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Entretien | Budget, Politique

Anne Fraïsse (Montpellier 3) : "Je n'ai plus d'alternative, l'université va faire faillite"

Camille Stromboni  |  Publié le

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Anne Fraisse (Montpellier 3), candidate à la présidence de la CPU en 2014, aux côtés de Danielle Tartakowsky (Paris 8) et Rachid El Guerjouma (Le Mans).
Anne Fraisse (Montpellier 3), candidate à la présidence de la CPU en 2014, aux côtés de Danielle Tartakowsky (Paris 8) et Rachid El Guerjouma (Le Mans). // © Université Montpellier 3

Rouge. La présidente de l'université de Montpellier 3, Anne Fraïsse, a annoncé la couleur à son conseil d'administration le 17 septembre 2013, avec un plan d'économies drastique où figure notamment la disparition de l'antenne universitaire de Béziers. La professeur fait le point sur la situation et dénonce la "politique du pire" menée par l'Etat, en laissant volontairement les universités s'enfoncer dans les difficultés budgétaires.

Vous avez annoncé un plan d'économies pour l'université Montpellier 3, voté par le conseil d'administration, prévoyant la fermeture de l'antenne de Béziers. C'est une première…

700 étudiants, actuellement à Béziers, devront, dès la rentrée 2014, venir suivre leurs études à Montpellier. Sachant que la plupart d'entre eux n'en aura pas les moyens, et que nous pourrons difficilement les accueillir, étant donné nos capacités d'accueil qui vont devenir limitées.

Pourquoi a-t-il fallu en arriver là ?

Je n'ai plus d'alternative. Sinon, je ne pourrai plus payer mes personnels, l'université va faire faillite, comme une entreprise. Nous avons 3,5 millions d'euros de déficit chaque année depuis que nous sommes passés aux RCE (responsabilités et compétences élargies). L'Etat n'a jamais transféré la totalité des salaires des titulaires à l'université. Ce déficit est structurel, il porte sur la masse salariale.

Pendant nos deux premières années de déficit, nous avons pioché dans nos réserves. Désormais, nous n'avons plus rien. Le recteur nous a bien fait comprendre que ce troisième budget ne pouvait plus être dans le rouge. Je suis donc obligée de couper dans ma masse salariale, qui représente plus des trois quarts de mon budget.

La fermeture de l'antenne est évalué à 2,3 millions d'euros d'économies.

L'Etat n'a jamais transféré la totalité des salaires des titulaires à l'université

Espérez-vous une réaction de l'Etat, qui vous permette d'éviter cette issue [ajout le 20/09 : la réaction de la ministre Geneviève Fioraso] ?

Non, je suis pessimiste. Le ministère ne peut faire semblant d'être étonné, il connait la situation. Avec la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, il poursuit cette politique qui force les universités à réduire leur masse salariale et fermer des formations, sans le dire.

Il faut mettre l'Etat devant ses responsabilités. Qu'il assume sa politique ! Le réseau universitaire est en train d'être détruit. On m'oblige à considérer mes étudiants uniquement comme un coût, peu importe l'intérêt social ou le succès de cette antenne qui fonctionne très bien, je dois m'en défaire.

L'Etat va simplement m'envoyer des "experts" pour "m'accompagner", et m'expliquer qu'il faut fermer mes masters, poussant Montpellier 3 à devenir une simple annexe universitaire avec des licences.

On m'oblige à considérer mes étudiants uniquement comme un coût

Vous prévoyez d'autres mesures d'économies, comme le tirage au sort des étudiants à l'entrée des filières avec fixation de capacités d'accueil limitées …

Les autres mesures que nous prévoyons sont tout aussi iniques pour nos étudiants. Mettre des capacités d'accueil dans les filières et tirer au sort les étudiants, vous pensez que cela me fait plaisir ? C'est une véritable défaite. Que se passera-t-il quand toutes les universités seront forcées à faire de même – sachant que cela existe déjà ? Qu'est-ce que l'Etat va répondre aux bacheliers qui n'auront pas de places à l'université ?

Cette année, j'ai 130 étudiants de plus en cinéma, notamment parce que cette filière connait des capacités d'accueil limitées dans d'autres universités. Ce n'est plus possible sans budget. En cinq ans, nous sommes passés de 14.000 à 20.000 étudiants. J'ai également 700 dossiers d'étudiants qui n'ont pas de fac sur ma table, et que je ne pourrai pas accepter.

Le raisonnement risque très vite de devenir le suivant : il est injuste de sélectionner par tirage au sort, mieux vaut le faire sur dossier. Entrera ainsi à l'université la sélection à l'entrée. Quand j'entends l'Unef ou le Sgen se féliciter de la rentrée, je ne comprends pas.

Quelle est la prochaine échéance pour ce plan d'économies ?

Nous arrêterons un budget en équilibre en décembre. D'ici là, la commission des finances travaille sur les mesures votées par le conseil d'administration, afin de les ajuster pour atteindre les 3,5 millions d'économies.

Lire aussi
- Le compte-rendu du conseil d'administration du 17 septembre 2013 envoyé à la communauté de l'université Montpellier 3, listant les mesures d'économies (pdf)
- La biographie d'Anne Fraisse

- Le billet de Pascal Maillard : Comment l’Etat saigne les universités françaises (Mediapart)
-  Béziers : le centre universitaire Du Guesclin fermera ses portes à la rentrée prochaine (Midi Libre)
L'université de Montpellier 3, en déficit, envisage de fermer son antenne de Béziers (France 3 Languedoc-Roussillon)

- La réaction de Geneviève Fioraso : "Le site universitaire de Béziers ne fermera pas" (Le Midi Libre - 20/09/13)
- Le billet de Pierre Dubois : Montpellier 3. Fioraso et Fraisse

Camille Stromboni  |  Publié le

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