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Enquête | Formations, Politique

Simplification de l'offre de masters à l'université : un réel choc ?

Camille Stromboni  |  Publié le

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Soirée des majors de promotion de master - université Paris 2 Assas - Janvier 2012 © C.Stromboni
Soirée des majors de promotion de master - université Paris 2 Assas - Janvier 2012 © C.Stromboni

Après la licence, le master. Une nouvelle étape se dessine dans le “choc de simplification” de l'offre de formation des universités défendu par Geneviève Fioraso. La nomenclature des masters compte près de 250 intitulés, contre 5.000 auparavant. Elle sera présentée en CNESER fin janvier 2014. Au-delà du souci partagé d'une meilleure lisibilité, la mutualisation des diplômes et les économies espérées inquiètent, surtout en période de difficulté budgétaire.

Seuls 246 intitulés ont subsisté. Le grand ménage dans les dénominations des masters touche à sa fin : la nouvelle nomenclature passera devant le CNESER (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche) les 27 et 28 janvier 2014. Objectif de la ministre de l'Enseignement supérieur : simplifier et rationaliser une carte des formations jugée illisible.

Les 5.000 intitulés actuels vont donc laisser place à quelques centaines d'appellations, mêlant les différentes dimensions de ce diplôme. “Nous avons dû manipuler plusieurs clés d'entrée pour définir cette nomenclature, explique Jean-Michel Jolion, directeur de service à la DGESIP (Direction générale pour l'enseignement supérieur et l'insertion professionnelle).

Trouver l'équilibre entre intitulés disciplinaires et approche professionnelle


Les intitulés disciplinaires, comme l'informatique ou la chimie, cohabitent avec des dénominations plus spécialisées comme le “droit de la propriété intellectuelle”, ou encore couplant des disciplines, comme “chimie et sciences du vivant”.

La liste comprend également des intitulés orientés “métier", comme “ingénierie de l'image, ingénierie du son” et “journalisme”, ou tournés vers des secteurs d'activité, comme “tourisme” et “santé”, ainsi que des secteurs en devenir, comme “humanités numériques” et “économie sociale et solidaire”. Enfin, certains intitulés spécifiques portent sur des secteurs à faibles effectifs, tels que “théologie catholique” ou “études sur le genre”.

“Le plus difficile a bien sûr été de trouver le bon équilibre, sourit le responsable. Mais il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit pas d'un texte figé, il a vocation à s'adapter.”

Côté calendrier, la mise en place de cette nomenclature aura lieu à compter de 2015, au fil des vagues d'accréditation des établissements, c'est-à-dire au cours des cinq prochaines années. "Plusieurs universités sont déjà prêtes à la mettre en œuvre dès 2014", assure tout de même Geneviève Fioraso.

“On a juste mis le fouillis sous le tapis”


Dans la communauté universitaire, si la nécessité de simplifier semble mettre tout le monde d'accord, les réserves quant à la méthode employée et au résultat demeurent. “Nous sommes très favorables à cette régulation nationale, confie Claudine Kahane, cosecrétaire générale du Snesup. Nous avions d'ailleurs toujours averti du risque de confusion et de multiplication des intitulés dû à l'absence de contrôle de l'État.”

La professeur de physique estime néanmoins que le compte n'y est pas. “Le ministère a été beaucoup trop radical, pour des questions d'affichage politique, avec un nombre très limité de mentions tout en laissant les parcours libres, échappant eux à tout contrôle, même au niveau de l'accréditation. On a juste mis le fouillis sous le tapis”, résume-t-elle.

Car si le diplôme de master s'organise désormais, comme la licence, sur deux niveaux uniquement – le domaine et la mention, exit donc les spécialités –, un échelon intermédiaire subsiste, bien qu'il n'apparaisse pas sur le diplôme : le parcours type. Le choc de simplification pourrait ainsi ne pas avoir lieu à la hauteur des espérances de la ministre.

Le ministère a été beaucoup trop radical, pour des questions d'affichage politique (C. Kahane)

Un socle commun entre masters


Outre la simplification, la “réforme Fioraso” vise également à renforcer la mutualisation entre les masters d'un même établissement. Notamment grâce au “socle commun”, inscrit au cadre national des formations.

“Lors de la procédure d'accréditation d'un établissement, le ministre chargé de l'Enseignement supérieur veille à l’existence d’un socle commun, en termes de compétences acquises, au sein des différents parcours types d’une même mention, garant d’une réelle cohérence pédagogique”, prévoit l'article 16 du texte.

Pour Claudine Kahane (Snesup), ce principe n'a pas grand sens en master, niveau qui a “vocation à une insertion professionnelle immédiate avec un niveau de spécialisation élevé”. “On ne voit pas trop ce qu'il va être possible de mettre dans ce socle, hormis les enseignements périphériques comme les langues vivantes, ou la méthodologie. C'est d'ailleurs déjà souvent le cas”, estime l'enseignante.

Ce socle commun permettra d'éviter un retour à des tubes très séparés comme les spécialités aujourd'hui”, estime Jean-Michel Jolion. S'il a pu être chiffré initialement en crédits ECTS, provoquant de très forts mécontentements, ce n'est plus le cas dans les derniers textes d'application, contrairement à la licence.
Cette mutualisation des masters va générer des économies, promet Geneviève Fioraso. Elles s'ajouteront à celles obtenues grâce aux politiques de site.”

Une mention par site ?


Cette nouvelle nomenclature fera en effet aussi apparaître plus clairement, une fois appliquée, les diplômes de masters similaires entre établissements d'un même site. Et dans le cadre de la politique de site que souhaite faire émerger plus fortement Geneviève Fioraso, la mise en cohérence de l'offre de formation sera désormais attendue à ce niveau. D'où la question pratique : les sites réunissant plusieurs universités portant une même mention de master devront-ils la mettre en commun ?

“Il est clair qu'un regroupement qui dispose d'un même intitulé de master dans deux ou trois de ses établissements pourra, s'il le souhaite, se diriger vers un diplôme unique commun, décrit Jean-Michel Jolion. Mais nous n'imposons pas d'homogénéisation forcée, chacun trouvera sa solution afin d'assurer la cohérence sur son site. Cela passera par la discussion, lors de la procédure de l'accréditation. Dans tous les cas, il faudra pouvoir justifier des doublons.”

Et de citer l'exemple de deux masters lyonnais : risques et environnement (Lyon 2) et environnement et risques (Lyon 1), qui prendront donc avec la nouvelle nomenclature le même intitulé – en l'occurrence “risques et environnement”. “Quand les établissements remonteront l'offre de la communauté, ils devront avoir réfléchi à la complémentarité possible entre ces formations et s'être demandé si cela vaut la peine de conserver deux masters totalement séparés.”

Nous n'imposons pas d'homogénéisation forcée des diplômes de master sur un même site (J.-M. Jolion)

Quelle taille pour les masters ?


Une rationalisation en route qui n'est pas sans provoquer des inquiétudes chez les universitaires, imaginant notamment le risque de voir émerger des masters avec des effectifs étudiants trop importants, et des réorganisations d'équipes pédagogiques complexes… “Un master n'a, le plus souvent, pas vocation à tourner avec plus de quelques dizaines d'étudiants, insiste Claudine Kahane (Snesup), surtout pour assurer l'insertion professionnelle à la sortie.”

Une position que Jean-Michel Jolion contredit avec l'exemple des masters MEEF (métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation), dont la déconcentration sur plusieurs établissements lui paraît tout à fait enrichissante. “À Lille, ils ont près de 4.000 étudiants, avec des modules réunissant parfois en début d'année un millier d'étudiants, mais ensuite chacun rejoint son parcours avec des enseignements à taille humaine”, décrit-il. Une expérimentation qui dessine l'avenir des masters ?

Les nouveaux intitulés de masters
- Analyse et politique économique
- Monnaie, banque, finance, assurance
- Économétrie, statistiques
- Économie
- Économie appliquée
- Économie du développement
- Économie du droit
- Économie de l’entreprise et des marchés
- Économie des organisations
- Économie internationale
- Économie sociale et solidaire
- Économie et management publics
- Économie du travail et des ressources humaines
- Économie de l'environnement, de l'énergie et des transports
- Économie de la santé
- Économie industrielle et des réseaux


Voir la liste complète des 246 intitulés dans l'arrêté sur la nomenclature masters (pdf), qui sera présenté au CNESER fin janvier 2014.

- Le cadre national des formations : la dernière version de l'arrêté (pdf - janvier 2014).

Camille Stromboni  |  Publié le

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