On en parlePourquoi les écoles d'ingénieurs peinent à attirer les filles
Entretien | Relations entreprises

Christian Lerminiaux (Cdefi) : "L’avenir est dans le développement de la recherche partenariale "

Cécile Peltier  |  Publié le , mis à jour le

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Christian Lerminiaux, président de la CDEFI Christian Lerminiaux, président de la CDEFI

Face à la baisse des subventions publiques, le président de la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs) Christian Lerminiaux, par ailleurs directeur de l'UTT (Université de technologie de Troyes) insiste sur la nécessité de développer les relations écoles-universités-entreprises. Via la recherche partenariale mais aussi l'apprentissage, en pleine refonte puisque la réforme doit être présentée en conseil des ministres le 22 février 2014.

Pourquoi faut-il renforcer le lien école-entreprise ?

L'État n'a plus autant qu'avant les moyens de financer l'enseignement supérieur. Les collectivités locales, qui auraient pu constituer un recours, sont exsangues et on ne pourra pas seulement compter sur les frais d'inscription. Dans ce contexte, les entreprises auront un rôle clé à jouer. À condition qu'écoles et universités fassent un effort pour mieux comprendre leurs besoins, notamment en termes de formation...

Le mécénat fête cette année ses dix ans dans l'enseignement supérieur. Est-ce une piste sérieuse ?

Je ne crois pas. Quelques fondations parviendront sans doute à lever des fonds du côté des entre­prises mais cela restera marginal. Les établissements d'enseignement supérieur français ne sont pas prêts, comme aux États-Unis, à ­embaucher des fundraisers pour démarcher des personnes qui préparent leur testament. Pour moi, l'avenir se situe davantage dans le développement de la recherche partenariale.

Quelques fondations parviendront sans doute à lever des fonds du côté des entre­prises mais cela restera marginal

Où en est-on actuellement ?

Les écoles d'ingénieurs ont développé un embryon de recherche partenariale. Désormais, le défi est de mettre en place un modèle véritablement profitable. Ce qui appelle d'abord une augmentation des volumes : à l'UTT, les contrats passés en direct avec les entreprises représentent moins d'un million d'euros sur un budget recherche incluant les salaires des personnels permanents, de 18 millions d'euros, et moins de 10% du volume de la recherche globale. Même dans les établissements qui réalisent énormément de prestations de sous-traitance, ce pourcentage dépasse rarement 20%.

Ensuite, dans ce type de contrat, il devrait être interdit aux établissements publics de facturer à l'entreprise moins que le coût complet de la recherche, sachant que celle-ci va récupérer 60% de l'investissement en crédit impôt recherche. Or, c'est loin d'être le cas. Certains établissements, anciens et largement aidés par l'État, se permettent de casser les prix. En même temps, de jeunes établissements comme l'UTT, moins bien dotés, ont du mal à développer leur recherche avec les entreprises.

L'apprentissage représente selon vous un autre mode de financement de l'enseignement supérieur. Cette formule fait ­actuellement l'objet d'une concertation en vue d'une prochaine réforme...

Le projet de loi sur l'apprentissage pourrait nuire au financement des établissements d'enseignement supérieur. Nous, écoles d'ingénieurs, craignons la réduction de 25% de la partie "barème" de la taxe d'apprentissage envisagée par le gouvernement (1). Elle risque d'induire une baisse 0,75 à 1,25% du budget de nos écoles, voire davantage pour d'autres établissements. Le recentrage du financement sur les bas niveaux de qualification (III, IV et V) au détriment des formations de niveau I et II nous inquiète aussi.

Nous redoutons à terme une diminution du nombre de formations en apprentissage de l'enseignement supérieur et donc de nouveaux ingénieurs. En effet, le nombre d'ingénieurs formés chaque année via l'apprentissage est passé en cinq ans de moins de 1.000 à 5.000 (soit 1/5e des ingénieurs diplômés). Nous courons le même risque avec les contrats de professionnalisation. La Cdefi va poursuivre son lobbying dans le cadre des ­discussions avec les partenaires sociaux et le ministère du Travail puis auprès des parlementaires.

À quel autre moyen de rapprocher école et entreprise pensez-vous ?

Il faut favoriser le recrutement d'enseignants-chercheurs par le privé. Même dans les écoles d'ingénieurs, la mobilité est faible, or c'est possible ! Regardez dans le monde anglo-saxon... L'UTT va travailler sur cette question avec les entreprises de la région Champagne-Ardenne.

Par ailleurs, les PME sont globalement mal outillées pour approcher nos établissements et peinent à attirer les diplômés. La Haute-Marne voisine [de l'Aube, où est basée l'UTT] compte pourtant un certain nombre de petites entreprises très dynamiques, spécialisées dans la mise en forme de matériaux. Pour répondre à leurs besoins de recrutement, nous avons ouvert en septembre 2011 une antenne à Nogent-en-Bassigny (3.500 habitants), un vrai pari ! Nous visions 20 élèves ingénieurs par apprentissage et par an. La 3e promotion en compte déjà 28. Si nous manquons encore un peu de recul, il est certain que nous fournissons à ces PME une main-d'œuvre qualifiée dont elles avaient besoin.

(1) La part de la TA librement affectée par les entreprises aux formations initiales techniques et professionnelles en ou hors apprentissage.

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Cécile Peltier  |  Publié le , mis à jour le

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