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25 ans d’évolution de l’apprentissage (3/3) : l'apprentissage au futur

Jean Saavedra, consultant de projets en éducation  |  Publié le

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Ancien directeur du CFA de Poissy qu'il a contribué à créer, Jean Saavedra a par la suite travaillé en tant que consultant sur la conception et le développement du le CFA de l'Essec ainsi que sur le dispositif d'apprentissage de l'Edhec. Poursuivant aujourd'hui son activité de conseil dans le domaine de l'enseignement supérieur, il revient sur l'évolution de l'apprentissage depuis un quart de siècle. Dernier volet de cette contribution.

Le développement des apprentissages

Parce que les entreprises le plébiscitent, l’apprentissage dans l’enseignement supérieur apparaît comme le meilleur argument pour les inciter à prendre une part active dans un développement simultané de tous les niveaux d’apprentissage.

La stratégie de la locomotive, qui présida à l’ouverture de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur il y a plus de 25 ans, pourrait encore être mise en œuvre à l’intérieur de l’université, justement parce que celle-ci réunit les trois types d’apprentissage : l’apprentissage dans l’enseignement supérieur post licence auquel certains doctorants des contrats Cifre pourraient être intégrés afin de tirer clairement le système par le haut ; l’apprentissage traditionnel dans des structures comme les IUT ; l’apprentissage de remédiation pour les étudiants qui sont très vite en situation de décrochage. Une dynamique de développement de l’apprentissage pourrait y être expérimentée puis modélisée.

Tout citoyen perçoit les bénéfices qui en résulteraient. Sur les 50 % d’étudiants qui financent leurs études avec des petits boulots, un nombre significatif pourrait entrer dans des dispositifs d’apprentissage, où leur fonction en entreprise serait coordonnée à l’enseignement qu’ils  recevraient dans la filière de leur choix.

Une deuxième conséquence positive serait un délai réduit pour obtenir un CDI après leurs études. Enfin une dynamique structurante de coopération serait ainsi créée entre l’université et le monde économique, entre le cadre et l’universitaire discutant, autour de l’apprenti, de son parcours. Les fondations universitaires ne seraient plus anecdotiques et trouveraient, dans ces relations de proximité, une source de financement. Les entreprises éviteraient, quant à elles, bien des coûts liés à des erreurs de recrutement.

La modélisation qui s’ensuivrait, proposerait un renversement total de perspective et placerait, au cœur de l’investissement régional, l’apprentissage comme innovation pédagogique majeure et sa déclinaison à tous les niveaux. L’apprentissage dans l’enseignement supérieur continuerait à ancrer l’apprentissage dans les esprits, tandis que l’apprentissage traditionnel aurait le temps de se repenser en fonction notamment du nœud industrie-services de demain, et l’apprentissage de remédiation serait reconnu dans sa spécificité. Enfin, les contrats de génération pourraient s’appliquer à plein : quelle méfiance vaut à l’apprentissage de ne pas être la matrice du contrat de génération alors qu’il le préfigure depuis des décennies ?

La nouvelle économie de l’apprentissage

De plus en plus d’entreprises consentent déjà à financer l’apprentissage dans l’enseignement supérieur bien au-delà des fonds réservés à leur taxe d’apprentissage. Les entreprises ne pouvaient plus mettre l’accent sur le coût du travail sans réévaluer le coût du travail… de l’apprenti (et de ses études). Un apprenti ayant déjà une licence que l’entreprise rémunère 1.000 euros par mois (sans charges) et dont elle finance les études pour 1.000 euros par mois (partie en taxe et partie sur convention) pour un trois quart de temps en entreprise pendant un ou deux ans, cela reste très raisonnable. Surtout si l’encadrement de l’apprentissage tient son rôle et contribue à optimiser l’efficacité de l’apprenti.

Les "bonnes pratiques" ont fait éclore, en complément de l’espace mutualisé et saturé de la taxe d’apprentissage, une économie de l’apprentissage où l’investissement est payé de retour dans les termes mêmes de l’entreprise : l’efficacité, la compétitivité. C’est cette économie naissante que la nouvelle capacité d’investissement des entrepreneurs responsables pourrait abonder.

Les universités y trouveraient un argument pour développer l’apprentissage : financée par l’entreprise et par les pouvoirs publics à son juste prix, une formation universitaire peut être rémunérée en moyenne, par année, autour de 12.000 euros pour un apprenti contre 9.000 euros environ pour un étudiant. Des partenariats "université-entreprise", signés annuellement, pourraient concerner, dans le cadre d’une négociation d’ensemble, les trois types d’apprentis de l’université, les plus recherchés entraînant en cordée ceux qui le sont moins ainsi que ceux qui ont du mal à s’accrocher.

L’apprentissage et le pacte de responsabilité

Une même philosophie traverse le pacte de responsabilité et l’investissement dans la nouvelle économie de l’apprentissage. L’entreprise pourrait y retrouver la liberté d’affectation de ses fonds et la Région une autorité dans son pouvoir d’ouverture de sections sans forcément débourser des subventions.

Mais la mise en place d’une véritable dimension académico-économique de l’apprentissage dans les universités nécessiterait d’inscrire, dans le champ de chacune, une structure légère qui y ferait vivre les compétences des CFA traditionnels, en liaison avec les CFA hors les murs auxquels elles sont rattachées. On y planifierait des calendriers d’alternance satisfaisants pour l’académique et pour l’entrepreneuriat, on y inventerait un véritable suivi de l’étudiant apprenti et on y valoriserait sa formation à son juste prix.

Après tant d’années d’existence, 1,6 % des étudiants sont en apprentissage. On pourrait passer à 5 % (10 ou 15 % en Ile-de-France). Pour peu qu’on croie qu’il n’y aura pas de compétitivité durable sans dynamiques nouvelles dans la société.

Jean Saavedra, consultant de projets en éducation  |  Publié le

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