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Entretien | Politique

G. Roussel : "Vu la gravité de la situation dans les universités, ça risque de craquer"

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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Des étudiants de l'université Paris 3 // © Sorbonne-Nouvelle / E.Prieto
Pour la CPU, chaque université devra fixer ses prérequis pour l'entrée en licence. // © Sorbonne-Nouvelle / E.Prieto

De la mise en œuvre de prérequis à l'entrée de la licence à la question du budget dans les universités, Gilles Roussel, président de la CPU et de Paris-Est-Marne-la-Vallée, et Fabienne Blaise, membre du bureau de la CPU et présidente de Lille 3, reviennent sur les propositions qu'ils viennent de publier. Une "base d'échanges" avec le futur gouvernement.

Gilles Roussel, président de l'université Paris-Est Marne-la-ValléeLa CPU (Conférence des présidents d'université) a publié, mardi 2 mai 2017, 84 propositions qui doivent servir de "base" aux futurs échanges avec le prochain gouvernement. Comment ces propositions ont-elles été élaborées ? Sont-elles partagées par l'ensemble des membres de la conférence ?

Gilles Roussel : Ces propositions découlent des nombreux débats qui se sont tenus en plénière, ou lors du colloque de la CPU en mars 2017. L'objectif était d'atteindre un consensus qui ne soit pas mou.

Fabienne Blaise : Ce document est issu d'une concertation. Il n'y a pas eu de vote, mais il y a un accord de l'ensemble des présidents - quelles que soient leurs tendances - autour de ces propositions.

Vous y dénoncez la pratique du tirage au sort et souhaitez la mise en place de prérequis à l'entrée des licences. Il existe donc un consensus, parmi les présidents, sur le fait que l'université doit devenir sélective ? En quoi consisteraient ces prérequis ?

Gilles Roussel : Oui, il y a un consensus sur la nécessité de prérequis car ce n'est pas à la licence de faire face, seule, à l'afflux d'étudiants. Concrètement, les universités pourraient regarder une ou des notes du bac, des notes de contrôle continu, ou encore vérifier que l'étudiant qui souhaite s'inscrire en Staps a un niveau minimum en sport. Mais dans tous les cas, les établissements doivent être libres de fixer ces prérequis de manière autonome, pour chacune de leur licence.

Si cette réforme venait à être mise en œuvre, plutôt qu'un grand soir, nous aimerions privilégier des expérimentations, à partir de la rentrée 2018. Dans ce scénario, l'État devra aussi réaliser une évaluation a posteriori. Si, par exemple, une université a pour objectif d'accueillir les étudiants du territoire, mais qu'en réalité, la majorité des effectifs viennent de l'autre bout de la France, c'est qu'il y a un problème.

Fabienne BLAISE - Présidente de l'université  Lille 3

Fabienne Blaise : Contrairement à ce que vous dites, les prérequis ne constituent pas une sélection. La sélection, c'est ce que font les prépas ou les grandes écoles, en regardant un dossier en détail et en n'acceptant qu'un petit nombre d'étudiants. 

Il s'agira plutôt de s'assurer que l'étudiant a les bases nécessaires pour réussir. Le système actuel est à bout de souffle, ce dont témoigne la pratique du tirage au sort, violente et bête.

Vous écrivez que "l'État doit être plus stratège" et que le contrat passé avec l'établissement doit constituer "une véritable feuille de route politique". L'État ne fixe pas donc assez clairement les grandes orientations de chaque établissement ? N'est-ce pas en contradiction avec l'autonomie des universités que vous souhaitez accroître ?

Gilles Roussel : Les établissements membres de la CPU participent au service public de l'enseignement supérieur et de la recherche. Nous y sommes attachés et ne souhaitons pas une dérégulation du système. Nous sommes favorables à un cadrage de l'État, à des orientations politiques plus précises, mais en revanche, nous voulons être libres dans la manière de les atteindre.

L'autonomie n'est absolument pas contradictoire avec un État puissant, bien au contraire. Au lieu de s'impliquer dans notre cuisine interne, l'État ferait mieux de nous fixer des objectifs clairs. Nous manquons d'un État ayant une vision globale.

Emprunter est une condition sine qua non à une meilleure gestion par les universités de leur patrimoine immobilier.
(G. Roussel)

En matière de financement, vous demandez une augmentation du budget de l'ESR d'un milliard d'euros par an et insistez sur la nécessité des financements récurrents. Quel bilan faites-vous de la politique de financement par projet lancée depuis le premier PIA (programme d'investissement d'avenir) ?

Gilles Roussel : Première chose, les financements PIA ne doivent pas remplacer les financements récurrents. Lorsque j'entends des collègues dire que s'ils perdent leur Labex, ils ne pourront pas travailler, c'est inadmissible. C'est pourquoi nous demandons un milliard d'euros d'augmentation du budget, au moins.

Mais parallèlement, la logique des appels à projets a aussi produit des effets positifs. Je suis convaincu que si les sommes du PIA avaient été versées en financements récurrents, les effets de transformation n'auraient pas été les mêmes. Jusqu'alors, le ministère ne nous demandait pas d'être créatifs. Bien au contraire, on s'autocensurait beaucoup car on savait que toute idée nouvelle risquait de ne pas rentrer dans le cadre et d'être rejetée.

Les PIA, à l'inverse, ont permis d'accélérer la transformation des universités, en favorisant les travaux pluridisciplinaires et les rapprochements entre universités et écoles. Mais c'est précisément pour étudier ces effets que nous demandons un bilan détaillé de ces actions.

Fabienne Blaise : Il faudra aussi avoir un regard critique sur le rythme imposé, qui a épuisé les équipes, car derrière chaque réponse à un appel à projet, il y a des réformes profondes.

Aucun des candidats ayant atteint le second tour de l'élection présidentielle ne propose l'augmentation du budget que vous demandez. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Gilles Roussel : Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Avec 361.000 étudiants supplémentaires d'ici à 2025, il faudra bien que l'État mette de l'argent sur la table. Si le futur président de la République ne prend pas rapidement conscience de la gravité de la situation, ça risque de craquer très vite. Et nous dire d'aller chercher de l'argent auprès des entreprises, vu les montants en jeu, ce n'est pas crédible.

Vous demandez également que les universités aient le droit d'emprunter. Pour quelles raisons ?

Gilles Roussel : Certaines universités paient aujourd'hui des loyers exorbitants de manière récurrente, alors que si elles avaient pu emprunter, elles seraient déjà propriétaires de leurs locaux et pourraient mieux les mettre en valeur, les aménager ou les louer. Avoir la capacité d'emprunter est une condition sine qua non à une meilleure gestion par les universités de leur patrimoine immobilier.

En matière de regroupements, au-delà de l'assouplissement du cadre législatif actuel, vous soulignez également la nécessité de pouvoir constituer des réseaux thématiques...

Gilles Roussel : Oui, la CPU demande clairement que le cadre législatif actuel soit assoupli, le modèle de la Comue étant beaucoup trop contraignant. Mais par ailleurs, nous soulignons le fait que la coopération ne doit pas seulement se faire à l'échelle d'un territoire donné. Les universités doivent aussi réfléchir de façon non territoriale autour de réseaux thématiques, notamment en ce qui concerne les disciplines rares.

Les prérequis ne constituent pas une sélection.
(F. Blaise)

En matière de ressources humaines, vous demandez la suppression de la procédure de qualification par le CNU (Conseil national des universités). Pour quelles raisons ?

Gilles Roussel : Cette procédure ne sert à rien car elle ne prévient aucun des maux qu'elle est censée combattre. Par exemple, dans certaines disciplines le nombre de thésards qualifiés est inférieur au nombre de postes, afin de favoriser les mutations d'enseignants-chercheurs déjà en poste.

Par ailleurs, cette procédure déresponsabilise, les comités de sélection des universités. Si le doctorat est un diplôme reconnu, alors son obtention doit être suffisante pour candidater à des postes de maîtres de conférences. Le comité de sélection est ensuite capable d'examiner un dossier et de faire passer un entretien.

Fabienne Blaise : Je serais un peu plus nuancée. Une telle réforme suppose une très forte responsabilisation des comités de sélection, qui devront prendre la mesure de leur rôle. Cela devra passer par le fait de faire appel à des experts externes et par des politiques de recrutement claires.

Vous proposez également de modifier le statut des enseignants-chercheurs afin que leurs obligations de travail ne soient pas calculées en nombre d'heures, mais de crédits. Comment fonctionnerait ce système ?

Gilles Roussel : L'idée est de sortir d'une logique comptable du nombre d'heures d'enseignement en face-à-face. Ce qui compte c'est le nombre de cours enseignés, quelle que soit la modalité pédagogique, qu'il s'agisse de présentiel ou de cours à distance. Cela permettrait de diversifier les modalités d'apprentissage d'une formation.

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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