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Enquête
Quand les universités françaises chassent le Nobel

Recrutement d’enseignants-chercheurs étrangers : détecter les très hauts potentiels

Céline Manceau  |  Publié le

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Depuis l’arrivée d’un prix Nobel à l’université Paris-Diderot, en février 2010, la pression est montée d’un cran sur le marché international du recrutement des enseignants-chercheurs. Les universités françaises mènent désormais une politique volontariste de recrutement de professeurs étrangers reconnus dans leur domaine. Les voilà lancées à la conquête de ces chercheurs que tout le monde s’arrache… Sont-elles de taille à attirer des pointures ? Ont-elles des atouts pour les séduire, et, surtout, les arguments nécessaires pour les convaincre de venir travailler en France ?

Le recrutement d’enseignants-chercheurs étrangers n’est pas nouveau pour les universités françaises. « Nous comptons quatre enseignants-chercheurs étrangers dans l’équipe présidentielle, mentionne le président de l’université Joseph-Fourier (UJF) à Grenoble, Farid Ouabdesselam, et nous avons environ 12 % d’enseignants étrangers à l’université, dont la moitié sont de très hauts potentiels. »

Mais les enjeux ont changé. La loi LRU est passée par là pour assouplir les procédures de sélection des candidats. Sans oublier le classement de Shanghai et l’un de ses critères phares (à hauteur de 20 %) : le nombre d’enseignants-chercheurs détenteurs d’un prix Nobel ou d’une médaille Fields. La concurrence s’est accrue entre les établissements d’enseignement supérieur renforçant la nécessité de ne pas laisser filer une perle rare.

Carrière universitaire : tout se joue avant 40 ans ?


« L’objectif n’est cependant pas tant de recruter des profs stars, nuance Hugues Dreyssé, vice-président ressources humaines de l’université de Strasbourg, que de repérer des enseignants-chercheurs ayant un très fort potentiel, qui pourront développer leur carrière chez nous et peut-être un jour, qui sait, décrocheront le Nobel… » Selon les disciplines, ce potentiel ne se détecte pas au même âge. Dans les sciences exactes, c’est entre 30 et 40 ans qu’un enseignant-chercheur peut espérer voir sa carrière s’envoler. En lettres et sciences humaines, la reconnaissance est plus tardive et, pour l’heure, les recrutements restent essentiellement hexagonaux : le vivier de candidats nationaux est encore conséquent, ce qui est moins vrai pour les disciplines scientifiques.

En droit, la problématique est différente, puisqu’il s’agit d’une matière nationale avant tout. D’où la stratégie adoptée par le président de l’université Panthéon-Assas, Louis Vogel, pour recruter des pointures : défricher de nouveaux terrains de recherche, à la croisée de deux disciplines, comme l’économie et le droit. « Pour le moment, il n’existe pas encore de grands spécialistes de cette problématique en France ; nous venons de recruter deux enseignants-chercheurs, un Canadien qui vient de l’université du Québec, Claude Fluet, et un Allemand, Dominique Demougin, de la Wiesbaden Business School », explique-t-il. Ce dernier a encore d’autres projets transdisciplinaires dans le domaine de l’informatique juridique ou encore de l’intelligence artificielle appliquée au droit. Autant de laboratoires susceptibles de voir le jour grâce au PRES Sorbonne Universités, qui réunit Paris 2, 4 et 6.

Pluridisciplinarité et PRES : un facteur d’attractivité pour les chercheurs

Les PRES (pôles de recherche et d’enseignement supérieur) sont aujourd’hui un levier possible pour attirer des talents. Ils permettent aux universités françaises de présenter la recherche comme interdisciplinaire. Il suffit de regarder du côté des universités pluridisciplinaires pour voir à quel point le mélange des disciplines est très attractif pour un chercheur. C’est ainsi que Paris-Diderot a pris une longueur d’avance. Outre l’arrivée très médiatique de George Smoot, prix Nobel de physique 2006, elle vient de recruter un linguiste de haut niveau : Jonathan Ginzburg (Israélo-Britannique).

« Mais l’arrivée de ces personnalités relève avant tout de contacts noués depuis longtemps par les laboratoires, souligne Catherine Bernard, directrice de cabinet du président de l’université Paris-Diderot. Nous avons toujours conduit une politique très ambitieuse d’invitations de collègues étrangers, équivalente à environ cent vingt mois sur une année. » Pour les directeurs de laboratoire, c’est la façon la plus efficace de repérer les meilleurs éléments. Car ce sont eux les têtes chercheuses : ils définissent les profils de poste et les projets de recherche. Puis ils font jouer leur réseau pour repérer les meilleurs éléments. Avec l’aide des enseignants déjà dans la place. Et si certains sont Nobel ou médaillés, l’effet boule de neige est garanti. « Jean-Marie Lehn [NDRL : prix Nobel de chimie 1987] est une figure emblématique de notre université qui illustre bien l'excellence de la recherche menée actuellement à Strasbourg », se félicite Hugues Dreyssé.

Céline Manceau
Février 2011

Un salaire de star ?

En France, un enseignant-chercheur de haut niveau gagne autour de 100.000 € brut par an. Aux États-Unis, son collègue perçoit facilement plus du double. Impossible pour les universités françaises de s’aligner, d’autant qu’elles doivent calquer la rémunération de leurs enseignants sur la grille de la fonction publique. La seule négociation possible est l’attribution d’une chaire avec une prime à la clé. « Mais une politique de rémunération trop élevée serait contre-productive, prévient Farid Ouabdesselam, président de l’université Joseph-Fourier. Nous avons également des enseignants-chercheurs français très brillants que des inégalités de traitement pourraient pousser à partir. » La question du salaire des enseignants-chercheurs réputés, même si elle n’est pas essentielle pour la négociation, reste donc compliquée. Elle se cristallise notamment sur la question des retraites. « Un enseignant-chercheur étranger qui arrive en France vers l’âge de 40 ans cotisera à la retraite en pure perte, et il ne peut pas non plus prendre le risque d’abandonner son régime de retraite précédent. Il faut trouver une solution. La LERU [League of European Research Universities] a sollicité la Commission européenne sur cette question en 2009 », explique Jean-Charles Pomerol, président de l’UPMC.

Céline Manceau  |  Publié le

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