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Entretien | Insertion pro

Melchior Salgado : "Le diplôme d'étudiant-entrepreneur réunit le philosophe et l'ingénieur"

Étienne Gless  |  Publié le

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Melchior Salgado, maître de conférences HDR en entrepreneuriat à Lyon 1 et  responsable pédagogique du diplôme d'étudiant-entrepreneur (D2E) au sein de l'Université de Lyon.
Melchior Salgado, maître de conférences HDR en entrepreneuriat à Lyon 1 et responsable pédagogique du diplôme d'étudiant-entrepreneur (D2E) au sein de l'Université de Lyon. // © Pepite BeeLys

L'Université de Lyon vient de délivrer ses premiers diplômes d'étudiant-entrepreneur. Face à un public hétérogène, tant en termes de profil que de projet, la Comue a privilégié le parcours à la carte. Bilan d'étape avec Melchior Salgado, responsable pédagogique du D2E lyonnais.

Fin mars 2016, l'Université de Lyon a délivré ses premiers D2E à 35 étudiants. Quel bilan dressez-vous de cette première promotion d'étudiants-entrepreneurs ? 

Le diplôme d'étudiant-entrepreneur (D2E) a été monté en janvier 2015. L'objectif de cette formation est de faire acquérir ou monter en compétences les jeunes pour qu'ils maîtrisent le processus d'entrepreneuriat. Nous les aidons à affiner leur projet de création ou de reprise d'entreprise par de la mise en situation. 

Nous avions reçu 90 candidats en 2015. Sur 71 étudiants entrés en formation pour préparer ce diplôme, 35 ont été diplômés. Cinquante sont allés en fait au bout du processus mais certains seront diplômés plus tard car ils ont encore besoin d'acquérir certaines compétences et de parfaire leur formation. Cette formation s'ajoute à la formation initiale des étudiants. Ceux qui arrêtent en cours de route se rendent compte que leur rêve de création d'entreprise ne peut se concrétiser mais ils ont tout de même été sensibilisés à l'entrepreneuriat.

Quel est le profil de ces étudiants-entrepreneurs ?

Pour la première promotion, sur les 90 candidats nous avions 20% de filles et 80% de garçons. La proportion de filles monte à 25% cette année. Surtout nous comptions en 2015 60 % d'étudiants et 40% de jeunes diplômés. Ces derniers doivent en effet impérativement s'inscrire au D2E pour pouvoir bénéficier du statut d'étudiant-entrepreneur. Cette année pour la deuxième promotion, nous comptons encore plus de  jeunes diplômés : ils représentent la moitié des effectifs. 

Côté formation d'origine, les profils sont en fait très divers et vont de bac+1 au doctorat, de l'étudiant en philosophie à l'élève ingénieur mécanicien en alternance. C'est logique : l'Université de Lyon rassemble 19 universités, écoles instituts, et établissements d'enseignement supérieur et le diplôme est commun à toute la Comue.

On ne doit pas juger le D2E sur le simple critère de la création d'entreprise après la formation. Son but est de diffuser une culture entrepreneuriale.

Comment répondez-vous aux besoins d'un public aussi hétérogène ? 

Nous proposons un parcours à la carte. Un élève ingénieur en mécanique a un besoin évident d'acquérir des compétences en marketing, en modèles d'affaires, etc. Un étudiant en gestion à l'IAE est au contraire déjà familiarisé avec un plan de financement prévisionnel ou un compte de résultat. 

Chaque étudiant bénéficie d'un accompagnement personnalisé par un académique et un professionnel. Ces deux mentors définissent avec le jeune un parcours d'apprentissage à la carte tenant compte de son profil d'études et de l'avancement de son projet de création d'entreprise. Car si certains en sont au simple stade de l'idée, d'autres en sont déjà à celui de la commercialisation. En fonction de son profil, l'étudiant reçoit une feuille de route qui donnera lieu à un livrable : un étudiant en phase de démarrage de projet à l'issue de sa formation au D2E se verra délivrer un "Go/No go" pour décider de se lancer ou non. Un autre plus avancé devra avoir finalisé son business plan ou son prototype, etc.

Le D2E est une formation inter-établissements. Comme vous êtes 19 au sein de la Comue, comment avez-vous organisé la formation ?

Les étudiants-entrepreneurs suivent des séminaires de formation en présentiel essentiellement le samedi. À 19 établissements, difficile de trouver une plage horaire commune hors le samedi. Ces neuf séminaires en présentiel portent sur les basiques de l'entrepreneuriat : l'idée d'innovation, la proposition de valeur, les business modèles, l'étude de faisabilité financière, les ressources humaines et juridiques…

La formation comprend aussi 18 modules "hors les murs" qui peuvent prendre la forme de lectures, de vidéos en ligne – bientôt de Mooc – et de participation à des événements dans la région au sein de l'écosystème d'accompagnement à la création d'entreprise, comme Campus création.

On imagine qu'au sein de la Comue certains établissements sont moins sensibles que d'autres à l'entrepreneuriat chez les étudiants ?

Certains établissements de l'Université de Lyon spécialisés en gestion n'ont pas de problèmes avec l'entrepreneuriat, comme l'IAE de Lyon, d'autres découvrent. Mais ce qui est positif, c'est de constater que nous avons réussi à fédérer une communauté d'enseignants et de professionnels autour de l'entrepreneuriat. 

Combien d'étudiants diplômés créent leur entreprise aujourd'hui ?

On ne doit pas juger le D2E sur le simple critère de la création d'entreprise après la formation. Certains jeunes créeront plus tard, d'autres resteront salariés mais auront développé des compétences "intrapreneuriales" et feront de bons "business developers" au sein d'entreprises existantes. Son but est de diffuser une culture entrepreneuriale.

29 guichets uniques pour étudiants entrepreneurs 
Peips Paris Saclay, Hesam Entreprendre, PSL Pepite, Beelys... En 2014, ont été lancés les 29 Pôles étudiants pour l'innovation, le transfert et l'entrepreneuriat (Pepite). Ces guichets uniques d'accueil au sein de l'enseignement supérieur pour toutes les questions relatives à l'entrepreneuriat sont financés par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, des PME et la Caisse des dépôts. Leur rôle est double : coordonner et mutualiser les formations à l'entrepreneuriat pour les bénéficiaires du statut d'étudiant-entrepreneur et accompagner les projets de création portés par les étudiant(e)s et jeunes diplômé(e)s.
Lire le témoignage d'un étudiant-entrepreneur du D2E de Lyon sur Letudiant.fr

Étienne Gless  |  Publié le

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