personnels. Ils y ont vu une menace, non justifiée à mon sens. Sur les 21 emplois que le site marseillais a récupéré dans le cadre des 1.000 emplois attribués aux universités en 2015, cinq sont allés à Toulon. Cela illustre bien le fait que nous travaillons correctement avec cette université et qu'Yvon Berland, son président, n'a absolument pas pour intention d'abuser de notre infériorité numérique.

Ce que nous attendons de cette association, c'est qu'elle nous permette de développer nos axes identitaires : les sciences de la mer, l'espace euro-méditerranéen et l'ingénierie. Nous conservons par ailleurs nos liens avec Nice concernant notamment la formation des enseignants (l'Espé) et certains domaines de recherche.

Nous attendons de l'association [avec Aix-Marseille] qu'elle nous permette de développer nos axes identitaires.

De façon plus générale, le fait d'être une université de petite taille dans un contexte où la tendance est à la constitution de grands pôles, n'est-ce pas un handicap ?

Non, cela peut être au contraire un atout. Le fait d'être petit nous donne une certaine agilité et nous permet d'être plus réactif. En tant que président, j'ai une vue d'ensemble de ce qui se passe dans toutes les composantes. Je connais les personnels, il m'est donc plus facile de les amener à travailler ensemble.

Comment comptez-vous accueillir des étudiants de plus en plus nombreux dans un contexte de rigueur budgétaire ?

Cette année, nous avons accueilli 4,7% d'étudiants de plus que l'an dernier. À ce rythme-là, en 2019, nous franchirons la barre des 10.000 étudiants. Longtemps, la volonté des présidents de l'université de Toulon était d'attirer toujours plus d'étudiants. Nous n'en avons pas les moyens.

Aujourd'hui seule la filière Staps est sous tension mais, dans les prochaines années, la situation risque de devenir de plus en plus difficile. C'est pourquoi nous réfléchissons à un plan pour augmenter nos ressources propres. L'idée est d'ouvrir des formations en alternance dans des secteurs où la demande existe comme la banque, l'ingénierie ou le tourisme.

En 2019, nous franchirons la barre des 10.000 étudiants.

Vous affichez un taux d'échec en licence supérieur à la moyenne des universités. Comment comptez-vous le réduire ?

La réussite en licence figure parmi nos priorités. Ne pouvant pas faire de sélection, nous n'avons pas d'autre choix que de faire réussir nos étudiants.

Le problème, c'est que trop souvent les futurs bacheliers se retrouvent dans des filières qu'ils n'ont pas vraiment choisies ou qui ne correspondent pas à leurs attentes. C'est notamment vrai en sciences économiques où le taux d'échec est particulièrement élevé.
Nous devons mener un gros travail d'information en amont à destination des lycéens. Ce que réussit assez bien à faire la fac de sciences. En atteste, le nombre de plus en plus important d'étudiants qui s'y inscrivent (+ 20% cette année).

Il faut aussi que nos enseignants aient davantage recours aux ressources numériques. Dans cet objectif, nous avons monté une cellule avec des collègues férus de technologie pour encourager et accompagner les enseignants à la médiatisation de leurs cours, de façon à permettre aux étudiants d'y avoir plus facilement accès.

Quelles vont être les grandes lignes du projet d'établissement que vous présenterez en 2018 ?

Nous sommes une université de proximité (80% de nos étudiants viennent de la région Paca) ancrée sur son territoire, deux caractéristiques auxquelles nous tenons. Nous souhaitons renforcer la forte porosité entre l'université et son environnement.

Concernant le volet interdisciplinaire, nous réfléchissons à des dispositifs permettant à des personnes des départements de sciences de travailler avec leurs collègues de SHS. Nous avons également pour volonté de renforcer les partenariats notamment avec des organismes de formation comme l'école d'ingénieurs Isen ou Kedge Business School.

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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