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Entretien | Innovation

Mooc : à 24 mois, FUN marche seul

Morgane Taquet  |  Publié le

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Pour son deuxième anniversaire, la plateforme française de Mooc FUN (France université numérique) prend son autonomie et se dote d'une nouvelle structure juridique pilotée par les établissements eux-mêmes. Catherine Mongenet, directrice du groupement d'intérêt public, détaille les enjeux de cette nouvelle gouvernance.

Catherine Mongenet, directrice de France Université NumériqueLa gestion de FUN a finalement été déléguée aux établissements. Comment s'est déroulé ce transfert ?

En juillet 2014, une vingtaine d'établissements avaient répondu à l'appel à manifestation d'intérêt du ministère pour prendre en charge le pilotage de la plateforme. Ces établissements ont proposé de créer un GIP (groupement d'intérêt public) pour assurer la gestion et le développement de FUN, une proposition acceptée par le ministère.

Après le dépôt du projet à Bercy, le GIP a officiellement été créé en août 2015. C'est Jean-Louis Bougeret, vice-président de la Comue PSL, qui préside le GIP et David Cassagne, vice-président délégué au numérique à l'université de Montpellier, qui prend en charge la vice-présidence. J'en assure la direction.

Qui sont les membres du GIP ?

Sept membres ont approuvé la convention constitutive du GIP en juin et en sont donc les premiers membres officiels. Il s'agit des Comue Paris Sciences et Lettres, Paris-Saclay et Lille-Nord-de-France, des universités de Lorraine, Montpellier, Paris-Ouest-La Défense, ainsi que Paris 1, qui a adhéré en attendant que la Comue Hesam prenne le relais.

Depuis la publication de l'arrêté de création au Journal officiel en septembre, le GIP s'est doté d'une gouvernance et d'un conseil d'administration. Les autres établissements font progressivement approuver l'adhésion au GIP par leurs conseils d'administration, ils ont jusqu'au 25 novembre pour le faire. Le GIP devrait regrouper une trentaine de membres, dont une grande majorité de Comue sur la quasi-totalité du territoire.

Par ailleurs, les universités étrangères pourront participer à FUN en tant que partenaire. Nous avons d'ailleurs prévu de monter un comité éditorial au sein duquel les partenaires étrangers auront leur place.

Quels sont les niveaux de cotisation pour les membres ?

Il existe trois niveaux d'adhésion qui correspondent à un nombre de services de base. Au niveau 1 (5.000 euros), les établissements pourront déposer quelques Mooc par an sur FUN. Au niveau 2 (20.000 euros), outre un nombre illimité de Mooc, les établissements pourront proposer deux SPOC (Small private online course ou cours en ligne privatisé) par Mooc et auront la possibilité de disposer d'un portail en marque blanche à des fins académiques. Par exemple : une Comue qui voudrait disposer de son propre portail de cours en ligne étiqueté au nom de la Comue pourra le faire. Au niveau 3 (60.000 euros), les établissements disposeront de 5 SPOC  par Mooc, et pourront également proposer des SPOC de formation continue à des entreprises.

L'idée est de s'adapter à de nouveaux usages qui sont en train de se dessiner. De plus en plus, les établissements réutilisent les cours en ligne déposés sur FUN à des fins de formation sur les campus, pour enrichir voire remplacer un cours en présentiel, privilégiant ainsi le dispositif de classe inversée.

Il s'agit donc d'adapter le Mooc, en le dupliquant et en le rendant accessible aux seuls étudiants inscrits par l'enseignant. Par exemple, en 2014, l'Institut Mines-Télécom nous a demandé de le faire pour un Mooc conçu par une des écoles de l'Institut mais pour le compte d'une autre école du groupe.

Autre tendance à laquelle nous souhaitons répondre : l'utilisation des Mooc pour la formation continue. Des DRH nous contactent pour que certains Mooc puissent être dispensés à leurs salariés. Il y a là aussi tout un travail de réappropriation du Mooc, qui peut aller jusqu'à proposer des services en marque blanche aux entreprises.

De plus en plus, les établissements réutilisent les cours en ligne déposés sur FUN à des fins de formation sur les campus.

Comment va fonctionner le GIP, en termes de moyens et de personnel ?

L'intégralité du personnel affecté, soit une douzaine de personnes, est transférée au GIP. La plupart des emplois ont été transformés en CDI dans le cadre de la pérennisation de notre activité. L'activité se développant fortement, nous prévoyons de recruter d'ici le début d'année 2016, pour former une équipe d'une quinzaine de personnes.

Sur le plan financier, pas question pour le ministère de se désengager ! De l'ordre de 2 millions d'euros, le budget reposera donc sur une subvention du ministère pour les cinq années à venir, sur les cotisations des membres et sur des ressources propres liées aux nouveaux usages évoqués.

Le développement de marque blanche dans le cadre de la formation continue sera facturé aux entreprises, tout comme le montage de SPOC pour les établissements en fonction de leur niveau de cotisation. Début 2016, nous comptons également sur le développement de la certification pour alimenter nos ressources propres.

Aujourd'hui, FUN est encore loin derrière des plateformes comme Coursera et edX...

C'est certain nous ne jouons pas dans la même cour que ces deux géants américains. De par leur prisme anglophone, ces deux plateformes disposent d'une zone d'impact beaucoup plus large. Mais dans le monde francophone, FUN a indiscutablement gagné en notoriété, et, si on se compare à FutureLearn, au Royaume-Uni ou à Iversity, en Allemagne, elle n'est pas mal située en termes d'utilisateurs.

Malgré tout, FUN reste relativement méconnue du grand public.

La communication autour de FUN est restée discrète pour la simple et bonne raison que nous dépendions du ministère. Nous souhaitons, dans le cadre du GIP, renforcer la communication. Nous devrions d'ailleurs recruter un responsable de la communication dans les prochaines semaines.

FUN en chiffres
- 143 Mooc lancés depuis septembre 2013 par une soixantaine d'établissements

- 1,2 million d'inscriptions

- Des utilisateurs largement francophones : 70% sont des Français de métropole, 17% sont des internautes africains, notamment du Maghreb et d'Afrique francophone subsaharienne. 6% viennent du continent américain, et 5% du reste de l'Europe. Les inscrits d'Asie et d'Océanie sont très peu représentés (respectivement 1,5% et 0,5%).
FUN ou sup-numérique.gouv.fr ?
En 2013, Geneviève Fioraso lançait la stratégie numérique pour l’enseignement supérieur, qui avait donné naissance à une plateforme de Mooc "France Université Numérique" ainsi qu'à un portail des initiatives numériques du même nom. Son ambition : proposer un panorama de l'ensemble des formations en ligne dispensées par les établissements du supérieur. Ces dernières semaines, ce dernier a fait l'objet d’une refonte de son site et devient sup-numerique.gouv.fr.

Un changement de nom qui doit permettre de clarifier le rôle de chacun.
"Quand on demandait à un chargé du numérique ce qu'est FUN, il pensait immédiatement à la plateforme de Mooc, explique la directrice Catherine Mongenet. Cela rendait le portail des initiatives peu lisible. Cette clarification permet aussi aux établissements du GIP de s’approprier intégralement la marque FUN."

Morgane Taquet  |  Publié le

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