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Karim Khenissi, directeur de l’ESMA : «Quasiment tous nos diplômés dans le secteur de l'animation trouvent un travail»

Propos recueillis par Sophie de Tarlé  |  Publié le , mis à jour le

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Karim Khenissi, directeur de l'ESMA Karim Khenissi, directeur de l'ESMA

Karim Khenissi, fondateur de l’ESMA (École supérieure des métiers artistiques) à Montpellier, a réussi, en quelques années seulement, à hisser son école parmi les meilleures écoles d’animation françaises. Il souhaiterait avoir le même succès dans le cinéma, avec Cinécréatis, établissement qu’il a racheté à Nantes. Il revient sur le fonctionnement de son école, le choix de son corps professoral et les liens qu’il tisse avec l’industrie de l’animation. Suite de notre série « Les entrepreneurs pédagogiques ».

Vous avez créé une école d’art à 24 ans seulement. Quelles étaient alors vos motivations ?
J’ai créé l’ESMA en 1993 à Montpellier. À l’époque, je suivais des études d’économie à l’université de Montpellier. Mais les cours ne me donnaient pas satisfaction. Je trouvais qu’ils étaient complètement déconnectés de la réalité. Du coup, à 24 ans, j’ai préféré arrêter mes études et créer mon entreprise. Les rencontres et les opportunités m’ont amené à ouvrir une école d’art.

Quelles sont les clés du développement de votre école ?
Ce qui tue les écoles privées, c’est de mentir aux élèves. L’ESMA a commencé par préparer des élèves au BTS et j’ai tout de suite fait « la course » au taux de réussite. Mais ce choix entraîne des sacrifices au départ. Aujourd’hui, notre établissement affiche de 70 à 100 % de réussite aux BTS préparés. Les élèves sont satisfaits : 73 % de nos nouveaux inscrits sont venus par le bouche-à-oreille. Du coup, comme on a de plus en plus de monde chaque année, nous pouvons sélectionner davantage nos étudiants.

Et vos professeurs, comment les avez-vous sélectionnés ?
C’est l’une des clés du succès. Je ne prends que des professeurs motivés, qui s’intéressent à leurs élèves, qui ont envie de donner de leur temps, de transmettre leur savoir et leur propre énergie. Il faut aussi qu’un prof apprécie les autres enseignants, qu’il ne fasse pas de rétention d’information pour garder une parcelle de son pouvoir. Mais, pour ce faire, il faut qu’ils se sentent soutenus, épaulés.

Votre école s’est aussi bâti une solide réputation dans le cinéma d’animation. Comment avez-vous fait pour rivaliser avec les plus grandes ?
Ce qui me fait le plus plaisir, c’est lorsque notre école est invitée au FMX à Stuttgart. C’est aussi quand nous avons obtenu le label Ipax [The Imageworks Professional Academic Excellence Program], dont font partie les plus grandes écoles d’animation du monde. Nous pouvons aussi être fiers lorsque les travaux des étudiants sont sélectionnés – plus de 300 fois en 2009 – dans les festivals de cinéma d’animation. En 2009, nous avons même gagné le prix de la meilleure école au festival Imagina de Monaco, le prix du jury à Annecy et le Monkey King Award au CICAF en Chine. Cette reconnaissance motive énormément nos élèves. lls savent qu’ils vont pouvoir montrer leurs films à des professionnels à la fin de l’année. Quasiment tous nos diplômés trouvent un travail. Et pourtant, dans l’animation, il n’y a pas tant de débouchés que ça. Seuls 200 à 300 juniors européens au maximum sont embauchés chaque année dans les grands studios. Dreamworks ne prend que quelques Européens par an. Il n’y a pas de place pour tout le monde.

Pour arriver à ce résultat, avez-vous adopté une pédagogie particulière ?
Pour atteindre le niveau que nous avons, nous sommes très sélectifs. Nous avons trois classes en première année, mais nous n’en avons plus qu’une en dernière année.  Ensuite, pendant les études, qui durent trois ans, nous sommes très exigeants envers nos étudiants. Nous essayons de les pousser au maximum. Ils ont trente heures de cours par semaine, et quasiment autant de travail à faire à la maison. Ils sont très encadrés. Ce sont de vrais cours, intenses. Ils travaillent à un rythme effréné.

En cycle cinéma d’animation, ils produisent leur film de fin d’études en troisième année au sein d’une équipe de quatre, cinq étudiants. En général, ils ont déjà commencé à travailler sur leur projet dès la fin de la deuxième année. Nous assurons un suivi pédagogique toutes les semaines. C’est un suivi très serré. On les fait vraiment beaucoup travailler. À tel point qu’il y a une sélection naturelle : certains abandonnent en cours de route, ou changent d’orientation pour faire autre chose, ou sont obligés de redoubler. Mais les étudiants eux-mêmes mettent la barre très haut. C’est un métier qui demande une énorme capacité de travail et où la motivation est essentielle.

Avez-vous des projets de développement ?
Je m’intéresse à tous les métiers liés à l’image. Ainsi, après avoir créé l’ESMA, nous avons racheté l’IPESUD à Montpellier, en conservant toute l’équipe pédagogique – devenue l’IPESAA, l’école propose plusieurs formations artistiques –, puis l’ETPA Toulouse spécialisée en photographie et multimédia, enfin Cinécréatis et Graphicréatis, à Nantes, respectivement positionnées en audiovisuel et en graphisme.

L’ESMA en bref. ESMA à Montpellier + IPESAA Montpellier, ETPA Toulouse, Graphicréatis  et Cinecréatis à Nantes. Création : 1993. Formations : classe de mise à niveau, design d’espace, communication visuelle, photographie, cinéma d’animation. Nombre d’élèves : 1.600. Nombre de professeurs : 150.

Propos recueillis par Sophie de Tarlé  |  Publié le , mis à jour le

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