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Enquête
PRES franciliens : entre petits arrangements et grands desseins

Les PRES, antidote au paysage éclaté du supérieur francilien ?

Olivier Monod  |  Publié le

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Les observateurs étrangers, et parfois même nationaux, ne comprenaient rien à l'organisation de l'enseignement supérieur et de la recherche français. Il fallait donc réorganiser, simplifier et concentrer ce système. Le gouvernement a sorti la grosse artillerie : PRES, Plan campus, Initiatives d'excellence... La potion ne semble pas avoir réussi aussi bien entre les établissements d'Île-de-France qu'entre ceux d'autres métropoles régionales. Pourtant confrontés au même défi de réaliser en même temps leur autonomie.

L’autonomie, frein aux regroupements ? La Cour des comptes, dans son rapport de janvier 2011, souligne ainsi que « la dynamique de regroupement a été freinée par le passage progressif des universités aux responsabilités et compétences élargies prévues par la loi LRU ». De quoi accréditer l’idée qu’accorder l'autonomie aux universités au moment où on les force à s'allier n'était pas forcément la bonne. La critique semble particulièrement coller au cas francilien.

Le volontarisme politique du gouvernement a pourtant fait bouger certaines lignes, figées depuis des années. « Le paysage de l’enseignement supérieur est passé d'un flou statique à un flou beaucoup plus sympathique car en mouvement », ironise Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris, en charge des universités et de la recherche. Maintenant, le « flou » a pris la forme « d'un millefeuille institutionnel incompréhensible », dénonce Isabelle This Saint-Jean , vice-présidente du conseil régional d’Île-de-France, en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Illustration avec l’emblématique campus de Saclay . Le futur pôle scientifique français s'étendra sur 9 km², accueillera 12.000 chercheurs en 2030 et représentera 10 % du potentiel national de recherche scientifique. Le futur mastodonte ressemble pour le moment plus à une hydre. Plusieurs structures différentes le régissent. L'aménagement du plateau est assuré par l'établissement public de Paris-Saclay (EPPS). La fondation de coopération scientifique Campus Paris-Saclay est, elle, le réceptacle des fonds de l’Opération campus et des Investissements d’avenir. Les deux organismes étant fortement liés par des membres communs dans leur conseil d'administration respectif.

Et ce n'est pas fini ! Sur les 23 établissements qui s’implanteront à terme sur le campus, certains font partie du PRES UniverSud Paris, d'autres du PRES ParisTech, quand le CEA et le CNRS ne sont rattachés à aucun PRES. Ajoutez à cela que tous les membres de ParisTech et d’UniverSud Paris ne s'installeront pas sur le plateau de Saclay. Pour l’heure, on a du mal à imaginer comment ce millefeuille administratif pourra augmenter la visibilité internationale de la recherche francilienne.

Des pôles pluridisciplinaires ou thématiques ?

Alors qu’en province les PRES ont souvent réussi à rassembler la plupart des établissements d'une même ville et envisagent même, pour certains, de se constituer en universités fédérales à court terme – voire d’opérer des fusions –, la démarche n’est pas transposable aux 17 universités franciliennes. Les alternatives pouvaient être des rapprochements pluridisciplinaires ou au contraire monodisciplinaires pour faire émerger des pôles d'envergure. Les deux ont été réalisés en parallèle.

Ainsi, l'État se plaît à présenter le campus Condorcet , qui accueille notamment le PRES HéSam (faire lien à venir sur carte PRES), comme le pendant SHS (sciences humaines et sociales) du campus de Saclay, à forte dominante scientifique puisque abritant ParisTech et UniverSud. Pour mémoire, UniverSud regroupe 17.000 étudiants, dont seulement 1.500 en SHS.

A contrario, les PRES Sorbonne Universités, Sorbonne Paris Cité ou encore Paris-Est se caractérisent par leur forte pluridisciplinarité. Leur champ d'action va de l'histoire à la médecine, en passant par l'économie et les mathématiques. « Allez expliquer à Bogota la différence entre Sorbonne Universités et Sorbonne Paris Cité », sourit le président de Paris 1, un PRES concurrent, quand on lui parle de visibilité internationale.

Peu de rapprochements entre grandes écoles, universités et grands organismes

Les réformes en cours devaient permettre d'intensifier le dialogue entre les différents acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche français : les universités, les grandes écoles et les grands organismes de recherche. Certains PRES comme UniverSud Paris, Paris-Est, HéSam ou encore Sorbonne Paris Cité présentent une réelle diversité de membres fondateurs. Cette dynamique n'a pas été suivie par tous. Ainsi, le PRES ParisTech ne réunit que des grandes écoles, alors que le PRES Sorbonne Universités ne compte que des universités dans ses membres fondateurs.
Plus criant, comme le note la Cour des comptes dans son dernier rapport public annuel , « les grands établissements publics scientifiques et techniques (EPST), comme le CNRS, l’INSERM ou l’INRA, sont restés à l’écart de la création des PRES ». Une situation préoccupante car ils concentrent une grande partie des laboratoires de recherche franciliens.

Saclay Valley versus Campus de Paris

Au sud, un grand campus scientifique regroupant les acteurs franciliens du secteur. À Paris, une volonté de faire vivre l'université dans la ville. Au centre, une rivalité politique. La région Île-de-France est à gauche, la mairie de Paris aussi, mais le gouvernement, qui a toujours à cœur les intérêts de la capitale, est à droite. L'opposition est franche autour de la question des campus.

Deux visions de l'université sont à l’œuvre : le campus anglo-saxon retiré de la ville, ou l'université intégrée au tissu urbain. Droite et gauche en ont fait une ligne de fracture. Sarkozy veut déplacer des grandes écoles parisiennes sur le plateau de Saclay mordicus. Un projet prioritaire pour le chef de l’État s’il veut pouvoir parler d’une « Silicon Valley » à la française. « Les entreprises grandes et petites doivent puiser dans le vivier formidable de la recherche publique, en lui confiant des contrats, en nouant des partenariats, en embauchant ses chercheurs », déclarait Nicolas Sarkozy en janvier 2009. Les champs seraient remplacés par des laboratoires, des amphis et des pépinières d'entreprises afin de faire naître de nouvelles idées. L'université doit se rapprocher de la société civile afin d'être enfin utile, mais on l'installe loin du centre de Paris.

À l'opposé, l'équipe de Bertrand Delanoë a dégainé, fin février 2011, son « campus de Paris » . Ou comment donner un même sentiment d'appartenance à tous les établissements présents sur le sol de la capitale. À cette occasion, Jean-Louis Missika, adjoint chargé de l'innovation, de la recherche et des universités, dessine un nouveau Quartier latin de la rue des Saints-Pères à Tolbiac, et Didier Guillot, adjoint chargé de la vie étudiante, parle volontiers des allers-retours entre l'université et la ville au travers des bibliothèques notamment.

Les différentes stratégies mises en place seront diversement récompensées par le gouvernement lors de l'attribution du grand Emprunt. « Je prends un grand plaisir dans ces regroupements, confie un président d'université. J'apprends à connaître les autres partenaires de mon PRES et nous tissons de nouveaux liens. Même si les réformes devaient tourner cours, cela ne serait pas perdu ! »

Dossier réalisé par Olivier Monod
Mars 2011

Olivier Monod  |  Publié le

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