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Entretien | Politique

Benoît Hamon : "L'enseignement supérieur et la recherche n'ont pas besoin d'un nouveau 'big bang' institutionnel"

Catherine de Coppet  |  Publié le

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USAGE UNIQUE - Benoît Hamon, candidat PS à l'élection présidentielle
Le candidat du PS propose de créer chaque année 1.000 emplois dans l'enseignement supérieur et 500 emplois dans la recherche, soit 7.500 sur la durée du quinquennat. // © Lydie Lecarpentier/REA

Revalorisation de la rémunération des enseignants-chercheurs, tronc commun en licence, hausse du budget global de l'enseignement supérieur... Dans une interview réalisée par écrit pour EducPros, Benoît Hamon, candidat PS, détaille son programme. Dernier volet de notre série d'entretiens avec les candidats à l'élection présidentielle, avant le premier tour.

Vous promettez un milliard d'euros de plus par an pour l'enseignement supérieur et la recherche. Comment comptez-vous financer cette hausse du budget ?

Cessons l'hypocrisie : on ne peut pas élever l'enseignement supérieur et la recherche au rang de priorité nationale sans en faire une priorité budgétaire. C'est un enjeu de cohérence et de responsabilité. Pour faire face à la hausse attendue du nombre d'étudiants dans les dix prochaines années, nous devons nous donner les moyens de notre ambition universitaire et scientifique. Stagner, ce serait reculer.

Dans ce contexte, sanctuariser le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche comme le proposent certains candidats conduirait à l'appauvrissement des universités et des laboratoires. Et proposer plus d'autonomie aux universités reviendrait à les laisser gérer seules la pénurie.

Je souhaite donc faire voter une loi de programmation prévoyant une augmentation du budget de l'enseignement supérieur et de la recherche à hauteur de un milliard d'euros par an pendant cinq ans, dont un tiers sera consacré à la recherche. Cela n'exclut pas l'accroissement des ressources propres des établissements, en particulier en matière de formation tout au long de la vie, que je souhaite développer à l'université.

Ce n'est pas un choix déraisonnable : tous les acteurs conviennent de la nécessité de cette inflexion budgétaire, et le budget pour 2017 est déjà en hausse de près de 850 millions d'euros. Faire ce choix de l'avenir et de la jeunesse impliquera des choix politiques et budgétaires.

Allez-vous toucher au mode de recrutement des enseignants ?

Le recrutement des universitaires est d'ores et déjà de la responsabilité des universités, qui ouvrent les postes et procèdent à la sélection des candidats. Il convient de garantir la qualité et l'impartialité des recrutements, et sans doute d'améliorer la mobilité en prévenant les risques de "localisme". Mais le vrai enjeu est ailleurs.

Le manque de reconnaissance de l'activité d'enseignement dans la carrière des enseignants-chercheurs, y compris lors de leur recrutement, est un frein à la transformation pédagogique nécessaire dans l'enseignement supérieur, et génère une incompréhension légitime des intéressés face à une injonction contradictoire : comment mieux faire réussir les étudiants quand l'investissement pédagogique s'avère finalement pénalisant dans une carrière principalement évaluée sur les travaux de recherche ? Il faut engager une véritable rénovation du métier d'enseignant-chercheur, afin de mieux évaluer la diversité de leurs missions pour mieux les reconnaître.

Vous voulez revaloriser la rémunération des enseignants-chercheurs débutants (+ 10 %) : pourquoi cette revalorisation concerne-t-elle uniquement les débutants ?

L'entrée dans la carrière des universitaires est moins attractive en France que dans d'autres pays, comme l'Allemagne. L'effort doit prioritairement porter sur l'entrée dans le métier, afin de compléter les perspectives de fin de carrière récemment créées par le gouvernement pour les maîtres de conférences.

Je souhaite créer chaque année 1.000 emplois dans l'enseignement supérieur et 500 emplois dans la recherche, soit 7.500 sur la durée du quinquennat.

Je propose la création d'un véritable régime indemnitaire pour les maîtres de conférences, et la revalorisation de la prime de recherche des chargés de recherche qui n'a pas été réellement réévaluée depuis les années 1950...

Je souhaite également créer chaque année 1.000 emplois dans l'enseignement supérieur et 500 emplois dans la recherche, soit 7.500 sur la durée du quinquennat. Le recrutement d'ingénieurs, de techniciens et de personnels administratifs permettra aussi d'alléger les tâches administratives effectuées par des universitaires et des chercheurs afin de leur redonner du temps pour réaliser leurs travaux. Des recrutements réservés permettant l'accès à l'emploi titulaire pour ceux qui ont enchaîné depuis de trop nombreuses années des contrats courts sur des emplois permanents permettront de résorber la précarité.

Les Comue redessinent le paysage de l'enseignement supérieur français. Cette réforme, issue du gouvernement auquel vous avez appartenu, va-t-elle dans le bon sens, selon vous ?

La politique de site représente un progrès pour accroître la coopération entre universités, écoles et organismes de recherche, et pour renouveler la relation entre l'État et les établissements. Elle a permis de remettre l'université au cœur de l'organisation de l'enseignement supérieur. Elle doit reposer sur des projets de formation et de recherche partagés, pas sur une injonction par le haut portant sur les modèles de gouvernance : le seul modèle de la fusion ne saurait être imposé.

Plus on a parlé "gouvernance" ces dernières années, moins on a parlé du projet pour les jeunes et le pays. Il est temps de remettre de l'ordre dans nos priorités.

Tous les établissements ont su trouver une place dans cette dynamique, à l'inverse du "gigantisme universitaire" des années 2007-2012, qui avait conduit à une concentration des moyens sur quelques-uns au nom d'une conception de l'excellence réductrice et d'une course aux classements internationaux biaisés.

Dans le prochain quinquennat, l'enseignement supérieur et la recherche n'ont pas besoin d'un nouveau "big bang" institutionnel, mais de stabilité et de simplification des structures, de temps et de moyens renforcés qui leur permettent d'innover dans la durée. Plus on a parlé "gouvernance" ces dernières années, moins on a parlé du projet pour les jeunes et le pays. Il est temps de remettre de l'ordre dans nos priorités.

Universités et écoles ne disposent pas toujours du même niveau de droits d'inscription. Êtes-vous favorable à une hausse des droits universitaires ?

Non, je m'oppose avec force à l'instauration de droits d'inscription élevés, même "progressifs" ou financés par l'emprunt. C'est une politique injuste socialement : la sélection par l'argent limite l'accès aux études pour les étudiants modestes.

Quand les droits d'inscription augmentent, les financements publics baissent. On le constate dans les pays anglo-saxons, mais aussi en France : les écoles d'ingénieurs relevant du ministère de l'Industrie qui viennent d'augmenter le coût de leur scolarité ont également vu leurs subventions de l'État diminuer ! Le faible coût des études est un avantage comparatif pour la France pour attirer les étudiants internationaux : nous devons d'ailleurs augmenter leur accueil de 25 % à l'horizon 2020 si nous ne voulons pas décrocher.

Et, contrairement aux idées reçues, le modèle français n'est pas isolé. Certains pays ont fait le choix de la gratuité, d'autres ont récemment renoncé à la hausse des droits d'inscription introduite ces dernières années. Même les États-Unis reviennent en arrière : le président Obama, Bernie Sanders et Hillary Clinton ont proposé de supprimer les frais de scolarité pour les étudiants les plus modestes, ce que l'État de New-York va mettre en place dès la rentrée 2017.

Vous prévoyez une réforme du premier cycle universitaire, avec la mise en place d'un tronc commun d'enseignement. Cela signifie-t-il que cette base sera commune avec certaines classes du lycée ?

Il faut mieux travailler l'articulation des filières du lycée et du supérieur, par l'approche de certaines disciplines dès la terminale, la préparation à d'autres méthodes de travail, l'information sur les choix d'orientation. Mais il faut surtout réformer l'organisation et le contenu des premiers cycles, pour lutter contre l'échec. Ce sera ma priorité.

Je veux que l'innovation pédagogique fasse l'objet d'un appel à projets spécifique dans le cadre des investissements d'avenir.

Je veux amplifier le décloisonnement disciplinaire lors des deux premières années de licence pour permettre une spécialisation progressive. Cela aidera l'étudiant à préciser son projet, facilitera des réorientations sans redoublement au sein de chaque grand domaine de formation, et élargira les horizons des jeunes. Il faut également engager une rénovation pédagogique, qui pourra s'appuyer sur les nouveaux emplois que je propose de créer : développement du numérique, suppression des cours en amphithéâtre en première année de licence, développement des cours en travaux dirigés, généralisation de l'évaluation des enseignements par les étudiants, formation continue et reconnaissance dans la carrière de l'investissement pédagogique des enseignants. Je veux que l'innovation pédagogique fasse l'objet d'un appel à projets spécifique dans le cadre des investissements d'avenir.

Je propose aussi d'imaginer de nouveaux parcours, adaptés à la diversité des publics : par exemple, ouvrir la possibilité de préparer une licence professionnelle en trois ans après le bac, ou créer une nouvelle voie de qualification "hors les murs" par validation des acquis de l'expérience professionnelle anticipée et accompagnée pour permettre aux bacheliers pro et techno entrés dans la vie active d'obtenir un diplôme professionnalisant.

La sélection à l'entrée de l'université agite le débat. Quelle est votre position ?

Je suis opposé à l'instauration de la sélection à l'entrée de l'université. C'est une proposition absurde sur le plan pédagogique, car on ne peut pas résumer un individu à une mention au bac obtenue à 18 ans, alors que l'on sait qu'il va faire preuve de nouvelles aptitudes par la suite. Cela revient à dire à toute une partie de la jeunesse qu'elle n'a pas droit à l'ascension sociale par les études. C'est à rebours des besoins du pays : la France ne souffre pas d'un trop-plein d'étudiants, mais plutôt d'un manque de diplômés par rapport à ses voisins !

L'orientation doit restée maîtrisée par les jeunes et leur famille, éclairée des informations utiles en amont des choix, accompagnée dès le lycée par le service public. Pour passer d'une orientation subie à une orientation choisie, je propose de renforcer l'information, d'instaurer une admission de droit en STS (section de technicien supérieur) pour les bacheliers professionnels qui le souhaitent et de doubler le nombre de bacheliers technologiques accueillis en IUT (institut universitaire de technologie).

Quelle fausse modernité que de proposer la sélection à l'université trente ans après l'échec de la réforme Devaquet ! C'est le vieux combat de ceux qui n'ont jamais accepté l'ouverture des universités aux plus modestes de ces dernières décennies.

Catherine de Coppet  |  Publié le

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