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Entretien | Orientation

P. Mathiot : "Avec les Parcours d'excellence, l'enjeu d'une orientation ambitieuse"

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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P. Mathiot : "Avec les Parcours d'excellence, l'enjeu d'une orientation ambitieuse"
À la rentrée 2017, les parcours d'excellence seront mis en œuvre dans tous les collèges REP+. // © Nicolas Tavernier/REA

Un an après sa nomination, Pierre Mathiot, délégué ministériel aux Parcours d'excellence, souligne la difficulté de construire des partenariats durables entre collèges et établissements d'enseignement supérieur. L'enjeu, pourtant, est bien de "préparer au mieux l'orientation vers le supérieur".

Vous êtes délégué interministériel aux Parcours d'excellence depuis un an. Quel est l'objectif de ce dispositif ?

Les Parcours d'excellence s'inscrivent dans la continuité des Cordées de la réussite, qui ont vocation à accroître l'égalité des chances entre les élèves. Ils les complètent sur deux points. D'une part, ils ont l'ambition, à terme, de toucher un plus grand nombre d'élèves – aujourd'hui, les Cordées concernent environ 80.000 jeunes –, en commençant par les collèges REP+, y compris dans les territoires ultramarins.

D'autre part, l'accompagnement des élèves se fera sur le long terme, avec un continuum de la classe de troisième à la fin de la terminale.

Quel bilan faites-vous de cette première année de déploiement des Parcours d'excellence ?

Un bilan sera présenté le mois prochain. Sans surprise, il montrera la grande diversité des écosystèmes locaux, de l'académie de Rennes, qui ne compte qu'un seul collège REP+, à celle de Lille, qui en recense 41. Autre point à prendre en considération, la mise en place des Parcours d'excellence a été facilitée dans les collèges où des Cordées étaient déjà implantées.

Cette année, notre objectif était surtout d'enclencher une dynamique, de construire des partenariats durables – ne dépendant pas exclusivement de telle ou telle personnalité investie localement – entre les collèges et les établissements d'enseignement supérieur.

À la rentrée 2017, les Parcours d'excellence seront installés dans les 400 collèges REP+ et nous commencerons aussi à travailler dans une partie des 1.100 collèges REP. D'ici à deux ou trois ans, j'espère qu'un tiers des collèges seront concernés. En parallèle, nous travaillerons à accompagner la montée en puissance du dispositif au lycée.

L'enjeu sera aussi d'aller vers les collèges des régions isolées, notamment dans les zones rurales. Les Cordées de la réussite et les Parcours d'excellence souhaitent lutter contre les inégalités, en jouant sur le levier de la domination sociale, mais je suis également très attentif à l'isolement territorial.

Tous les élèves des collèges concernés vont-ils bénéficier du dispositif ?

Non, ce n'est pas l'idée, même si, effectivement, certains collèges ont décidé d'intégrer l'ensemble de leurs effectifs de troisième dans les Parcours d'excellence. En moyenne, 20 à 25 élèves par établissement bénéficient du programme.

Pour les enseignants, la difficulté sera d'intégrer au programme des élèves aux profils et aux motivations divers : les Parcours d'excellence reposent sur le volontariat. Ils ne doivent pas être réservés aux meilleurs collégiens. Les professeurs ont donc un rôle important à jouer, en expliquant aux jeunes pourquoi ces initiatives peuvent être une opportunité pour eux.

Les grandes écoles sont présentes sur le terrain, mais leurs programmes concernent souvent de petits effectifs.

Dans quel cadre institutionnel se déroulent les Parcours d'excellence ?

Il n'y a pas de cadre national : l'expérience a montré que plus on impose d'en haut, plus c'est compliqué. Nous essayons de privilégier une approche "bottom-up", en partant des expériences réussies sur le terrain et en essayant de monter en puissance.

Dans la plupart des collèges, une partie des heures se fait dans le cadre des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) ou de l'accompagnement personnalisé et s'inscrit donc pleinement dans la réforme du collège. Dans tous les cas, il est important que les équipes d'enseignants y soient fortement associées.

Quels sont les principaux freins rencontrés sur le terrain ?

Il n'est pas évident de mettre en relation les établissements d'enseignement supérieur et les collèges, puis les lycées. Globalement, les grandes écoles sont présentes sur le terrain, mais leurs programmes d'accompagnement concernent souvent de petits effectifs. Le bilan est positif sur le plan qualitatif mais nous devons en faire plus sur le plan quantitatif.

Quant aux universités, elles doivent sans doute s'engager plus fortement et plus durablement qu'elles ne le font aujourd'hui. Pour elles, l'enjeu est crucial : il s'agit d'améliorer et de préparer au mieux l'orientation des élèves vers le supérieur. Avec un accompagnement dans la durée, très en amont du bac, il y a d'autant plus de chances que les bacheliers s'orientent de manière pertinente, se positionnent de manière ambitieuse et réussissent.

Les universités doivent sans doute s'engager plus fortement et plus durablement qu'elles ne le font aujourd'hui.

Les étudiants des universités et des écoles ont aussi un rôle à jouer, de même que le monde associatif. Je crois beaucoup à l'idée du mentorat par les pairs. Le fait, pour un jeune, d'avoir un "grand frère" ou une "grande sœur" engagé dans des études supérieures et qui l'accompagne a des effets intéressants dans la lutte contre l'autocensure et dans l'aide à la réussite.

La faible implication des universités peut-elle s'expliquer par un manque de moyens ?

Seulement en partie, me semble-t-il. Bien sûr, il faut des moyens pour gérer et faire vivre un programme d'accompagnement, mais l'expérience, notamment celle du programme PEI (Programme d'études intégrées) des IEP de région, montre que ce n'est pas si onéreux que cela, si on rapporte le "coût" à chaque élève. En fait, c'est surtout une question de volontarisme politique.

Une évaluation du dispositif est-elle prévue ?

Oui, elle sera à la fois quantitative et qualitative. J'y tenais, car c'est l'une des faiblesses des Cordées de la réussite dont les effets n'ont jamais été réellement évalués. L'évaluation quantitative sera réalisée par la Depp (Direction des études, de la prospective et de la performance) qui suivra des élèves pendant quatre ans. Quant à l'évaluation qualitative, elle sera réalisée par des sociologues qui mèneront des observations sur le terrain.

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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