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Entretien | Politique

Béatrice Gille (rectrice de Nancy-Metz) : "L’appareil de formation doit s’adapter au nouveau visage de la Lorraine"

De notre correspondant dans l'Est, Philippe Bohlinger  |  Publié le

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Béatrice Gille, rectrice de Nancy-Metz // DR
Béatrice Gille, rectrice de Nancy-Metz // DR

Rectrice de Nancy-Metz depuis un an, Béatrice Gille dessine le portrait de cette académie décrite comme "contrastée" par le ministère. Une académie que cette ancienne inspectrice de l’IGAENR (Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche) a découverte en même tant que la fonction de rectrice.

Qu’est-ce qui vous a surpris à votre arrivée dans l’académie de Nancy-Metz, le 28 septembre 2012 ?

C’est une académie très diversifiée : d’un côté, le "sillon lorrain", très urbain, relie du nord au sud les agglomérations de Thionville, Metz, Nancy et Épinal et concentre l’activité économique. De l’autre, notre territoire est constitué de certaines parties très rurales des Vosges et de la Meuse que nous devons veiller à accompagner pour éviter des différenciations éducative et scolaire. Parallèlement, j’ai découvert une académie très riche en termes d'initiatives pédagogiques et éducatives sur lesquelles il nous faut davantage communiquer.

Quels sont les atouts de cette académie ?

Bien que quatrième académie la plus défavorisée de France si l'on regarde les catégories socioprofessionnelles, Nancy-Metz affiche des résultats aux examens du bac et du brevet autour des moyennes nationales. C’est très encourageant.

Par ailleurs, les frontières avec le Luxembourg, l’Allemagne et la Belgique demeurent une très grande richesse que nous devons exploiter : en 2012, 63% des élèves du primaire de Moselle pratiquaient l’allemand. Lancée il y a dix ans, la formation au numérique est également en avance, avec un ENT [environnement numérique de travail] commun à tous les établissements du second degré.

Quels sont ses handicaps ?

En vingt ans, la région a changé de visage : elle est en pleine reconversion économique et subit une baisse de démographie et d’attractivité. L’académie devrait perdre 16.200 élèves dans le primaire et le secondaire entre 2009 et 2015 [–4,3% des effectifs]. L’appareil de formation reste encore très lié à l’ancienne structure industrielle de la région avec beaucoup de lycées professionnels. C’est pourquoi nous travaillons en partenariat avec la région à une refonte de l’offre de formation professionnelle pour 2014. À noter que cette faiblesse peut aussi être une chance dans le contexte actuel, car la voie professionnelle est davantage valorisée.

L’appareil de formation reste encore très lié à l’ancienne structure industrielle de la région avec beaucoup de lycées professionnels

Autre caractéristique, l’académie présente un retard dans l’accès des bacheliers à l’enseignement supérieur : 71,9% en 2011, contre 74,6% en France. En effet, les jeunes Lorrains ont eu moins tendance à poursuivre leurs études en raison des opportunités d’emploi locales et frontalières. D’où l’importance du document-cadre signé le 17 octobre 2013 par le rectorat et l’université de Lorraine [UL] pour assurer le "continuum bac–3/bac+3".

Quelles sont vos priorités ?

L’accès de tous les élèves aux acquis du socle est essentiel, avec un effort particulier porté sur le primaire. Par ailleurs, dans le cadre du projet académique 2014-2018, nous allons travailler sur les enjeux évoqués plus haut : liaison bac–3/bac+3, relations avec les pays frontaliers, développement de la formation professionnelle et numérique.

Nous allons également continuer à rationaliser le maillage territorial en établissements primaires et  secondaires, car certaines classes ne sont pas remplies en raison de la baisse démographique. C’est un chantier difficile, mais qui vise à nous remobiliser sur le futur.

Par ailleurs, les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale prennent ici une dimension particulière en lien avec l’histoire de Verdun et de la Moselle. Pour le monde éducatif, c’est un grand chantier très tourné vers l’avenir. Enfin, la mise en œuvre de l’ESPÉ [école supérieure du professorat et de l’éducation] est un dossier conséquent qui sera néanmoins plus simple à adapter qu’ailleurs, en raison de la présence d’une seule université.

Dans quelle mesure l'existence de l'université unique de Lorraine est-elle bénéfique pour l’académie ?

Le recteur, chancelier des universités, est heureux en Lorraine, car il n’a qu’un seul interlocuteur universitaire. Aujourd’hui, je souhaite accompagner et soutenir ce beau challenge. D’autant que la fusion de quatre universités en janvier 2012 n’était pas un mince chantier. L’UL a été très responsable lorsqu’elle a sollicité fin 2012 un accompagnement budgétaire et financier de la part de l’IGAENR. Aujourd’hui, elle est, avec l’ENIM [École nationale des ingénieurs de Metz], un des premiers établissements en Lorraine à avoir signé un contrat de site avec le ministère.

Par ailleurs, le fait que la loi sur l'ESR du 22 juillet 2013 n'ouvre pas de chantier statutaire grâce au statut de grand établissement adopté par l'UL fusionnée est une chance : cela va nous permettre de consacrer davantage de temps et d'énergie aux chantiers de fond de l'enseignement supérieur.

De notre correspondant dans l'Est, Philippe Bohlinger  |  Publié le

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