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Opinion | Formations

Université : pour la création d'une licence polytechnique

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Etudiante de l'université Paris-Dauphine © M.-A.Nourry - février 2014
Pour les auteurs de la tribune, il manque, au sein des universités françaises, un cursus d'études qualifiant en trois ans. // © Marie-Anne Nourry

Laurent Batsch, président de l'université Paris-Dauphine, et Bruno Magliulo, inspecteur d'académie honoraire, signent une tribune dans laquelle ils plaident pour la création de parcours d'études qualifiants en trois ans à l'université.

Plusieurs études récentes émanant d'organismes officiels (Bipe, Cereq...) nous disent que les employeurs sont de plus en plus à la recherche de diplômés de niveau intermédiaire fortement polyvalents. C'est vrai aussi bien pour les métiers tertiaires (ceux dits du "middle management") que pour ceux que demande l'industrie.

BTS et DUT peu lisibles à l'international

Par ailleurs, depuis la mise en œuvre du système européen d'études supérieures (le désormais bien connu LMD), le niveau des études dites intermédiaires a été décalé en France de bac + 2 à bac + 3, rendant moins lisibles au niveau international les formations qui débouchent sur des diplômes de niveau bac + 2 (BTS, DUT, DEUST). Les étudiants ne s'y trompent d'ailleurs pas qui sont d'année en année de plus en plus nombreux à s'efforcer d'ajouter une année de formation pour aller quérir à bac + 3 un diplôme reconnu sur le plan international.

Alors comment se fait-il que l'université française ne propose pas de cursus de formation de ce type ?

Licences pro sans continuité avec les années de L1/L2

On nous dit que cela existe sous la forme de la licence professionnelle. Mais on est loin du compte. Une licence pro, c'est un parcours professionnalisant en un an, prolongeant deux années de licence ou un BTS/DUT.

Outre qu'on y mélange des étudiants ayant déjà reçu un premier bagage de formation professionnelle avec d'autres qui sortent de deux années de licence générale (problème d'hétérogénéité), ces licences professionnelles proposent des programmes qui ne sont pas dans le prolongement des deux années préalables passées en L1/L2 ou en BTS/DUT. Il y a là une discontinuité qui n'est pas satisfaisante (défaut de discontinuité). Enfin, ces formations sont souvent excessivement spécialisées (à l'encontre de la nécessité de polyvalence).

On nous dit que cela existe sous la forme de la licence professionnelle. Mais on est loin du compte.

Pour remédier à ces défauts, nous proposons la création dans les universités de parcours d'études en trois ans que nous appellerons "licences polytechniques", conçues comme des programmes spécifiques dès la première année.

Absence de formations qualifiantes de type bac + 3

Outre qu'elles répondraient aux attentes de nombreux employeurs, elles permettraient de proposer en milieu universitaire une alternative aux parcours L1/L2 principalement composés d'enseignements généraux, dans lesquels vont échouer une forte proportion de bacheliers, principalement ceux issus des voies professionnelles et technologiques. Si on veut rendre crédible l'objectif politique d'inciter de plus en plus de bacheliers à faire des études supérieures, il faut que l'université propose des formations qualifiantes de type bac + 3. Tel n'est pas le cas aujourd'hui.

La nature ayant horreur du vide, l'attitude frileuse des universités a jusqu'ici contribué au succès des "Bachelors" que proposent aujourd'hui des dizaines d'écoles de tous acabits. Le succès remporté par ce type de formation auprès des jeunes bacheliers, dont le coût souvent élevé est compensé par de bons taux de placement professionnel à leur issue, démontre que de telles formations "polytechniques" ont pleinement leur place à l'université. Faudra-t-il attendre encore longtemps pour que seuls en bénéficient ceux qui ont les moyens de débourser de 6.000 à 13.000 euros par an ?

Le succès remporté par les Bachelors […] démontre que de telles formations "polytechniques" ont pleinement leur place à l'université.

Nous entendons le double argument des opposants :

1. Ça va coûter cher !

Sans doute, mais le coût de l'énorme échec dans les deux premières années de licence est également très élevé, échec que les licences polytechniques permettraient de réduire fortement. De plus, cela ne coûtera pas aussi cher qu'il paraît si on veut bien refondre le format de l'actuel DUT en deux ans dans celui des licences polytechniques à parcours progressif sur trois ans. Le même raisonnement peut être appliqué à certains BTS.

2. Ces licences polytechniques introduiraient la sélection à l'entrée en licence.

En effet, ces formations nouvelles feront l'objet d'une certaine régulation à leur entrée, comme c'est déjà le cas pour les IUT. Mais elles ouvriront une voie nouvelle de réussite à des publics étudiants exclus du système. Il ne s'agirait pas de sélectionner avec pour critère unique le bilan scolaire, mais de s'attacher à repérer parmi les candidats ceux dont la démarche personnelle valide un tel choix d'orientation (stages en milieu professionnel, activités en milieu associatif, investissement citoyen, notes et appréciations obtenues dans les enseignements technologiques et professionnels au lycée...).

De tous les points de vue (ouverture sociale de l'enseignement supérieur public, mise en cohérence de notre système avec le modèle LMD, employabilité des jeunes, besoins des entreprises), la création des licences polytechniques s'impose déjà dans l'agenda des politiques publiques.

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