En ce momentBudget 2018 : une hausse de 700 millions d'euros pour l'Enseignement supérieur et la Recherche
On en parleNomination à Centrale Nantes : les écoles d'ingénieurs demandent des comptes au ministère
Entretien | Gouvernance

Laurent Carraro : "Arts et Métiers a besoin d'un directeur qui ait une relation sereine avec les anciens"

Laura Makary  |  Publié le

1

Arts et métiers, campus de Paris
Fin février 2017, un nouveau directeur général prendra la tête d'Arts et métiers, pour un mandat de cinq ans. // © Stefan Meyer

Après un long conflit avec la Société des ingénieurs Arts et Métiers, association des anciens de l'école, Laurent Carraro a décidé de ne pas se représenter pour un second mandat à la direction générale de l'établissement. Il explique les raisons de son départ, qui aura lieu en février 2017.

Laurent Carraro, directeur général d’Arts et Métiers ParisTech et membre de la commission permanente de la Cdefi

Vous avez annoncé ne pas vous représenter à la direction d’Arts et Métiers. Pourquoi ?

Quand je suis arrivé, l’école était sous le feu d’audits, de contrôles et d’expertises. Il fallait prendre en compte tous ces avis et construire des dispositifs, afin de structurer l’école, notamment dans sa dimension nationale et multicampus, ainsi que modifier le fonctionnement et la vision que l’établissement avait de lui-même. C’est ça, le job que j’aime : arriver dans des institutions qui se posent des questions fondamentales et se construisent.

Aujourd’hui, tout est différent : la politique stratégique est lancée, avec le plan 2015-2025, les services supports se développent et la nouvelle gouvernance ouvre l’école au milieu socio-économique. Il faut désormais consolider les acquis.

Or, ma conviction est qu’il faut des personnes adéquates à la vie d’un établissement, en prenant en compte les appétences de chacun. Et les miennes portent davantage sur la construction que sur la consolidation.

Ces questions, je me les suis posées début 2016, mon idée étant alors de continuer. Je pensais me représenter pour terminer ce que j’avais commencé. Je n’aurais néanmoins peut-être pas effectué un second mandat complet.

Qu’est-ce qui a changé pour vous, depuis ? La crise avec les anciens a-t-elle eu raison de votre envie de briguer un second mandat ?

Je ne fais pas d'amalgame entre les anciens élèves et l'association chargée de les représenter. Les relations conflictuelles avec cette société des anciens se sont en effet ajoutées à ma réflexion. L'association devrait être un atout pour l'école, et elle est aujourd’hui tout le contraire.

L’association est en opposition totale avec l’école comme avec ma personne. Je suis devenu une cible à atteindre pour s’opposer à la trajectoire de l’établissement. J’ai été mêlé personnellement à la question du décret sur la modification de la composition du conseil d’administration. Et je pense qu’il faut quelqu’un à la tête de l’école avec qui les anciens aient une relation plus sereine. Voilà pourquoi je ne suis pas la bonne personne.

J'ajoute que la Société des ingénieurs Arts et Métiers a répandu notamment auprès des anciens élèves un certain nombre de contre-vérités, et en particulier des messages disant que l'évolution de la composition du conseil d'administration avait comme unique but de me faire réélire. Je leur donne la preuve que ce n'est absolument pas le cas.

Avec le recul, estimez-vous que ce changement de composition du conseil d'administration était une bonne décision ?

Oui, sans hésiter. Les anciens doivent, à mes yeux, être un appui au développement de l’école. Nous avons aujourd’hui un conseil d'administration largement ouvert, avec des personnalités extérieures de qualité. Les représentants de l’Association des ingénieurs Arts et Métiers occupaient 18 sièges au conseil d'administration, ils ne sont désormais que 8 sur 30. L’avenir de l’école n’est plus uniquement entre leurs mains.

J’ai ma responsabilité dans cette évolution et je l’assume complètement. Cette nouvelle situation est plus saine, il est normal que les étudiants, les personnels et les personnalités extérieures aient aussi leur mot à dire quant à l’avenir et la stratégie de l’école.

J’ai ma responsabilité dans cette évolution et je l’assume complètement. 

Avez-vous des regrets quant à cette crise entre la direction et les anciens ?

Je pense que la crise était structurelle, la position des anciens dans l’école devait être remise en cause et, en fin de compte, cela a rendu l’établissement plus fort. Cependant, si elle avait eu lieu un peu plus tard, un ou deux ans après, par exemple, cela aurait laissé du temps à l’établissement pour être plus fort, pour finir de se construire et de se structurer avant d’y être confronté. Les réformes commençaient alors tout juste à porter leurs fruits.

Néanmoins, je le répète : cette crise devait avoir lieu. Je suis aujourd’hui heureux de la gouvernance de l’école, qui me semble saine et équilibrée.

Savez-vous déjà ce qui vous attend après votre départ ?

Je n’ai pas encore réfléchi à l’après. Je connais bien l’enseignement supérieur, puisque j’ai passé la moitié de ma carrière à l’université et l’autre dans les écoles d’ingénieurs. J’apprécie ce milieu et je suis passionné par la formation des jeunes, je resterai sans doute à proximité de ce système, mais je ne sais pas encore dans quoi.

La décision de ne pas me représenter était dure à prendre, c'était ma principale préoccupation ces derniers temps. Il a fallu peser le pour et le contre, d’autant que des membres du personnel m'encourageaient à rester.

Y a-t-il déjà des candidats pour vous remplacer ?

Pas encore, à ma connaissance. Tout le monde pensait que j’allais me représenter, beaucoup ont été donc surpris de ma décision. Il faut laisser le temps à ceux qui le souhaitent de se positionner. Cela devrait aller très rapidement, puisque les candidats ont jusqu'au 22 novembre pour se faire connaître. En tout cas, ceux qui m’ont donné leur avis souhaiteraient un directeur issu de l’école, pour garder une continuité.

La Soce attend un nouveau directeur-général "à l'écoute"
La Soce (Société des ingénieurs Arts et Métiers) a réagi au départ de Laurent Carraro, dans un communiqué envoyé à la communauté des Gadzarts quelques jours après l'annonce faite par le directeur général à ses personnels, le 17 octobre. Jacques Paccard, président de l'association, estime que les "tentatives de réforme pendant cinq ans sont loin de faire consensus", ce qui "se traduit auprès du corps enseignant et des étudiants par une forte baisse de la motivation et auprès des industriels par une inquiétude sur la pertinence de la formation."

L'association souhaite désormais "un nouveau directeur général à l'écoute des réalités pour relancer les projets de coopération qui ont concentré l'énergie de la Société depuis 2010."
Aller plus loin :
- Lire la biographie EducPros de Laurent Carraro 

Laura Makary  |  Publié le

1

1 commentaire
afficher plus de résultats
Laissez un commentaire :