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L'enseignement supérieur français… vu d'Allemagne : "La concurrence entre grandes écoles les éloigne de leurs cœurs de compétences"

Propos recueillis par Frédéric Dessort
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Björn Ivens, professeur d'économie et marketing à l'université de Bamberg en Bavière // DR
Björn Ivens, professeur d'économie et marketing à l'université de Bamberg en Bavière // DR

Comment notre système français d'enseignement supérieur et de recherche est-il perçu à l'étranger ? Professeur d'économie et marketing à l'université de Bamberg, en Bavière, Björn Ivens intervient régulièrement dans plusieurs universités européennes. Professeur invité à l'EM Lyon depuis 1999, il nous livre son regard et son analyse, notamment sur les écoles de commerce et management.

Qu'est-ce qui vous surprend le plus dans l'enseignement supérieur en France ?

D'abord les classes préparatoires, qui n'existent nulle part ailleurs. Je m'interroge sur leur pertinence, en particulier en ce qui concerne les études de commerce et de management. En effet, les étudiants reçoivent un enseignement généraliste très poussé avant d'entrer dans une grande école. Mais, au final, ils auront côtoyé le monde de l'entreprise pendant seulement trois ans, au lieu de cinq ans comme cela est pratiqué à l'étranger. Je ne suis pas sûr que ce soit à leur avantage dans leur recherche d'emploi à l'international.

De plus, l'existence même des grandes écoles est surprenante du point de vue de pays comme l'Allemagne, la Suisse et l'Autriche, dans lesquels la très grande majorité des cadres supérieurs sortent d'une université. Ce qui induit une autre différence fondamentale : les études de management et commerce y sont quasiment gratuites, alors qu'elles sont onéreuses en France.

Comment analysez-vous leurs stratégies, en termes de marketing, d'alliances ou d'innovation ?

Dans un contexte de forte concurrence, il est clair qu'elles cherchent constamment à innover. Que ce soit dans le numérique, à travers des parcours à l'étranger, ou encore des enseignements en langues étrangères. Du coup, les étudiants français vivent une situation de laboratoire.

Par ailleurs, certaines ESC deviennent "Écoles de management", tandis que d'autres prennent des noms assez surprenants : Audencia, Kedge... Ici, une nouvelle école émerge, là, deux écoles fusionnent, ouvrent un campus à l'étranger avant de le fermer...

Ces changements sont tout à fait étonnants vu de l'étranger, notamment en Allemagne où les établissements, universitaires pour la plupart, ne sont pas en réelle concurrence. On en vient parfois à se demander si les écoles sont encore focalisées sur leurs compétences centrales, à commencer par l'enseignement, ou bien si elles se laissent distraire par ce qui semble être un mouvement stratégique mais qui, au fond, n'est qu'un passe-temps...

Sur le plan de la recherche, que retenez-vous de la politique française ?

Ces dix dernières années, j'ai pu observer le ralliement des établissements français vers le système de recherche anglo-saxon, avec une incitation à publier croissante. Or, le rattrapage est brutal et conduit à une politique de la recherche soumise à une approche quantitative excessive, via la bibliométrie. On est passé d'un extrême à un autre, au détriment d'un regard sur la qualité des publications, et c'est très regrettable. Mais je pense que nous reviendrons à un juste milieu.

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Propos recueillis par Frédéric Dessort | Publié le

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Hadrien.

Merci pour cette analyse intéressante ! Je pense qu'il y a, effectivement, une grande différence de mentalités entre les universités allemandes et les grandes écoles françaises. Toutefois, certains cycles de formations allemands comme l'ESB Reutlingen (www.esb-business-school.de/) ou la WHU Otto Beisheim ressemblent plus à des écoles de commerce au sein d'universités qu'à des programmes universitaires. Ceci démontre que le modèle des écoles de commerce possèdent également de forts atouts. Hadrien <a href="www.htw-i.com/" target="_blank">Prestations d'études de marché tous secteurs sur l'Allemagne</a>

Louis Payard.

L'auteur a l'air de penser que l'enseignement de la gestion et du management, en France, se résume aux grandes écoles, et semble ignorer que, dans les universités, les instituts d'administration des entreprises forment un nombre comparable d'étudiants, suivant les standards académiques internationaux. Puisqu'il fréquente assidument EM Lyon, on lui suggèrera de rendre visite à l'IAE Lyon qui forme sur 3,5 ou 8 ans pas moins de 6 000 étudiants par an.

INE.

"On en vient parfois à se demander si les écoles sont encore focalisées sur leurs compétences centrales, à commencer par l'enseignement, ou bien si elles se laissent distraire par ce qui semble être un mouvement stratégique mais qui, au fond, n'est qu'un passe-temps..." La situation est la même pour les universités. On y passe aujourd'hui plus de temps à parler de CUE, fusion, association, que de sujets de fond.

Dominique (Neoma BS).

Une analyse réaliste du monde des écoles de commerce, néanmoins, si je comprends que les classes préparatoires sont un concept inconnu et incongru pour un étranger, elles font pourtant la force des étudiants qui ont fait l'effort de les suivre: ils y ont acquis une meilleure culture générale, mais surtout des outils méthodologiques qui leur seront précieux en entreprise, en particulier ils y ont, en général développé un bon esprit de synthèse et d'analyse. Je considère personnellement avoir plus appris en classe prépa qu'en école de commerce...et la situation n'a fait que se détériorer depuis en terme de contenu et de méthode d'enseignement dans certains écoles. J'ai quitté l'entreprise pour enseigner en école de commerce et je suis consternée par la prise de pouvoir du modèle universitaire (dans tous ces aspects négatifs, hélas!), car c'est quasiment la seule activité de publication qui sert de critère de promotion... avec des responsabilités pédagogiques qui échoient à des professeurs qui n'ont jamais mis les pieds en entreprise: ceux-là enseignent des contenus trop théoriques, parfois obsolètes, qu'ils définissent en fonction de leur expertise et non des besoins des entreprises!

M.J..

Les classes prépa ont leur importance, mais M. Ivens n'a pas tort sur tous les points: Etant moi même en école, et ayant des connaissances dans beaucoup d'autres ESC, je pense pouvoir dire que les cours ne sont pas la priorité des Business School... La communication externe des écoles en parle d'ailleurs assez peu, préférant préciser le nombre d'univ partenaires ou mettre en valeur ses classements. Cela ne signifie pas que l'on n'apprend rien en BS, les associations sont par exemple d'une grande utilité.

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