Entretien | Gouvernance

Bernard Belletante (EM Lyon) : "Toutes les écoles de management n'arriveront pas à survivre au niveau mondial dans les 10 ans à venir"

Étienne Gless  |  Publié le

1

Bernard Belletante directeur de l'EM Lyon // DR
Bernard Belletante directeur de l'EM Lyon // DR

Ancien président du Chapitre des écoles de management à la CGE, artisan de la fusion d'Euromed et BEM, Bernard Belletante a pris les rênes de l'EM Lyon début mai 2014. Il dévoile à EducPros quelques pistes de son plan stratégique en cours d'élaboration, et s'attend à une compétition renforcée dans le monde déjà très concurrentiel des business schools.

Vous revenez à Lyon dont vous étiez le directeur général adjoint il y a 12 ans avant d'aller diriger Euromed puis Kedge. Quels changements avez-vous trouvés depuis près de 2 mois que vous avez pris les rênes d'EM Lyon Business School ?

EM Lyon a particulièrement renforcé sa dimension entrepreneuriale et innovatrice. Sur le reste, je n'ai pas constaté de changements fondamentalement lourds. Je retrouve la même qualité de recherche, la même dimension internationale, la même qualité du réseau des diplômés, l'importance de l'executive education, fondamentale dans une business school.

Pouvez-vous en dire plus sur vos ambitions pour l'école et vos futurs axes stratégiques ?

C'est un peu tôt. Je présenterai les orientations stratégiques au conseil d'administration fin septembre, et je ne peux pas délivrer des infos sans les avoir données au CA. C'est très sensible, d'autant plus que l'école sort d'une crise de gouvernance... Néanmoins, je peux vous dire que nous mettrons en place un nouveau plan stratégique à l'horizon 2020, qui sera totalement orienté sur la créativité, l'entrepreneuriat et la dimension mondiale de l'école.

Nous avons un atout unique avec l'entrepreneuriat. C'est dans l'ADN de l'école. Nous avons une puissance de feu exceptionnelle en formation comme en recherche. Deux exemples parmi d'autres : notre incubateur a créé 1.200 entreprises en 30 ans, dont 955 sont en vie aujourd'hui. Sur le volet formation, nous avons monté le Global Entrepreneurship Program avec Purdue University et Zhejiang University.

Or je suis convaincu qu'on ne sortira pas de la crise économique par les très grandes entreprises. La nécessité de créer son propre job va être de plus en plus importante et cela passe par l'entrepreneuriat. L'EM Lyon sait faire et va attirer des talents sur cette nécessité. 

Le gouvernement veut développer cette culture de l'esprit d'entreprendre dans l'enseignement supérieur. Que pensez-vous du statut de l'étudiant-entrepreneur récemment créé ?

Quand les politiques bougent, c'est bien, mais ça ne sert à rien si on ne change pas l'état d'esprit. Il faut remettre de la vie, de l'envie de l'aventure dans la création d'entreprise. Le gouvernement répond par un statut ! Plus que des règles étatiques, il faut un état d'esprit qui favorise la prise de risque. Un pays qui favorise l'aventure... Dans nos enseignements, nous devons confronter davantage nos étudiants à la rupture, pour encourager la prise de risque. Nous devons pour cela leur apprendre à tuer les dogmes. Le dogme, c'est ce que vous prenez pour immuable. Mais est-ce si sûr que ça ne va pas changer ?

Dans nos enseignements, nous devons confronter davantage nos étudiants à la rupture, pour encourager la prise de risque.

Loïck Roche, qui vous a succédé à la tête du Chapitre des écoles de management de la CGE, a déclaré récemment que "si le gouvernement voulait faire du mal aux écoles de commerce il ne s'y prendrait pas autrement", en parlant notamment de la réforme de la taxe d'apprentissage. Vous souscrivez ?

Je suis d'accord. Le gouvernement voudrait faire mal aux grandes écoles (pas uniquement de management) et au secteur privé qu'il ne s'y prendrait pas autrement. C'est tout le système de la grande école qui est contesté par le gouvernement sous un prétexte d'université sociale, d'absence de sélection et tous ces principes qui nous amènent à être tous moyens. Le système éducatif français complique de plus en plus la vie des meilleurs du système. Sur les 63 business schools dans le monde qui ont la triple accréditation, il y en a 13 ou 14 françaises. Nous représentons donc  plus de 20% des écoles ayant la "triple couronne" et on nous dit que nous n'aurions pas l'excellence ! Ces écoles ne peuvent même pas utiliser le mot "master", qui a été confisqué par l'Etat.

Plus largement, comment voyez-vous évoluer le paysage des business schools dans les années à venir ?  

Nous savons nous battre et bouger. Nous ne nous enfermons pas dans un territoire et des règles nationales. Mais toutes les écoles n'arriveront pas à survivre au niveau mondial dans les 10 ans qui viennent. Vu le phénomène de polarisation en train d'apparaître, seules 3 ou 4 écoles de management françaises seront en capacité de jouer au niveau mondial. Pas plus. C'est pour ça que sont apparues Neoma, Skema ou Kedge. Mais toutes les écoles ne peuvent pas être HEC, et c'est tant mieux. Il faut préserver la biodiversité des écoles de management françaises en sachant que peu d'entre elles pourront atteindre un niveau mondial. Derrière HEC, il y a la place pour 2 ou 3 écoles de rang mondial. Et nous sommes 7 ou 8 à être intéressées à la présence mondiale. Tout le monde ne sera pas élu…

Étienne Gless  |  Publié le

1

1 commentaire
afficher plus de résultats
Laissez un commentaire :