DOSSIER : ALTERNANCE : CE QUE VOUS NE SAVIEZ (PEUT-ÊTRE) PAS
L’alternance, souvent présentée comme la solution miracle pour sauver la jeunesse du chômage est un choix exigeant et contraignant, comme le racontent Julie, Brenda et Julien, trois habitués de l’alternance.
Alternance : des missions qui ne correspondent pas aux diplômes préparés
Au hit-parade des reproches les plus souvent formulés sur l’alternance, l’inadéquation entre le contenu du diplôme préparé et la fonction occupée en entreprise décroche la première place ! « Sur mes 4 années de formation en alternance, en DUT, puis en licence et enfin en master 1, je n’ai eu qu’un seul poste vraiment en phase avec mon diplôme, témoigne Julie, actuellement en deuxième année de master marketing stratégique en alternance. Le poste que j’ai occupé pendant mon master 1 m’a fait utiliser ce que j’avais appris l’année précédente en licence pro ! Cette année en revanche, bonne pioche, j’ai enfin un poste qui me permet d’appliquer, en entreprise, ce que je viens d’apprendre à l’école. Je m’épanouis enfin ! »« Rien à voir avec le diplômé préparé ». Même son de cloche chez Fabien, 23 ans, aujourd’hui en master. Il a préparé un DUT puis une licence pro en alternance : « Mon premier poste n’avait rien à voir avec le diplôme que je préparais, un DUT techniques de commercialisation. On voulait faire de moi un ingénieur d’affaires alors que j’étais là pour apprendre à mettre en place un projet ». Sûr de lui, Fabien décide de quitter ce premier poste à la fin de sa période d’essai – et l’entreprise ne lui paye pas ses derniers jours de salaire... Il retrouve sans trop de difficultés une entreprise pour reprendre son contrat en alternance, mais là encore, le poste réel est en décalage avec celui qui lui avait été présenté en entretien : « J’ai de nouveau démissionné ! La deuxième fois, mon école a davantage tiqué, on m’a demandé de m’expliquer. Mais j’étais sûr de moi, et j’ai fini par trouver un poste qui correspondait à mon diplôme et à mon projet professionnel. Et je m’éclate vraiment ! ».
Des missions « sans intérêt ». Brenda a sensiblement le même vécu : « Le poste que j’occupais pendant la préparation de mon BTS assistante de direction ne supposait pas d’être très qualifié. Un bac suffisait largement pour le tenir, je me suis souvent retrouvée à assurer des missions sans lien avec mon diplôme, comme du collage d’enveloppe ou la permanence à l’accueil ! Mais j’ai tenu bon, parce que je voulais vraiment décrocher mon BTS ».
Comment expliquer que les postes tenus par les alternants soient si peu en adéquation avec les diplômes préparés ?
Pour Fabien, c’est très simple : « Les entreprises sont forcément attirées par la perspective d’avoir des salariés motivés tout en touchant les primes liées à l’embauche des apprentis ». A la lumière des témoignages, on peut effectivement souligner que certaines entreprises ont tendance à recruter des jeunes qui, en début de formation, ont déjà le niveau de qualification nécessaire pour occuper le poste proposé… « Zéro risque et tout bénéfice », résume Brenda. Reste que la grande majorité des jeunes ayant goûté à l’alternance ne jurent que par ce mode de formation. Comme le résume bien Julie : « Les recruteurs reprochent souvent aux jeunes diplômés leur manque d’expérience de l’entreprise. C’est un reproche qu’ils ne peuvent pas me faire : grâce à mes quatre années d’études en alternance, j’ai développé, au delà du savoir-faire, un véritable savoir-être en entreprise qui fera la différence avec les autres candidats. Je n’ai aucun doute là-dessus ». Fabien est d’accord : « A la fin de l’année, j’aurai un bac+5, et cinq années d’expérience professionnelle. Qui dit mieux ? J’ai pu étudier gratuitement, en étant payé, et je me suis fait une expérience professionnelle. Même si le rythme est très soutenu, et qu’il faut réussir à s’impliquer autant dans ses études que dans son travail, le jeu en vaut vraiment la chandelle. »
Sandrine Chesnel
Septembre 2009
Septembre 2009











