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Entretien | Formations, Gouvernance

Jacques Ginestié : "La mise en place rapide des Espé a été douloureuse mais efficace"

Erwin Canard  |  Publié le

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Formation à l'Espé d'Aix-Marseille
Réunies en réseau, les Espé font cette année leur quatrième rentrée. // © Espé Aix-Marseille

Les Espé s'apprêtent à vivre leur quatrième rentrée. Jacques Ginestié, président du réseau national des Espé et directeur de celle d’Aix-Marseille, estime que leur fonctionnement s'améliore chaque année, même si plusieurs chantiers restent à ouvrir.

Jacques Ginestié, directeur ESPE Aix Marseille

En cette période de rentrée, quel bilan tirez-vous des trois premières années d'existence des Espé (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation) ?

Il est très positif, car ce n’était pas gagné d’avance. Associer universitaires et professionnels n’allait pas de soi et n’avait d’ailleurs jamais été réalisé auparavant. Ce sont deux univers avec des cultures et des conceptions de ce qui est bon pour la formation des enseignants très différentes. Il y a ceux qui pensent qu’enseigner va de soi quand on a les compétences universitaires et ceux qui défendent une formation exclusivement professionnelle, de type école normale.

Aujourd'hui, on peut se dire que c’est déjà bien d’être arrivé à mettre autour d’une table, que ce soit nationalement ou localement, des acteurs aux positions aussi tranchées. Plus personne n’imagine remettre en cause qu’enseigner s’apprend dans un équilibre entre maîtrise des savoirs et maîtrise du rôle d’acteur du système éducatif. Il y a toujours des désaccords, mais un dialogue s’est établi.

Quels sont les chantiers de cette rentrée pour les Espé ?

Nous allons déjà pouvoir poser les valises et nous stabiliser. Il reste toutefois bien des chantiers. La question du tronc commun et de son organisation est encore fragile, selon ce qu’en disent les étudiants. Il y a également tout un travail à poursuivre sur le pilotage des Espé. Il ne faut plus simplement des déclarations d’intention mais que chacun mette des moyens dans le projet académique.

Quid de la place de la recherche en éducation dans les universités et du rôle des Espé dans ce dossier ?

C’est en effet le gros chantier auquel il faut s’attaquer, et ce n’est pas une mince affaire, car cela suppose notamment une restructuration au sein des universités. Il faut construire un rapport plus étroit entre recherche, formation et terrain. Si nous formons des enseignants jusqu’en master, cela implique de former des professionnels de haut niveau et non des exécutants. La place de la recherche est donc évidente.

Si nous formons des enseignants jusqu’en master, cela implique de former des professionnels de haut niveau et non des exécutants.

Mais nous en revenons là à la question des cultures très éloignées, qui n’ont pas le même regard vis-à-vis de la recherche. Un exemple : le rôle du mémoire. Il ne peut pas être uniquement un rapport de stage mais doit être une réflexion sur les pratiques, un travail de recherche bibliographique afin que l’étudiant se rende compte qu’il n’est pas le seul à être confronté à ce problème. Mais les choses sont en train de bouger, avec la création de fédérations de recherche ou d'organisations locales autour de laboratoires.

Qu’en est-il de la formation continue ?

La formation continue est un des autres dossiers importants qu’il va falloir travailler. C’est le statu quo depuis trois ans alors qu'elle est l'un des volets des Espé. La formation continue n’est pas à la hauteur en France et nous devons nous demander qui doit la faire, combien de temps et comment.

Quel est votre regard sur les cursus de préprofessionnalisation en licence et d’alternance en M1 qui se mettent en place ?

Il est important d’avoir un accompagnement dans l’orientation des étudiants en licence, si nous ne voulons pas un fort taux d’échec.

Concernant les apprentis-professeurs, la vraie question est : quelles sont leurs chances de réussir au concours s’ils doivent gérer leur M1, la préparation du concours et leur rôle d’apprenti-professeur ? Une des solutions pourrait être que les apprentis-professeurs soient dispensés d’épreuve d’admissibilité

De façon plus globale, se pose la question du concours enseignant : il n’est peut-être pas le type de recrutement le plus adapté. Nous sommes dans une situation caricaturale où il n’y a que très peu d’échecs après l’année de stage, alors que c’est la pratique qui devrait être la véritable évaluation. C’est une chose de dire, lors d’un oral, ce qu’il faut faire dans une situation donnée, et le faire réellement.

Le concours enseignant n'est peut-être pas le type de recrutement le plus adapté. 

Quelle est la situation de l'Espé de Versailles, où des problèmes, notamment de gouvernance, ont marqué les années précédentes ?

À Aix-Marseille [Jacques Ginestié est directeur de l’Espé d’Aix-Marseille], la décision pour savoir si l’Espé serait intégrée à Aix-Marseille Université ou à l’université d’Avignon a été très facile à prendre. Quand plusieurs grandes universités ont chacune des intérêts à défendre, comme à Versailles, c’est plus compliqué. Mais, désormais, une amorce de solution est en passe d’être construite. En 2015-2016, beaucoup d'initiatives ont été menées et une meilleure cohérence dans l’organisation entre les différents partenaires a été établie. Et puis, il y a désormais un directeur !

De nombreux problèmes de fonctionnement ont donc émaillé ces trois années d'existence des Espé. N’était-il pas possible de faire autrement ?

On peut toujours faire mieux. Au moment de créer les Espé, nous aurions pu prendre une année de réflexion, réunir les acteurs pour discuter. Mais, connaissant le système français, il ne se serait rien passé et, aujourd’hui, nous discuterions toujours. Le choix a été fait de mettre en place les Espé rapidement. Ce choix est certes assez douloureux à court terme mais réaliste et beaucoup plus efficace à long terme.

Que vous inspire, du point de vue des Espé, la prochaine élection présidentielle ?

La mise en place des Espé a été l’une des lois les plus suivies du secteur éducatif, sous le regard de nombreux acteurs, au sein notamment de commissions sénatoriales et de l’Assemblée nationale. Si l’on en juge par les discussions que nous avons avec ces commissions représentatives, l'heure n'est pas, me semble-t-il, à la remise en cause des Espé. 

Par ailleurs, la CPU [Conférence des présidents d'université] s’est fortement engagée dans les Espé et je ne crois pas qu'elle accepterait facilement une remise en cause. En revanche, si la majorité change, il y aura probablement des évolutions, notamment du côté des contenus de formation.

Erwin Canard  |  Publié le

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