1. Laura, déçue d'APB : "Je me suis dit : 'Ma vie est fichue'"
Témoignage

Laura, déçue d'APB : "Je me suis dit : 'Ma vie est fichue'"

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Seuls 51,3 % des candidats ont obtenu leur vœu 1 à l’issue des trois phases d’admission d'APB 2017. // © PlainPicture
Seuls 51,3 % des candidats ont obtenu leur vœu 1 à l’issue des trois phases d’admission d'APB 2017. // © PlainPicture

À côté des quelque 3.000 bacheliers “recalés” d’APB qui n’ont toujours pas de formation d’accueil à la mi-septembre, il y a aussi tous les candidats qui ont accepté un vœu faute de mieux. Dans quel état d’esprit font-ils leur rentrée ? Témoignages.

“Fin août, je suis arrivée à Nancy en mode touriste !”, lâche Laura, 17 ans, étudiante en L1 de maths-physique. Cette jeune Lyonnaise, qui a obtenu une mention très bien à son bac scientifique, visait une classe préparatoire MPSI dans la capitale des Gaules.

“En juin, sur APB, j’étais première sur la liste d’attente. Mais c’est la seule section où il n’y a pas eu de désistement.” En plus de cette déveine, elle s’est trompée dans l’ordonnancement de sa quinzaine de candidatures. Lorsqu’elle a refusé la proposition d’admission dans une école d’ingénieurs privée, tous ses vœux moins bien classés, dont la licence à “pastille verte” à Lyon, se sont annulés.

Laura : “Il faudrait augmenter les capacités d’accueil des formations"

C’est seulement à la fin de l’été que Laura a obtenu, via la procédure complémentaire d’APB, une place en licence scientifique à Nancy. Entre temps, de longues semaines d’angoisse. “À un moment, je me suis dit : ‘Ma vie est fichue !’”confie la bachelière. Logée pour l’instant dans un Airbnb, elle a repris espoir avec la filière CPU (classe préparatoire universitaire) proposée à l'université de Lorraine : elle suit des cours en plus de sa licence, qui lui permettront d’avoir le niveau pour passer les concours d’écoles d’ingénieurs dans deux ans. Son rêve : intégrer l’ENAC (École nationale d’aviation civile) à Toulouse.

Laura ne garde pas de rancune contre APB : “Avant de changer la plate-forme, il faudrait commencer par augmenter les capacités d’accueil des formations", estime-t-elle.

Le cas de Laura est loin d’être isolé. Nombreux sont les étudiants qui n’ont pas eu leur premier choix sur APB : seuls 51,3 % des candidats avaient obtenu leur vœu favori à l’issue des trois phases d’admission, selon le ministère. C’est en filière STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) qu’il y a eu le plus de recalés.

Tom : une place ratée pendant l’été

“J’avais fait 6 vœux en STAPS : les 5 sous-vœux groupés de mon académie, plus un à Paris. À l'issue des trois phases d’APB, je n’ai eu que ma pastille verte !” déplore Tom, qui vient de rentrer en licence de biologie à l’université d’Orléans. Titulaire d’un bac S, le jeune homme a quand même raté une occasion de saisir la balle au bond : début août, il a reçu un mail d’APB l’informant qu’une place s’était libérée en STAPS, à Orléans. “Mais j’étais parti en vacances et je n’avais pas de connexion. J’ai découvert le message trop tard, le délai de réponse était passé…” regrette-t-il.

Lire aussi : APB 2017 : le ministère officialise le tirage au sort

Deux possibilités s’offrent à lui : soumettre un dossier à son université pour tenter de rejoindre la filière qui l’intéresse au deuxième semestre, ou attendre la rentrée 2018 pour passer en L1 STAPS. Dans cette seconde option, le passage se fait sur demande.

Comme Tom, Arthur fait partie des candidats malchanceux au tirage au sort.

Arthur : des études de kiné du sport retardées

Titulaire d’un bac S avec mention assez bien et féru de natation, Arthur voulait aller en STAPS avec pour objectif de devenir kiné sportif. Le hic : faute de place, il a dû s’inscrire en licence d’espagnol à l’UPEC (Université Paris-Est Créteil).

Soutenu par sa famille, il a pourtant multiplié les démarches, et ce, dès le mois de juin. “Malgré nos divers recours par lettre recommandée auprès du rectorat et de l'UPEC, et nos appels incessants durant tout l'été, Arthur n'a pas obtenu sa place en STAPS”, déplore son père.

Il ne s’interdit pas de déposer une nouvelle requête avant la fin du premier semestre. Il nous a été dit que, même si des élèves s'étaient déjà désistés en septembre, l’université envisage de n'intégrer de nouveaux étudiants que pour le second semestre… Contrairement à ce qu'indique APB laissant l'espoir aux étudiants qui répondent "oui mais" jusqu'au 25 septembre !” s’indigne le père d’Arthur.

Lire aussi : APB : comment contester un refus d'admission dans une filière en tension

Même alors, la possibilité de rejoindre la filière STAPS en janvier restera soumise à l’examen d’un dossier. “L’an dernier, il y avait 30 places disponibles pour une centaine de dossiers déposés. Tout cela est tout à fait injuste et désespérant !” s’exaspère-t-il.

Des déceptions qui ne doivent pas vous laisser le sentiment d’un échec personnel. Certains réussissent à s’en sortir brillamment malgré les embûches administratives.

Amandine : de “recalée” à “Berkeley”

Pour preuve, le cas d’Amandine, 19 ans, étudiante en L3 de droit à l'université de Berkeley en Californie. “En 2015, j’avais fait au moins une dizaine de vœux sur APB. J'avais demandé des classes préparatoires "BL" publiques, qui sont donc très difficiles d'accès, et des licences info-com, elles aussi sélectives.”

Résultat : début juin, elle se retrouve sur liste d'attente dans une seule prépa, alors que sa moyenne générale en terminale S avoisinait 14 ou 15. À l’issue de la procédure normale, elle n’obtient que la licence d’histoire à Bordeaux, choisie par obligation et qu’elle avait classé en dernier. “Mais je ne voulais vraiment pas y aller, car je pensais être prise dans mes premiers choix”, se remémore la jeune femme. “Mes professeurs en étaient convaincus et j'avais de bons résultats, en plus d'une section européenne anglais.”

Démoralisée, Amandine passe alors par la procédure complémentaire et obtient une place en licence de droit à l’université de Bordeaux. En juin 2017, elle valide ses deux premières années avec la mention bien. Le 24 août, elle fait sa rentrée à UC Berkeley en Californie, université partenaire de Bordeaux.

“Comme quoi, il ne faut pas se démoraliser, même quand APB vous ferme toutes ses portes”, insiste Amandine. “Je me suis inscrite à Bordeaux le dernier jour des inscriptions administratives, fin juillet 2015, et deux années plus tard, me voilà dans une des meilleures universités au monde ! APB est une plate-forme terrifiante qui laisse penser que nos ambitions s'écroulent sous un 'Refusé par l'établissement', alors qu'il est souvent possible de bifurquer et de rebondir dans une autre filière.”