On en parleIls ont quitté l'enseignement supérieur et la recherche
Entretien | Politique

Laurent Beauvais (ARF) : "Les Régions veulent être des partenaires de l'enseignement supérieur, pas des sous-traitants"

Propos recueillis par Camille Stromboni  |  Publié le , mis à jour le

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Laurent Beauvais et Geneviève Fioraso - 6 février 2013 Laurent Beauvais et Geneviève Fioraso - 6 février 2013

Geneviève Fioraso a été reçue devant la commission en charge de l'enseignement supérieur à l'ARF (Association des régions de France) le 6 février 2013, afin de présenter les grandes lignes du projet de loi sur l'ESR, en cours de finalisation. Laurent Beauvais, président de la région Basse-Normandie à la tête de cette commission, donne son point de vue sur le texte, et sur la place des Régions dans l'enseignement supérieur et la recherche.

Quel rôle souhaitez-vous que les Régions jouent dans le domaine de l'enseignement supérieur et de la recherche ?

L'ancien gouvernement nous ignorait totalement. Nous n'étions bons qu'à payer des projets où nous n'avions aucunement notre mot à dire. Et si nous ne co-financions pas, l'Etat prévenait qu'il ne financerait pas. Il s'agissait d'une politique par à coups, avec des initiatives successives [Campus, investissements d'avenir], et nous perdions toute cohérence et toute visibilité.

Désormais, nous sommes dans une démarche de confiance. C'est fondamental. Nous voulons être de véritables partenaires, en participant aux orientations prises. Nous ne voulons plus être des sous-traitants. C'est le chemin sur lequel nous sommes engagés. Avec un objectif : agir tous dans le même sens, avec une vision à long terme.

Le texte de loi envisage la mise en place de contrats de site avec les établissements...

La problématique du territoire doit être mieux prise en compte, ce qui passe par cette question de la contractualisation. Geneviève Fioraso a indiqué sa volonté de passer désormais des contrats au niveau des sites. Les Régions fonctionnent elles avec des conventions avec chacun des établissements sur différents projets de coopération.

Nous souhaitons que ces conventions s'inscrivent dans les contrats que l'Etat va passer avec les établissements. L'idée de signer un texte à trois ne semble pas être retenue, les présidents d'université y étant défavorables. Nous allons voir sous quelles modalités cela est possible.

La ministre nous a expliqué en outre que les schémas régionaux seraient pris en compte pour ces contrats de site.

Quel avenir voyez-vous pour les CPER (contrat de projets Etat-Région) ?

Nous achevons cette année les CPER. Nous ne savons pas ce que le gouvernement souhaite en faire. Geneviève Fioraso a expliqué que le sujet était en cours de réflexion avec les autres ministres concernés.

Nous sommes de notre côté favorables à poursuivre avec cet outil, qui permet d'avoir une vision de moyen et long terme. Mais nous n'ignorons pas les difficultés budgétaires actuelles de l'Etat. Il faut dans tous les cas faire le bilan d'exécution des CPER, et réfléchir aux synchronisations possibles avec les fonds européens.

Que pensez-vous du nouveau format de "communauté d'universités" ?

Nous y sommes favorables. Les PRES étaient critiqués sur leur gouvernance, insuffisamment approfondie, et leurs faibles compétences. La communauté répond à ces problèmes. Elle pourrait permettre de renforcer le mouvement de coopération entre universités.

Il est prévu dans le texte que les collectivités territoriales y soient représentées. Tant mieux si d'autres collectivités, comme les villes, participent, mais nous voulons sur ce point que la Région se voit reconnaitre sa place de "chef de file". Nous l'avons indiqué à la ministre. Notre rôle doit être clairement inscrit, nous sommes en effet ceux qui investissent le plus.

Le monde universitaire a besoin de l'Etat et des Régions mais nous fait passer le message qu'il ne veut pas que cela soit trop contraignant. Il y a ici un équilibre à trouver.

Les universitaires redoutent parfois une forme de régionalisation de l'ESR, au détriment de son caractère national…

Il existe en effet une prudence du monde universitaire, qui ne veut pas aller trop loin avec les régions, de peur d'une forme de mise sous tutelle. Précisons tout d'abord que ce n'est pas du tout notre intention, ni notre volonté. Nous voulons travailler dans la confiance, comme des partenaires. Mais nous mettons beaucoup de moyens dans ce domaine et nous avons besoin de voir que cela avance dans le sens de nos orientations.

Le monde universitaire fait souvent référence à son autonomie et à son souci d'indépendance. Il a besoin de l'Etat et des Régions mais nous fait passer le message qu'il ne veut pas que cela soit trop contraignant. Il y a ici un équilibre à trouver.

Une autre loi qui impacte les régions
"J'ai indiqué à la ministre que cette loi sur l'enseignement supérieur et la recherche doit être en cohérence avec une autre loi importante pour nous : l'acte 3 de la décentralisation, explique Laurent Beauvais. Ce dernier comporte des responsabilités pour les régions qui touchent à l'ESR, sur l'orientation, la culture scientifique ou l'innovation. Il devrait également ouvrir des domaines d'expérimentation aux régions, ce qui pourrait être utile sur l'immobilier universitaire par exemple."

Voir le blog de Laurent Beauvais

Propos recueillis par Camille Stromboni  |  Publié le , mis à jour le

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