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Philippe Tournier : "L'orientation dans le supérieur, c'est à l'enseignement supérieur de s'en occuper"

Erwin Canard  |  Publié le

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Philippe Tournier : "L'orientation dans le supérieur, c'est à l'enseignement supérieur de s'en occuper"
Pour Philippe Tournier, "il n'y a pas besoin de se lancer dans une énième réforme" du lycée. // © Lydie Lecarpentier/REA

Alors que se tient la concertation sur l'entrée à l'université et avant que ne débute celle sur le baccalauréat, Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d'établissement, rappelle qu'il n'est pas favorable à un rôle accru des lycées dans l'orientation postbac.

Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-UNSALa concertation dédiée au baccalauréat devrait débuter à la fin du mois d'octobre 2017. Quelles sont vos attentes ?

Nous souhaitons tout d'abord que cette concertation soit menée en lien avec celle en cours sur l'entrée dans l'enseignement supérieur. Les deux ne peuvent être dissociées, même si elles peuvent l'être sur le plan des calendriers.

Il faut profiter de ces discussions pour redonner du sens au baccalauréat, qui n'en a plus aucun : les formations sélectives recrutent en amont et les non-sélectives tirent au sort… Nous devons profiter de l'occasion pour le simplifier : ce que nous faisons ne sert à rien, nous ne sommes même pas certains que, sous sa forme actuelle, le bac valide vraiment les compétences qu'il est censé évaluer.

Une de ses ambiguïtés est qu'il est l'examen d'entrée dans l'enseignement supérieur, ainsi que le certificat de fin d'études secondaires. Les deux aspects doivent être dissociés, en évaluant par exemple la partie certificat, qui pourrait être délivré plus tôt dans l'année, par le contrôle continu, et une deuxième étape, avec un examen d'entrée dans le supérieur.

Comment procéder pour resserrer les liens entre secondaire et supérieur ?

C'est premièrement à l'enseignement supérieur d'expliciter ses attentes, ce qui n'a jamais vraiment été le cas. Au lycée ensuite de se caler sur la réalité. Aujourd'hui, puisqu'on attend des élèves qu'ils aient le bac, logiquement, les lycées sont des usines à bac.

Le lycée devrait connaître lui aussi une réforme, avec des aménagements pour la seconde dès la rentrée 2018, selon Jean-Michel Blanquer. Dans quel sens souhaitez-vous voir s'orienter le lycée ?

Il n'y a pas besoin de se lancer dans une énième réforme. Les grandes réformes structurelles prétendant résoudre tous les problèmes, cela fait trente ans que l'on nous en livre, pour des résultats proches de zéro. Les réformes de 1992 et de  2011 n'ont pas apporté de changements. Et la dernière réforme du collège montre que ce n'est pas forcément la solution.

En outre, une grande réforme organisationnelle est toujours compliquée, au regard de la situation figée par la gestion des ressources humaines, avec du personnel recruté pour 42 ans… On ne pourra pas faire des choses radicalement différentes. En revanche, une réforme des programmes est nécessaire, afin d'ajuster les connaissances et les compétences des élèves sur les fameux prérequis.

Parmi les pistes de réflexion, il est évoqué la possibilité de donner plus de poids au conseil de classe de terminale dans l'orientation des bacheliers. Les lycées sont-ils les mieux placés pour l'orientation ?

Certains projets sont dénués du moindre réalisme. Le conseil de classe ne peut pas durer une demi-journée. Il s'occupe de faire le bilan d'une classe : il faut arrêter de le surcharger de missions. Des missions, qui plus est, que les acteurs sont incapables d'assumer. Ce n'est pas le lieu pour conseiller les élèves sur l'ensemble des formations. Actuellement, cela se fait sur un ordre d'idée (favorable, défavorable…), pas sur des avis très pointus. De plus, nous ne sommes pas favorables à surcharger encore les missions des professeurs principaux, d'autant que nous avons déjà du mal à trouver des enseignants pour cette mission…

Il faut régler la question suivante : qui s'occupe de l'orientation dans ce pays ?

Justement, la concertation sur l'entrée à l'université a évoqué la présence d'un membre de l'enseignement supérieur aux conseils de classe. Ne serait-ce pas la solution ?

C'est une excellente idée sur le papier, mais c'est infaisable ! L'enseignement supérieur n'arrive déjà pas à envoyer des gens dans les jurys du bac… Il y a des milliers de conseils de classe au même moment, comment serait-ce possible ? Et qui enverrait-on ? Un enseignant-chercheur de sociologie qui donnerait son avis sur une orientation en classe prépa PTSI ? Cela n'a aucun sens.

En revanche, on peut faire de l'orientation active, mais l'information et l'orientation dans l'enseignement supérieur, c'est à l'enseignement supérieur de s'en occuper. Les lycées forment des élèves académiquement et leurs personnels n'ont pas les compétences pour l'information sur l'orientation. Sans compter que les services d'orientation ont été détruits. Aujourd'hui, dans des lycées de 1.000, voire 1.500 élèves, il y a un conseiller d'orientation présent, au mieux, deux demi-journées dans la semaine. Il faut avant tout régler la question suivante : qui s'occupe de l'orientation dans ce pays ? On ne peut pas donner ce dossier aux lycées sans moyens supplémentaires.

On détruit Admission postbac en lui faisant porter une responsabilité qu'il n'a pas. 

Admission postbac, qui a fait couler beaucoup d'encre cet été, va être remplacé. Selon vous, le portail était-il le problème ?

La stratégie de communication qui a consisté à taper sur APB a été une erreur. Elle a discrédité la parole publique. Le produit et ses rythmes étaient bien installés dans le paysage. On le détruit en lui faisant porter une responsabilité qu'il n'a pas. On a assassiné APB !

On a créé les conditions pour le faire dérailler, notamment en n'anticipant pas la poussée démographique. Frédérique Vidal a annoncé vouloir réduire le temps que prend la procédure. Mais actuellement, elle ne dure pas huit mois, puisque le calendrier s'échelonne entre fin mars et mai. Ce sera compliqué de faire plus court.

Erwin Canard  |  Publié le

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