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Entretien | Politique

Sylvie Faucheux (présidente de l'UVSQ) : « Les universités qui font du développement durable méritent une médaille »

Propos recueillis par Fabienne Guimont  |  Publié le

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Sylvie FAUCHEUX - Crédit : université de Versailles-Saint-Quentin Communication Sylvie FAUCHEUX - Crédit : université de Versailles-Saint-Quentin Communication

La Conférence des présidents d'université (CPU) et la Conférence des grandes écoles (CGE) ont présenté le référentiel commun « Plan vert » des établissements d'enseignement supérieur le 17 juin 2010. Un « Plan vert » inscrit dans la loi dite « Grenelle 1 » (article 55). Cette batterie d'indicateurs permettra aux établissements de connaître leur état d'avancement en matière de développement durable et d'évaluer leur performance dans le temps. De quoi établir des marges de progression avec comme horizon un défi énorme : le patrimoine immobilier universitaire, avec ses 18 millions de mètres carrés, représente un tiers des bâtiments publics. Le référentiel ne se limite pas à l'aspect environnemental du développement durable, un quart concerne le volet social.

Cinq domaines d'actions sont au programme : stratégie et gouvernance, politique sociale et ancrage territorial, gestion environnementale, enseignement et formation et activités de recherche. Une centaine de grandes écoles et 25 universités sont engagées dans cette démarche. Les autres devraient suivre à la rentrée 2010, avec des « états zéro » très disparates.

Quelles sont les contraintes des établissements pour appliquer ce Plan vert et quelles sont leurs marges de manœuvre pour passer des belles intentions à l'action ? Sylvie Faucheux , présidente de l'université de Versailles-Saint-Quentin (UVSQ), pionnière en matière de développement durable et initiatrice du comité développement durable au sein de la CPU, dresse un état des lieux dans les universités.

Comment avez-vous mobilisé les universités sur le développement durable ?

La charte « Pour une alliance des universités française en faveur du développement durable » a été proposée à la CPU et adoptée à l'unanimité pendant l'été 2008. À la rentrée suivante, nous avons créé un comité développement durable. Au départ, nous étions une quinzaine avec des vice-présidents et des chargés de mission développement durable. Aujourd'hui, 68 universités y participent et, depuis deux mois, quelques présidents d'université suivent nos réunions. Nous avons monté quatre groupes de travail : stratégie, management et gouvernance, politique sociale et ancrage territorial et formation. Ce dernier groupe est transverse avec la CGE. Par ailleurs, la fondation partenariale Fondaterra de l'UVSQ a un accord de partenariat avec la CPU pour appuyer ses réflexions à titre bénévole. Après le Plan vert, nous réfléchissons à proposer un socle commun de connaissances sur le développement durable qui serait nécessaire pour valider une licence, une sorte de c2i du développement durable (c2dd), et nous discutons avec la CGE sur une labellisation des établissements pour début 2011.

Quelles sont les universités les plus en avance dans leur politique de développement durable ?

Certaines universités comme l'UVSQ, avec son écocampus sur l'efficacité énergétique, Le Havre, innovante dans la mobilité en partenariat avec les collectivités locales, Bordeaux, Toulouse, Grenoble 1 étaient très impliquées dans le développement durable avant 2008. Il y avait beaucoup de bons élèves, mais peu de mise en valeur, et le développement durable était très rarement impulsé par les présidents d'université. En général, les universités pluridisciplinaires, de taille moyenne, et jeunes se mettent plus facilement au développement durable. Les universités parisiennes et franciliennes sont peu motivées, excepté l'UVSQ, Marne-la-Vallée et Cergy-Pontoise. Les universités les plus actives sont aussi celles qui travaillent le plus avec les collectivités locales.


Quels sont les moyens mis en œuvre pour asseoir la politique de développement durable ?

L'impact du développement durable est limité car il n'y a pas de moyens fléchés. Pour l'instant, les critères de l'AERES sur la gouvernance, le patrimoine ou le pilotage n'intègrent pas la dimension développement durable. Dans notre contrat quadriennal, nous avons établi nos propres indicateurs, mais aucune discussion n'a lieu sur ces aspects pour négocier les financements. Dans les vagues à venir des contrats, de nouveaux indicateurs devraient entrer dans les évaluations de l'AERES comme la formation des personnels sur le développement durable, les émissions de CO2 ou les consommations énergétiques, les consommations d'eau et de papier. L'autre problème est que nous n'avons pas d'interlocuteur sur le développement durable à la DGESIP [Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle]. Nous dialoguons sur la qualité des formations, de la recherche, mais être bons sur le développement durable ne donne pas de crédits supplémentaires. Nous voudrions avoir des interlocuteurs et des moyens fléchés.

Quelles sont les contraintes imposées aux établissements pour mettre en place des mesures de développement durable ?

Le Grenelle n'impose rien puisqu'il n'y a aucun moyen dégagé. Il n'y a pas de contraintes fortes pour les établissements. Malgré cela, les universités ont été proactives. On avait anticipé à la CPU ce qu'impose le Grenelle avec le Plan vert. Je regrette que, dans le Plan campus, il n'y ait pas de véritable prise en compte du développement durable dans les cahiers des charges des opérations. Il manque des compétences dans les maîtrises d'ouvrage.

Sur quelles ressources peuvent s'appuyer les universités ?

À l'UVSQ par exemple, on est en train de mettre en place un PPP [partenariat public-privé] pour améliorer l'efficacité énergétique de nos bâtiments sans le concours du gouvernement. Avec ces rénovations, on diminuera de 40 % nos émissions de CO2 en dix ans et on économisera 20 millions d'euros. L'écocampus montrant une mobilité verte est développé avec Alstom et Bouygues. Avec le grand emprunt, il serait intéressant qu'on puisse intégrer des démonstrateurs d'écocampus. Notre commission développement durable rassemble des Biatoss, des associations étudiantes, des enseignants-chercheurs et des représentants de Fondaterra. On s'est appuyé en interne sur notre politique de formation et de recherche sur le développement durable avec notre chaire et nos 30 masters spécialisés sur le climat, le spatial, l'environnement, les études arctiques, l'économie écologique, le droit de l'environnement... Chez nous, même ceux qui sont dans l'informatique font des télécoms vertes. En revanche, les grands syndicats étudiants et de personnels sont peu moteurs dans la politique de développement durable dans nos conseils d'établissement.

Propos recueillis par Fabienne Guimont  |  Publié le

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