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Entretien | Relations entreprises

Thierry Aumonier : "Les formations en gestion font peu de place aux PME"

Cécile Peltier  |  Publié le

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USAGE UNIQUE - Relations universités et entreprises
Pour Thierry Aumonier, le stage en PME est le meilleur moyen pour un étudiant de comprendre le fonctionnement global d'une entreprise. // © plainpicture/Maskot/Kentaroo Tryman

Les PME ne sont pas suffisamment présentes dans les formations en gestion. C'est le constat dressé par Ariane Compétences & Management (AC&M). Pour rééquilibrer la tendance, l'association multiplie les initiatives depuis douze ans. Le point avec Thierry Aumonier, l'un de ses représentants.

Thierry Aumonier, président de RI Conseil et membre d'Ariane Compétences et Management.Vous avez coutume de dire que "même en gestion, l'enseignement n'aime pas les PME [petites et moyennes entreprises]". Sur quels éléments se fonde ce constat ?

Ce constat de désamour est le résultat de douze années de travail, et plus particulièrement d'une enquête menée en 2013 par plusieurs doctorants auprès des directeurs, des enseignants et des étudiants des formations en management. Alors que les IAE, écoles de commerce, universités, etc., affichent un intérêt pour les PME, les étudiants effectuent leurs stages en entreprise très majoritairement au sein des grands groupes

Il y a plusieurs causes à cela : tout d'abord, les écoles trouvent plus pratique d'accompagner les étudiants dans la recherche de stages au sein des grandes entreprises plutôt que dans les PME, car, disent-elles, leurs cellules de stages, souvent petites, n'en ont pas les moyens.

On observe aussi une nette préférence des parents et des étudiants pour les grandes sociétés. Les premiers sont rassurés de voir leurs enfants rejoindre des entreprises qu'ils connaissent. Quant aux seconds, ils manquent d'information et sont attirés par une marque - Apple, L'Oréal, Nestlé, etc. -, plus que par une entreprise. 

Autre signe : si elles n'accueillent presque pas de stagiaires, les PME sont aussi quasi absentes des études de cas, devenues la base incontournable de la formation en gestion.

Enfin, il existe un manque d'adaptation des programmes de formation continue aux besoins des PME.

Pour quelles raisons est-il si important que les responsables des formations en gestion s'intéressent aux PME ?

D'abord, parce que la croissance de demain repose sur les 900.000 TPE (très petites entreprises) et les 140.000 PME françaises. Les pouvoir publics ne peuvent pas, d'un côté soutenir ce message, et de l'autre attendre que les étudiants découvrent ces entreprises au coin de la rue !

Si davantage de jeunes diplômés se dirigeaient vers les PME, ces dernières bénéficieraient sans doute des compétences nécessaires pour se transformer en ETI (entreprises de taille intermédiaire). Une catégorie d'entreprises qui manque aujourd'hui cruellement au tissu économique français.

Enfin, le stage en PME est le meilleur moyen pour un étudiant de comprendre le fonctionnement global d'une entreprise.

L'association Ariane Compétences & Management existe depuis plus de douze ans. Quelles initiatives avez-vous mises en place pour réconcilier enseignement supérieur et PME ?

Nous ne prétendons pas changer les choses à nous tout seuls. Nous expérimentons des opérations qui doivent pouvoir servir de levier. C'est pourquoi, lorsqu'elles fonctionnent, nous passons le relais à des organismes qui ont les moyens de les développer.

Concernant les stages, nous avons élaboré en 2013 une charte des stages en PME, venue compléter la charte plus générale instaurée par le gouvernement. Il ne suffit pas pour un chef d'entreprise d'accepter un stagiaire, il doit s'en occuper. De même qu'un étudiant, lorsqu'il choisit une PME, doit réellement s'engager, pour la simple et bonne raison que l'entreprise a besoin de lui pour faire tourner la boutique. Cette charte a été diffusée aux petites et moyennes entreprises via la CGPME.

Les établissements d'enseignement supérieur sont de plus en plus sous le protectorat des grandes entreprises.
(T. Aumonier)

Pour développer les études de cas, nous avons mis en place il y a six ans le Prix de la meilleure étude de cas PME. Il a débouché sur la publication d'une centaine d'études. Mais ce n'est qu'un début. La pérennité de l'initiative est assurée par la CCMP (Centrale de cas et de médias pédagogiques) et le CJD (Centre des jeunes dirigeants).

Enfin, pour améliorer la formation continue des dirigeants et cadres de PME, nous avons créé six modules de formation en e-learning, construits autour de 60 questions que se posent les responsables de PME. Expérimentés au sein de l'IAE de Lille, ces cours sont désormais disponibles et adoptés par plusieurs établissements.

Vous vous apprêtez à présenter aux représentants du monde politique une série de propositions. Preuve que toutes ces initiatives ne sont pas suffisantes ?

En effet, car les établissements d'enseignement supérieur sont de plus en plus sous le protectorat des grandes entreprises. Ces dernières financent des chaires, intègrent les conseils d'administration des grandes écoles... Il ne s'agit pas de mettre fin à ces contacts mais de les contrebalancer en réservant la moitié des stages aux PME. Les écoles de gestion, qui ont vocation à vivre en osmose avec leur territoire, ne devraient pas avoir trop de mal à y parvenir.

Par ailleurs, nous demandons que 50 % des cas d'entreprise soient consacrés aux PME. Là encore, cela ne semble pas insurmontable. Les formations sont beaucoup plus autoritaires lorsqu'il s'agit de pousser leurs enseignants-chercheurs à publier dans les grandes revues internationales...

Ces deux premières démarches devraient leur permettre de mieux cibler les besoins des PME en matière de formation continue.

Cécile Peltier  |  Publié le

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