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Entretien | Politique

Loïck Roche : "Il est urgent de créer un syndicat des écoles de management"

Cécile Peltier  |  Publié le

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Ecoles de commerce : Grenoble EM, Rennes SB, Neoma, Toulouse BS
Le président du Chapitre des écoles de management évoque à nouveau la création d'un syndicat de la filière, pour mener des actions de lobbying. // © Grenoble EM /  Rennes SB /  Neoma /  Toulouse BS

Alors que se profile une nouvelle réforme de la taxe d’apprentissage, et, avec elle, la possible disparition de la partie "barème", Loïck Roche, directeur général de Grenoble École de management et président du Chapitre des écoles de management de la CGE, relance l’idée d’un syndicat des grandes écoles du secteur.

Alors que le gouvernement vient de lancer une concertation sur la réforme de l'apprentissage, vous émettez des inquiétudes à ce sujet. Pourquoi ?

Des rumeurs persistantes et plusieurs déclarations nous font craindre une diminution, voire une disparition de la partie hors quota (barème) de la taxe d'apprentissage pour les grandes écoles. Je rappelle que la première réforme de la taxe, en 2015, s'était déjà accompagnée d'une perte de près de 50 % de la collecte pour les écoles de commerce. Ces dernières, par leur travail et par la qualité de leurs relations avec les entreprises, sont parvenues, pour partie au moins, à générer de nouveaux revenus.

Mais la suppression du barème, qui représente entre 5 % et 10 % du budget des écoles de management, serait un coup très dur porté aux établissements. À commencer par les plus modestes d'entre eux, pour qui ces sommes sont quasi-vitales. Quant aux écoles du top 10 qui, contrairement aux établissements plus petits, peuvent encore augmenter leurs frais de scolarité – ce qui ne peut pas être une solution satisfaisante –, cette perte aura nécessairement des conséquences sur leur capacité à rester véritablement compétitives sur la scène internationale.

En quoi la création d'un syndicat des grandes écoles de management permettrait-il de lutter plus efficacement contre ce type de mesure ? D'autant que l'idée n'est pas tout à fait nouvelle...

Les grandes écoles, et a fortiori les écoles de management, ne sont a priori par un vrai sujet pour les gouvernements. Les conséquences des réformes sur les écoles – je pense à la réforme des stages, à celle de la taxe... ne sont clairement pas prises en compte. Par exemple, les répercussions de la réforme des stages, interdisant les stages d'un an et donc les années césures en entreprise, élément clé dans les programmes des business schools, n'ont été pleinement mesurées qu'une fois celle-ci mise en place...

Au-delà, la CGE (Conférence des grandes écoles), constituée d'établissements finalement très différents, ne permet pas toujours la mise en place d'actions fortes. Nous avons donc besoin d'une sorte de syndicat professionnel des grandes écoles de management qui nous permette de défendre plus spécifiquement nos intérêts.

Faire du lobbying, ce n'est pas aller contre, c'est vouloir construire une relation qui porte la voix des grandes écoles de management.

Lancée il y a quatre ans, l'idée a pu éveiller des craintes au sein de la CGE. Certains pouvant y voir une organisation dans l'organisation... Depuis, et il ne faut nous en prendre qu'à nous-mêmes, si la grande majorité des 38 écoles de management du Chapitre, quel que soit leur statut, sont acquises à l'idée, nous n'avons pas beaucoup avancé. À titre personnel, parce que cela ne peut être porté par le président du Chapitre, je souhaite que le vice-président, aujourd'hui François Bonvalet, en prenne le leadership.

Concrètement, quelle forme ce syndicat prendrait-il ?

Sur le papier, l'idée serait de s'aligner sur le modèle anglo-saxon : mettre sur pied une association, dotée d'un budget annuel compris entre 800.000 et un million d'euros permettant l'instauration d'une vraie compétence de lobbying. Une compétence capable de peser et de s'articuler avec les politiques, très en amont de l'écriture des textes. Faire du lobbying, ce n'est pas aller contre, c'est vouloir construire une relation qui porte la voix des grandes écoles de management. Aujourd'hui, force est de constater que nous sommes inaudibles.

Et je souhaite qu'on reparle du fait que les grandes écoles, qui, avec les universités, sont un pan majeur de l'enseignement supérieur, n'ont toujours pas le droit de délivrer des "masters" et des "doctorats". Plutôt que de vouloir freiner les uns en espérant faire paraître les autres plus grands, il faut donner aux universités et aux grandes écoles tous les moyens d'être encore meilleures.

Refuser ces avancées aux grandes écoles au prétexte, comme je l'ai entendu de personnalités politiques en responsabilité, "qu'il ne resterait plus rien aux universités", c'est contribuer activement à l'affaiblissement de la compétitivité de la France. Quand comprendrons-nous que la seule compétition qui vaille, c'est la compétition internationale ?

Cécile Peltier  |  Publié le

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