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Entretien | Innovation

Dépasser le choc des cultures, un enjeu pour les EdTech françaises

Céline Authemayou  |  Publié le

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L'université de Montpellier a inauguré fin 2015 une fontaine numérique au sein de (S)pace.
Pour Hervé Borredon, le marché français des EdTech doit être mieux structuré pour permettre aux entreprises du secteur de se développer. // © UM - David Richard

Créée en 2012, l’Afinef regroupe 80 entreprises du secteur numérique éducatif français. Entre syndicat professionnel et lobby, cette association travaille avec le ministère de l'Éducation nationale à dépasser les freins culturels qui pèsent sur le développement économique de la filière. Le point avec Hervé Borredon, président de l'Afinef qui organise le salon EduSpot.

Hervé Borredon, président de l'AfinefPourquoi avoir créé l'Afinef (association française des industriels du numérique de l'éducation et de la formation) en 2012 ?

L'objectif était très clair : il s'agissait de fédérer l'ensemble de l'écosystème industriel français dédié au numérique éducatif, qu'il s'agisse des start-up, des petites et moyennes entreprises ou des grosses sociétés. À l'époque, 25 entreprises (Unowhy, Tralalère, Itop Education, Promethean...)  étaient à l'initiative du projet.

Cinq ans plus tard, 80 entreprises sont membres de l'association. Elles ont toutes pour dénominateur commun de travailler de manière exclusive ou via des équipes dédiées sur des services et des produits pour le numérique éducatif. Ces entreprises sont françaises ou disposent d'une activité économique en France, liée à l'éducation. C'est pourquoi Microsoft, Intel ou encore Texas Instruments figurent parmi nos membres.

En fédérant la filière, nous avons voulu devenir un interlocuteur unique auprès des pouvoirs publics, en premier lieu desquels le ministère de l'Éducation nationale. Ce dernier avait alors un vrai problème : il voyait apparaître de plus en plus d'acteurs face à lui, sans avoir forcément d'interlocuteurs identifiés et unifiés.

En voulant rendre plus visible cette filière, l'objectif était, on l'imagine assez bien, de l'aider à se développer ?

Bien entendu. En France, le secteur du numérique éducatif compte surtout des petits acteurs. Les plus gros étant malheureusement des filières de groupes internationaux.

Nous avons des entreprises de grande valeur, aux savoir-faire technologiques et pédagogiques reconnus, on le voit chaque année au Bett show [salon mondial dédié aux technologies de l'éducation]. Ce savoir-faire est présent nulle part ailleurs. Pourtant, nous avons toujours du mal à le développer...

En France comme à l'international ?

Oui. Le développement de l'écosystème passe d'ailleurs par ces deux axes. En France, le marché doit se structurer. Le plan numérique pour l'éducation aide à avoir une vision plus claire et nous espérons que les efforts seront poursuivis.

Les entreprises françaises s'attaquent soit à l'international, soit à la France, mais elles ont du mal à mener de front les deux.

Quant à l'international, à l'image de ce que peuvent faire les Anglo-saxons, nous devons y aller ensemble, groupés. Finalement, les entreprises du secteur sont assez peu concurrentes, malgré quelques zones de recouvrement. Voilà pourquoi nous avons signé une convention avec Business France pour développer ces initiatives.

En France comme à l'international, il y a du potentiel. Mais aujourd'hui, les entreprises françaises s'attaquent soit à l'international, soit à la France, mais elles ont du mal à mener de front les deux. Nous voulons changer ce paradigme.

Les acteurs du secteur s'accordent à dire que le marché français est caractérisé par des structures souvent sous-capitalisées. Partagez-vous cette analyse ?

En effet, mais ce n'est qu'une partie seulement de la problématique. Il y a aussi des enjeux culturels à prendre en compte. Si je schématise, aujourd'hui, les entreprises sont très aidées sur le plan de la recherche. Nous avons une R&D de très haut niveau et très bien financée, que ce soit par l'État ou par différents organismes. Mais ensuite, nous avons du mal à transformer, à gagner des marchés : nous nous heurtons à l'incompréhension des autres acteurs, à un problème de culture.

Nous organisons par exemple sur EduSpot des formations pour accompagner les gestionnaires de l'académie de Versailles à l'achat de services numériques. Ils ne savent pas toujours comment procéder, sur le plan administratif. Acheter un outil numérique n'est pas aussi évident qu'acheter des ramettes de papier.

Pour que ce marché se fluidifie, un certain nombre de barrières et de freins doivent être levés, qui sont de l'ordre de l'organisation...

Cette situation n'est-elle pas intimement liée au système français et à son organisation ?

Certes... Objectivement, depuis cinq ans, les choses vont dans le bon sens, notamment grâce à la création, au sein du ministère, de la DNE (direction du numérique pour l'éducation).

Il y a cinq ans, on s'émerveillait d'un prof qui utilisait la dernière nouveauté. Aujourd'hui, l'approche est moins geek et gadget.

Sur le terrain, les élus comprennent ce qu'est le numérique, que les tablettes c'est bien, mais que cela ne suffit pas ! Quant aux enseignants, il y a de moins en moins de réticence de leur part. Certains sont plus avancés que d'autres dans leur pratique, d'autres ont besoin de comprendre ce qu'ils pourraient faire des nouveaux outils proposés.

Il y a cinq ans, on s'émerveillait d'un prof qui utilisait la dernière nouveauté. Aujourd'hui, l'approche est moins geek et gadget. On ne fait pas du numérique pour faire du numérique : il y a un vrai questionnement sur ce que son utilisation apporte à l'enseignant, ainsi qu'à l'élève.

L'objectif reste pour vous de vendre vos services et vos outils...

En effet, nous sommes tous là pour gagner de l'argent ! Mais cela n'est pas une raison pour laisser faire tout et n'importe quoi...

Depuis quelques années, les appels à projet et appels d'offres ministériels se multiplient. Selon vous, est-ce une bonne chose pour dynamiser et aider le secteur ?

C'est intéressant, mais ensuite, encore faut-il qu'il y ait un marché actif. Nous avons de très beaux produits, et nous nous apercevons, quand on les montre au Bett, qu'il y a peu d'équivalents dans le monde. Mais aujourd'hui, les entreprises ont du mal à décrocher des marchés en en France.

Nous demandons, et nous sommes entendus, que les prochains appels à projets comportent une phase de R&D mais également une commande ferme de l'État, afin de déployer le produit lauréat dans les établissements. Nous avons rencontré le CGI (Commissariat général à l'investissement), le numérique est l'un des points importants du PIA3, nous sommes confiants.

Avoir le ministère comme principal interlocuteur, est-ce finalement un avantage ou un inconvénient ?

Dans la plupart des segments qui nous concernent, le ministère n'est que prescripteur. Les financeurs sont les collectivités. Et c'est là toute la complexité de notre secteur : l'utilisateur final – l'étudiant, le collégien, l'élève – n'est pas du tout le client. Il faut donc aligner les demandes et les besoins des utilisateurs, du ministère, à travers le rectorat, et des collectivités. Et cela peut être long...

Organisé du 8 au 10 mars à l'initiative de l'Afinef avec le soutien du ministère de l'Éducation nationale, le salon EduSpot réunit les acteurs de l'éducation et de la formation numériques.

Céline Authemayou  |  Publié le

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