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Entretien | International

Coopération France - Etats-Unis : «Les MOOCs renouvellent les conditions des partenariats internationaux»

De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon  |  Publié le , mis à jour le

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Émilienne Baneth-Nouailhetas et Camille Peretz, attachées pour la coopération universitaire à l’ambassade de France aux États-Unis // © J. Gourdon Émilienne Baneth-Nouailhetas et Camille Peretz, attachées pour la coopération universitaire à l’ambassade de France aux États-Unis // © J. Gourdon

Place du français dans les universités américaines, mobilité étudiante, développement des MOOCs (massive open online courses), big data… Camille Peretz et Émilienne Baneth-Nouailhetas, attachées pour la coopération universitaire à l’ambassade de France aux États-Unis, évoquent les enjeux actuels de la coopération universitaire franco-américaine.

Comment se portent les partenariats entre établissements français et américains ?

Les initiatives sont nombreuses, et les relations restent très importantes. Nos programmes, comme le PUF ou les bourses Chateaubriand [voir encadré] suscitent chaque année de plus en plus d’intérêt, et nous menons des actions fortes pour développer des doubles diplômes. Il faut dire que l’image de la France dans le milieu universitaire américain est très bonne.

Certaines universités américaines suppriment des cours ou des filières en français. Comment l’expliquer ?

Des départements de langues ferment, mais cela ne concerne pas seulement le français : des langues comme le russe ou l’allemand sont aussi touchées. Cette tendance dure au moins depuis dix ans, et touche tous les types d’établissements. Par exemple, la grande université Rice, à Houston, ne propose plus de master en français. Pour les étudiants américains, l’Europe n’est plus une destination incontournable. La Chine, le monde arabe, l’Amérique du Sud ont pris le relais.

Ces suppressions sont aussi le reflet de contraintes budgétaires que subissent les universités américaines, et des difficultés que connaissent, plus généralement, les SHS aux États-Unis.

Les étudiants américains sont-ils toujours intéressés par des études en France ?

Le nombre d’étudiants américains en France était de 17 000 en 2010-2011, selon les derniers chiffres de l’Institute of International Education, en légère érosion de 0,8%. La France reste la quatrième destination pour les étudiants américains.

J’ajoute que leur mobilité en France a une particularité : beaucoup de ces jeunes viennent pendant leur «undergraduate» [licence], dans ce que nous appelons des «programmes insulaires». C’est-à-dire des antennes délocalisées de leurs universités. Il en existe une vingtaine en France. La plupart sont à Paris, mais il en existe à Aix, Nantes, Angers. Ces étudiants, en majorité des jeunes femmes, suivent des cours généralement en anglais, parfois par des professeurs qui font le voyage. C’est une tradition culturelle qui remonte au début du XXe siècle, une expérience qui fait partie de la formation à l’américaine.

Pour les étudiants américains, l’Europe n’est plus une destination incontournable


Aux États-Unis, on parle énormément des MOOCs. Quel regard portez-vous sur le développement de ces cours en ligne, et quelles questions soulèvent-ils ?

C’est un sujet que nous suivons de près. Les MOOCs vont bouleverser la donne de l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Jusqu’ici, on se centrait sur la mobilité des étudiants. Demain, il est possible que les MOOCs renouvellent les conditions de cette mobilité et des partenariats internationaux. Les MOOCs vont surtout influencer les stratégies de marque des universités, qui pourront déployer leurs cours à l’échelle internationale. Ils vont aussi permettre de créer de nouvelles pédagogies. Quand 150 000 étudiants à travers le monde suivent un même cours et passent un même examen, cela permet d’analyser des données massives sur les méthodes mises en œuvre.

En attendant, certaines questions se posent, comme celle du retour sur investissement. La mise en ligne d’un cours peut couter 50 000 $. Harvard et le MIT ont mis chacun 30 millions de dollars pour lancer leur plate-forme commune. Ce n’est pas à la portée de tout le monde.

Y a-t-il d'autres tendances liées au numérique que vous suivez en particulier ?

Il est certain que le sujet du big data est très important pour nous, tout comme celui des humanités numériques [un domaine à l’intersection des SHS et de l’informatique]. Nous allons proposer un colloque franco-américain sur l’enseignement universitaire au XXIe siècle qui se concentreront sur ces deux questions.


Coopération universitaire : les outils de l’ambassade de France aux États-Unis

Le PUF (Partner University Fund). Financé par des donateurs privés et la fondation Mellon, le PUF soutient chaque année entre 10 et 15 nouveaux projets impliquant un établissement français et un établissement américain, pour trois ans (recherche, création de formations, échanges etc.). Les sommes peuvent atteindre 80 000 dollars par an, le double pour les SHS. Depuis son lancement en 2007, le PUF reçoit une centaine de candidatures par an.

• Les "centers for excellence". 18 universités américaines sont labellisés Center for Excellence par l’Ambassade de France. Elles reçoivent des financements sur appel à projets. Les sommes peuvent aller jusqu’à 30 000 $ par an.

Les bourses Chateaubriand. Elles sont destinées à des doctorants américains pour financer leurs recherches en France. Le montant est d’environ 1 500 € par mois, pour un ou deux semestres. L’année dernière, 16 bourses ont été attribuées en SHS, parmi 121 postulants.

Les bourses Benjamin-Franklin. Ces bourses de 1 500 $ sont accordées à des étudiants américains en licence qui veulent effectuer un échange en France. Elles seront octroyées pour la première fois en 2013.

Le détail de tous ces programmes sur le site des services culturels de l'Ambassade de France aux Etats-Unis.



De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon  |  Publié le , mis à jour le

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