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Ali Saïb (recteur d'Aix Marseille) : "Le rôle de l'État est de favoriser le dialogue et d'accompagner, mais surtout pas d'imposer"

Camille Stromboni
Publié le
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Ali Saïb - recteur Aix-Marseille - Octobre 2013
Ali Saïb - recteur Aix-Marseille - Octobre 2013

Ancien directeur de la recherche au CNAM, Ali Saïb a pris la tête de l'académie d'Aix-Marseille en juillet 2013, après avoir été recteur de Caen. Retour sur ses priorités et son action pour l'école et l'université, à l'heure de la mise en oeuvre de la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, qui instaure une nouvelle structuration des territoires.

Après avoir été recteur de Caen, vous avez pris la tête de l'académie d'Aix-Marseille à l'été 2013. Quelles sont ses spécificités ?

Cette académie a la particularité d'avoir de fortes disparités territoriales, avec quatre départements. Deux ruraux qui réunissent 10% des effectifs, le Vaucluse (20%) et les Bouches-du-Rhône (70%).

La place de l'éducation prioritaire y est très importante : sur 600.000 élèves environ, 100.000 sont dans des établissements membres des réseaux d'éducation prioritaire, dont 83 % à Marseille. Au niveau national, les lycéens en éducation prioritaire représentent 2% ; dans l’académie ils totalisent 11%.

Les disparités se situent également au sein même de Marseille où coexistent des quartiers très défavorisés et des quartiers qui le sont beaucoup moins.

Quelles sont vos priorités pour l'école ?

La lutte contre le décrochage scolaire. En gardant en tête trois volets d'action : la prévention, le traitement et le suivi. Les équipes pédagogiques et éducatives doivent pouvoir être à l'écoute en amont et avoir une vision globale de l'élève. Nous comptons 8.500 décrocheurs dans l'académie. Entre l’année dernière et cette année, nous avons réussi à raccrocher 38% d'entre eux, et nous voulons aller plus loin.

L’orientation, la relation avec les familles sont des points essentiels, comme d’ailleurs la question de l'articulation du scolaire et du périscolaire. C'est pourquoi nous avons notamment travaillé avec le préfet de région et le conseil général [Bouches-du-Rhône] à un protocole d’accord permettant l'accès aux équipements sportifs des établissements scolaires aux jeunes des quartiers, hors temps scolaire. Nous souhaitons étendre ce dispositif aux lycées avec le conseil régional.

Qu'est-ce qui caractérise l'enseignement supérieur d'Aix-Marseille ?

La plus grande université de France se trouve dans notre académie : Aix-Marseille Université (AMU), avec 70.000 étudiants. C'est une université pluridisciplinaire assez jeune finalement puisqu’elle est née au 1er janvier 2012. La seconde, l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse a trouvé ses territoires d'excellence avec les agrosciences et la culture. Nous avons ainsi deux universités qui rayonnent.

L'académie voit tout de même son nombre d'étudiants diminuer depuis trois ans …

Cette baisse n'est pas, à ce stade significative, et l'évolution des effectifs est à étudier sur des temps longs. Toutefois la démographie locale peut être un premier facteur d'explication. Notre vivier d'élèves dans le second degré stagne (de 238.127 en 2011 à 236.058 en 2012). Un autre paramètre peut être le fait que le Sud attire moins les jeunes couples…

De plus, les formations courtes prennent de l'ampleur, notamment du fait de l'augmentation du nombre de bacheliers professionnels. Le coût du logement étudiant dans l'académie peut également expliquer en partie cette légère baisse et c'est pourquoi des investissements importants sont engagés pour développer l'offre de logements CROUS.

Les formations courtes prennent de l'ampleur, notamment du fait de l'augmentation du nombre de bacheliers professionnels

La loi ESR prévoit la fixation de quotas de bacheliers pro et techno dans les filières d'IUT et de BTS. Où en êtes-vous ?

La loi demande aux recteurs d'organiser la répartition des bacheliers technologiques et professionnels entre les BTS, IUT, et l'université en fonction des filières et des territoires. Nous en sommes au stade de la discussion avec les universités, les IUT, les CFA et les lycées.

Gardons à l’esprit que nous sommes une communauté d'adultes qui prend en charge une communauté d'enfants et nous devons être soudés pour la réussite des élèves.

La volonté du ministère est d'aller plus loin dans les regroupements d'établissements, pour aboutir à trente grands sites. Dans  votre académie, les deux universités sont réticentes à faire "communauté"… Que va-t-il se passer ?

L'AMU est toute jeune. Les discussions menant à sa création ont débuté en 2007, le décret est paru en 2011 et la réalité de la fusion date de 2012. Prenons le temps ! La fusion était un défi de taille, il a été relevé. Le rôle de l'État est de favoriser le dialogue et d'accompagner, mais surtout pas d'imposer ou de presser les acteurs.

Tout le monde discute sans aucune animosité. La priorité de tous, c'est la réussite des étudiants et je ne peux me projeter tant que les acteurs ne l'ont pas fait eux-mêmes.

Autre changement cette année : la création des ESPÉ (Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation), dont la mise en place est difficile dans plusieurs académies…

Il faut bien comprendre que ce n'est plus du tout le monde des IUFM. Il y a toute une culture nouvelle à mettre en place, avec désormais une véritable formation avant d'entrer dans le métier, où s'articulent les dimensions disciplinaire et professionnalisante, ainsi que l'acquisition d'une culture commune.

Chez nous, cette nouvelle entité est co-construite par l'académie et les deux universités. Il s'agit d'une composante de l'AMU, mais c’est avant tout un projet porté par les trois partenaires. L’ESPÉ doit être au service de la refondation de l’école. Elle doit donner, par exemple, aux futurs enseignants des clefs pour comprendre les enjeux de l’éducation prioritaire ainsi que la question du décrochage et de l'absentéisme.

Vous êtes l'un des plus jeunes recteurs… Est-ce un atout ?

Ce n'est pas une bonne question. Deux termes me semblent en revanche essentiels : le sens, qui doit être donné à tout ce que l'on fait, et la reconnaissance, qui doit être apportée à tous ceux qui participent à un projet. Peu importe l'âge !

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Camille Stromboni | Publié le

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RICHARD.

Vous parlez des enfants qui sont descolarises, mais vous ne savez peu-être pas que certains enseignants y participe, puiqu'ils sont capables de punir toujours les mêmes élèves parcequ'ils les ont dans le" nez" au lieu de les occuper pendant qu'ils corrigent les cours, ils préfèrent leur mettre des observations sur le carnet de correspondance , alors qu"ils savent pertinemment que sa joue en leur défaveur. Je pense que ses enseignants devrez d'abord apprendre à apprendre à leurs élèves comment s'occuper pendant ces temps de correction. Quand aux après midi d"activités, les surveillants ne sont pas rémunérés pour faire nettoyer les "chiots" aux enfants parce qu'ils ont mouillé le sol en s'arrosant au lieu de les occuper intélligemment Tout cet argent pourrait être bénéfique s'il était dépense pour autre chose. Je n'ai pas l'âge de me battre "80 bientôt", mais je trouve ses agissements forts dépriments Je souhaite que MMES et MRS de l'éducation revoient leurs protocoles Merci pour ces enfants qui vont devenir des adultes et auront été descolarisés à leur dépand.

saib.

salut cousin je suis fiere de toi mérci

François Saint Jours.

"Gardons à l’esprit que nous sommes une communauté d'adultes qui prend en charge une communauté d'enfants et nous devons être soudés pour la réussite des élèves" Cette vision n'est pas la réalité. A la fin du cycle terminal c'est une communauté d'adultes qui s'adresse à une autre communauté d'adultes puisque les élèves de première et terminales sont dans plus de la moitié des cas des personnes majeures qui ont tous leurs droits de citoyens majeurs. Et c'est bien là un problème récurrent chez les enseignants et visiblement les dirigeants de l'éducation nationale à tous les niveaux de responsabilité. Aujourd'hui les jeunes ont leur orientation en mains alors qu'ils n'ont pas l'information qui devrait aller avec et sont dans la plupart du temps dépendant de ce que ne connaissent pas leurs professeurs des filières ouvertes pour eux. L'exemple le plus frappant est la suite des bacs pro puisque pas un élève sur trois en filière pro n'entend parler concrètement de la formation en alternance au lycée au cours de son année de terminale!!!!!!!!