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Entretien | Politique

Éric Martin (recteur de Besançon) : "Nous menons auprès des lycées des actions qui dépassent la simple information sur les filières"

Camille Pons  |  Publié le

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Eric Martin, recteur de Besançon © rectorat de Besançon
Eric Martin, recteur de Besançon © rectorat de Besançon

À l’occasion du train de l'orientation, qui passe à Besançon le mercredi 27 novembre 2013, Éric Martin, recteur de Besançon depuis le 24 mars 2010, fait le point pour EducPros sur ses priorités : développer le numérique pour permettre une pédagogie différenciée et mettre en place davantage d'activités éducatives dans des zones éloignées des centres urbains, mais aussi renforcer la liaison lycée-université.

Vous étiez président de l'université de Bretagne Sud, vous êtes devenu recteur de l'académie de Besançon. Qu'est-ce qui vous a frappé à votre arrivée ?

Une disparité territoriale considérable, économique et sociale, avec des territoires marqués par une pauvreté rurale, notamment en Haute-Saône, d'autres par une pauvreté urbaine, là où sont concentrées en zones périphériques les secondes générations de familles issues de l'immigration, alors que l'on constate une certaine aisance sur la frontière suisse.

Ce contexte influe sur les formes d'éducation et l'offre de formation. Les zones transfrontalières se sont spécialisées dans le domaine du luxe et des services à la personne, Morteau (25) est l'un des pôles de formation les plus importants dans les domaines de bijouterie et de l'horlogerie, Morez (39) s'illustre par son pôle consacré à la lunetterie alors que l'ENILBIO (École nationale d'industrie laitière et des biotechnologies) de Poligny (39) répond aux besoins d'un territoire rural assez riche. Quant à l'offre de l'aire urbaine de Belfort-Montbéliard, elle est en lien avec la présence de l'industrie, la part des salariés de ce secteur dans l'emploi régional étant l'une des plus fortes de France (30%).

Quels sont vos grands chantiers ?

Le contrat d'académie que j'ai signé le 12 novembre 2013 conforte la volonté de continuer à structurer l'école afin d'établir une équité d'éducation dans les différents territoires, en compensant les manques en matière d'activités éducatives (sport, culture…), notamment dans les zones rurales. Car c'est la dimension éducative qui étaie la réussite scolaire. À l'image de La Bulle [architecture nomade qui invite à des rencontres avec le spectacle vivant, ndlr], qui apporte la culture dans les écoles des territoires ruraux de Haute-Saône.

Nous avons également conventionné avec des maires ruraux de Haute-Saône et du Jura pour développer le numérique à l'école. Une orientation sur laquelle j'ai été très volontaire car le numérique permet la différenciation pédagogique dans la classe et revêt une forme de bienveillance puisqu'il donne à l'élève le droit à l'erreur sans être exposé au "regard-sanction". J'ai relancé le développement de l'ENT et tous les collèges et lycées en seront équipés en 2014. 1.000 enseignants ont été formés en 2012, 3.000 en 2013, et nous continuerons sur le même rythme.

Dans quelle mesure la liaison entre le lycée et l'enseignement supérieur constitue-t-elle ici un enjeu important ?

L'académie représente 1,8% des élèves scolarisés en France, mais seulement 1,4% des étudiants. Le travail pour augmenter l'accès à l'enseignement supérieur est d'autant plus nécessaire que le territoire concentre un taux important de jeunes issus de familles défavorisées (37% en prébac et 36,5% en postbac). Or, il est plus difficile d'avoir une représentation d'un métier de cadre quand on est issu d'une famille où personne ne l'est.

Nous avons élaboré des chartes, d'abord avec les filières technologiques, pour que soient menées auprès des lycées des actions qui dépassent la simple information sur les filières et permettent de montrer aux élèves quelles sont les exigences pédagogiques dans le supérieur. Des lycéens peuvent assister à des cours en immersion à l'université, bénéficier d'interventions d'enseignants du supérieur, préparer des projets en binôme avec des étudiants au sein de nos cinq plateformes technologiques. Ces projets leur permettent de se rendre compte qu'ils ont la capacité à réaliser des choses.

L'académie représente 1,8% des élèves scolarisés en France, mais seulement 1,4% des étudiants

Quels sont les points forts de l'enseignement supérieur de votre académie ?

La part d'étudiants en formation d'ingénieur est l'une des plus fortes en France, 5,9 % contre une moyenne nationale de 3%. Cela s'explique certainement par la présence du pôle des microtechniques de Besançon, du pôle transport et énergie de l'aire urbaine de Belfort-Montbéliard et du plus grand laboratoire en sciences de l'ingénieur, le FEMTO-ST (Franche-Comté électronique mécanique thermique et optique - sciences et technologies).

Nous hébergeons également des équipes de recherche en sciences médicales : certaines ont décroché des Investissements d'avenir, notamment à l'ISIFC (Institut supérieur d’ingénieurs de Franche-Comté), qui délivre un diplôme d’ingénieur spécialisé dans le secteur biomédical, une formation originale car elle se situe à l'interface de deux disciplines. Le Centre de linguistique appliquée est également une référence dans son domaine.

Camille Pons  |  Publié le

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